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La longue marche de l’armée française

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Publié le 27/09/2018

Auteur d’une Histoire du Débarquement en Normandie qui fait référence, Olivier Wierviorka a partagé avec Hervé Drévillon la direction d’un vaste projet éditorial : rendre compte en 1 500 pages de 1 500 ans d’Histoire militaire de la France. Parution en deux tomes, mis en rayon aujourd’hui.

Comment est né ce projet ?

Olivier Wierviorka : « L’histoire militaire a longtemps été considérée comme un peu conservatrice, ringarde. Or elle a énormément progressé et nous avons voulu, Hervé Drévillon et moi-même, partager les avancées de la recherche pour essayer de sortir de ce que Marc Bloch appelait l’histoire-bataille, où l’on étudiait juste la taille des baïonnettes et le nombre de morts au champ d’honneur. C’était là notre ambition et nous avons été soutenus par le ministère de la Défense, qui bien évidemment était intéressé par la recherche historique ».

Comment vous êtes-vous partagé la tâche ?

« Hervé, comme spécialiste de l’histoire moderne, a supervisé le tome I qui couvre le Moyen-Âge jusqu’au Second Empire. Et moi, qui suis plus à l’aise dans l’histoire contemporaine, j’ai pris en charge la direction du tome II. Le découpage de ces ouvrages s’est fait en fonction d’une chronologie très lisible : malheureusement, les guerres offrent des pivots, des césures assez simples à trouver, et le découpage s’est imposé naturellement. Nous en avons discuté avec l’éditeur et avec les huit auteurs qui nous ont accompagnés et qui sont des spécialistes de chacune des périodes considérées ».

En quoi l’histoire de l’armée rejoint-elle celle du pays ?

« Pour de nombreuses raisons. En premier lieu parce que l’histoire du pays a été fortement marquée par les guerres, non seulement hier, en 1870, 1914, 1939, mais encore aujourd’hui avec les opérations extérieures. Le second élément est que lorsque la France n’est pas en guerre, l’armée est une institution très importante. D’abord parce qu’elle a concerné, avec la conscription, des millions de Français. Ensuite parce qu’elle absorbe une grande partie des ressources de la nation. Tous les débats qui la concernent sont donc à la fois des affaires de spécialistes, de militaires, mais aussi des débats politiques et citoyens. Ces derniers doivent alors se positionner par rapport aux enjeux militaires ».

Par exemple ?

« Par exemple la bombe atomique décidée par le Général De Gaulle, le fait que la France se retire des structures de commandement de l’Otan, sont des décisions qui intéressent les politiques et les citoyens. Il est clair que sur la question de l’Otan, il y avait à la fois une réflexion sur l’indépendance nationale, mais aussi sur les relations aux Etats-Unis, et sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’Union soviétique. Tout cela, dans une configuration de guerre froide, revêtait une grande importance. On voit bien aujourd’hui encore que la question de l’engagement français en Afrique, au Mali, est bien entendu un problème technique réservé aux spécialistes de la chose militaire, mais aussi un débat qui va très largement au-delà ».

Quelles constantes peut-on remarquer dans la construction de l’armée à travers les siècles ?

« La première est que, par définition, l’armée doit perpétuellement s’adapter à la guerre qui peut survenir. C’est un élément stratégique au sens global du terme : il faut constamment réfléchir à la stratégie que l’on doit appliquer, aux armes que l’on va utiliser et donc qu’il va falloir commander. Faut-il plutôt développer la chasse ou le bombardement ? Faut-il disposer d’une aviation plutôt offensive ou plutôt défensive ? Ce sont des questions qui se sont toujours posées : à l’époque de Napoléon, on se demandait s’il fallait privilégier l’artillerie sur l’armement individuel, la cavalerie sur les fantassins.

Mais cette adaptation est aussi géopolitique : depuis la nuit des temps, la question de savoir avec qui on fait la guerre et contre qui, se pose au travers d’une configuration ami-ennemi, allié-ennemi.

Enfin, le troisième élément est aussi le rapport de l’armée aux habitants et de savoir ce qu’on peut demander à des individus pour des objectifs d’intérêt national. Cela vaut pour la conscription, mais aussi pour le logement et l’entretien des troupes, pour les saccages que les manœuvres peuvent faire aux récoltes ».

Aujourd’hui, comment continue de s’écrire l’histoire militaire ?

« Elle a été longtemps très largement dominée par des éléments techniques, l’armement, la stratégie, et donc vue par le haut : le chef de l’État, les responsables politiques et les généraux. Aujourd’hui, on a tendance à décentrer le regard, à considérer l’armée et l’institution militaire comme faisant partie d’un tout qu’on ne peut pas dissocier de la diplomatie, de l’économie et de l’histoire sociale. On porte ainsi le regard sur les combattants, on ne les voit plus comme une masse anonyme mais comme des individus en montrant comment ils vivent la guerre, comment ils la perçoivent et comment ils la mènent ».

« Histoire militaire de la France » (ed Perrin/ Ministère des Armées) 2 tomes. 27 € chacun.

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