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Le courage des Poilus Réunionnais de 14-18 dévoilé

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7 oct 2018,

Le monument aux morts avenue de la Victoire à Saint-Denis témoigne de l'engagement de l'ensemble des Poilus réunionnais dans le premier conflit mondial. (Photo Stephan Laï-Yu)

Avec ce nouveau travail, Jacques Dumora poursuit son oeuvre de passeur de mémoire entamé en 2014. (Photo Stéphan Laï-Yu)

Jacques Dumora et une équipe de passionnés se sont attachés à compléter la liste des noms inscrits sur les monuments aux morts comme ici à Saint-André.

Pendant la Première guerre mondiale, les Réunionnais se sont vaillamment et courageusement battus sur tous les fronts. Le fait est indiscutable mais l'ouvrage de Jacques Dumora 1039 citations et décorations, les Réunionnais dans la Grande Guerre, en faisant parler les chiffres montre à quel point notre île a payé le prix du sang et des souffrances entre 1914 et 1918 et même au-delà.

« Cent ans après la fin de la Première guerre mondiale, il reste encore des choses à découvrir sur la Grande Guerre », confie Jacques Dumora. «Ainsi plus de 400 Poilus réunionnais n'étaient pas inscrits sur les monuments aux morts de La Réunion (voir par ailleurs). « Petit à petit les communes réparent cette injustice. Saint-André a été la première à le faire.»

Sur les 170 000 habitants que compte notre île en 1914, 16 500 natifs de La Réunion sont mobilisés. « 1 409 Réunionnais dont nous connaissons les identités précises et recoupées sont morts des conséquences de la guerre qu'ils aient obtenu ou non la mention « mort pour la France ». Plus de 800 tombes de Réunionnais sont aujourd'hui précisément localisées », indique Jacques Dumora. « Ils sont une centaine, morts au combat, dont ne nous ne savons rien. »

Pour ce nouveau travail de mémoire autour des citations et des décorations des Réunionnais pendant la Première guerre mondiale, des recherches qui n'avaient jamais été entreprises avant qu'il n'ouvre le chantier, Jacques Dumora a comme à l'accoutumé procédé avec une très grande minutie.

Il lui aura fallu quatre ans pour mener à bien ces investigations. Le chercheur a ouvert plus de 45 000 registres matricules disponibles en ligne sur le site des Archives nationales d'outre-mer (ANOM). Il a consulté les registres matricules de La Réunion à partir de la classe 1890, de Madagascar et des Comores. Jacques Dumora a balayé les patronymes inscrits sur les listes des registres matricules de l'Afrique sur le site de l'ANOM. Il a repéré des Réunionnais sur des registres algériens. Il a épluché les archives de plusieurs départements et de grandes villes de métropole où il savait pouvoir retrouver des Réunionnais. Aux Archives départementales, Jacques Dumora s'est penché sur les registres matricules recensant les jeunes réunionnais des classes 1919 et 1920.

Au terme de ce travail de fourmi, Jacques Dumora a retrouvé 1039 citations reçues à titre posthume ou du vivant décernées à des Réunionnais. 903 ont reçu une citation et une ou plusieurs décorations (voir par ailleurs).

Chaque combattant est présenté commune par commune en partant de Saint-Denis et dans le sens des aiguilles d'une montre. Sont mentionnés, l'identité précise, la date de naissance, l'identité des parents, l'emploi occupé au moment de la mobilisation. Suivent une narration autour du parcours pendant le conflit, le grade, le régiment, les blessures reçues et bien sur la ou les citations avec les décorations.

« Des Réunionnais morts aux combats dans la Grande Guerre ont probablement reçu une citation et une décoration que nous ne sommes pas parvenus à retrouver, » reconnaît Jacques Dumora. « De même, la masse des morts a ceci de dramatique que nombre d'entre eux ont été oubliés des récompenses. Ce long travail de collecte propose aux Réunionnais la possibilité d'inscrire leur histoire dans une narration continue dont la Grande Guerre a été parmi les épreuves traversées l'une des plus tragiques. »

Alain Dupuis


Jacques Dumora un passeur de mémoire

Passionné par la Première Guerre mondiale, Jacques Dumora, animateur socio-culturel, s'est attaché depuis 2014 à un vrai travail de bénédictin au cœur de différentes archives pour faire revivre le souvenir des Poilus réunionnais de la Grande Guerre.

"Je me suis plongé dans les documents conservés aux Archives départementales, explique-t-il. "Les données recueillies ont été recoupées par les fiches individuelles de chaque homme répertoriées sur le site Mémoire des hommes. Je l'ai balayé entièrement afin de m'assurer que sur les 1 300 000 combattants répertoriés, aucun Réunionnais ne serait oublié. J'ai ainsi identifié plusieurs dizaines de soldats non répertoriés aux Archives départementales. On sait que, globalement, 100 000 hommes ont été portés disparus. Sans doute quelques Réunionnais figurent dans ces disparus à jamais des bilans humains de la Grande Guerre".Le fruit de son travail a été présenté dans l'ouvrage La Grande guerre, mémoire réunionnais.

Solitaire à ses débuts, Jacques Dumora a au fil du temps mobilisé d'autres passionnés au point de constituer l'association Centenaire commémoratif. "Notre objectif pendant les quatre ans de commémoration du centenaire de la Grande Guerre a été de faire un travail de mémoire, commune par commune, à travers la Réunion", confie-t-il.

Pendant la Première Guerre Mondiale, plus de 3 500 Mauriciens ont endossé l'uniforme. Deux cent ont servi dans l'armée française et 92 dans les rangs de la Légion Etrangère. Jacques Dumora a sorti de l'ombre ces Poilus et Tommies de l'île Soeur aujourd'hui complètement oubliés même dans leur île natale. Au-delà de la froideur des chiffres, l'historien a dressé dans son livre Mémoire mauricienne, la Grande Guerre une galerie de portraits surprenants et attachants.

Autre cheval de bataille de Jacques Dumora un travail militant auprès des communes pour qu’elles inscrivent sur leurs monuments aux morts le nom de 408 soldats oubliés par l’administration. S’ils sont reconnus "Morts pour la France", tous n’ont pas leur nom inscrit sur nos monuments aux morts. Ils sont 13 à Saint-André, première commune à avoir réparé l'oubli, 75 à Saint-Denis... Le passionné a retrouvé des manques sur chaque monument de l’île.

Le prix du courage

« Lorsque la guerre éclate, la France ne dispose pas de décorations spécifiques », explique Jacques Dumora. « Pour honorer le courage des hommes elle va utiliser les décorations existantes comme la médaille militaire ou la Légion d'Honneur. La médaille militaire a été institué par Louis-Napoléon Bonaparte le 22 janvier 1852. On estime à plus de 1 400 000 les décorations attribuées et réservées aux soldats de la Grande Guerre. Pour récompenser les hommes morts au combat ou blessés la chambre des députés vote en avril 1915 la proposition de loi soutenue par Maurice Barrès instituant la Croix de Guerre. »

Plus de deux millions de Croix de Guerre seront attribuées lors du premier conflit mondial. « De nombreux Réunionnais morts ou blessés aux combats ou auteurs de faits de guerre exceptionnels ont été décorés de la Croix de Guerre et de la médaille militaire parfois de la Légion d'Honneur à partir du grade de sous-lieutenant. La majorité des Réunionnais récompensés au titre de fait de guerre ou à titre posthume se sont vus décerner la Croix de Guerre avec étoile de bronze, la plus communément répandue. A la Croix de Guerre sont rattachées des étoiles, bronze, argent vermeil. La Croix de Guerre avec palme est attribuée à chaque soldat gravement blessé et ayant subi une amputation par exemple. Certains d'entre-eux se sont décerner la Légion d'Honneur après la guerre du fait de leurs blessures graves avec amputation. »

Dans l'ombre de Roland Garros

Roland Garros mais aussi son frère Jean-Baptiste Garros figurent en bonne place dans l'ouvrage de Jacques Dumora mais le célèbre aviateur est un peu l'arbre qui cache la forêt dans laquelle se trouvent injustement relégués les 16 500 Réunionnais qui comme lui sont montés au front.

« Quelques-uns d'entre-eux s'engagent à 17 ans et sont impliqués dans les derniers combats de la Grande Guerre ou sont en partance pour le front », rappelle Jacques Dumora.

En feuilletant l'ouvrage du chercheur vous retrouverez certainement comme nous l'avons fait nous même avec émotion un grand-père ou un arrière grand-père oublié. Ainsi de Christophe Rieul Dupuis né le 31 mars 1895 à Saint-Leu, sous-lieutenant au 294ème régiment d'infanterie au début de la guerre, six fois cité, décoré de la Croix de Guerre et fait chevalier de la Légion d'Honneur. « C'est le Réunionnais le plus cité de la Grande Guerre, » souligne Jacques Dumora.

Le plus décoré : Joseph Arsène Robert Hoareau né le 4 février 1895 à l'Entre-Deux. A 23 ans, il termine la guerre au grade de lieutenant. Il est cité quatre fois, décoré de la Croix de Guerre avec palmes et fait chevalier de la Légion d'Honneur.

Un deuxième Mafatais : Jusqu'à présent, Jacob Gaze avait été le seul Mafatais identifié comme ayant participé à la Première Guerre Mondiale. Né le 27 février 1897, il vivait à proximité d'une prénommée source Gaze dont on ne connaît pas précisément l'emplacement. Le jeune homme était âgé de 20 ans quand il fut appelé le 10 mai 1917 pour rejoindre les Ardennes. Moins d'un an après, Jacob Gaze était démobilisé puis hospitalisé à Charleville-Mézières. Blessé et intoxiqué au gaz moutarde, il parvenait à rentrer à La Réunion. Le Poilu mafatais était accueilli en héros par la fanfare du Port à sa sortie du navire le Madonna. Jacob Gaze repose aujourd'hui au cimetière de Grand Place dans le cirque de Mafate. Une sculpture œuvre de Marco Ah Kiem perpétue sur la place du monument aux morts de Saint-Paul son souvenir.

Jacques Dumora a identifié dans son livre un autre Mafatais. François Ramy Sepou, né le 1er septembre 1892, était cultivateur à Roche Plate. Il débarque à Marseille le 29 juillet 1916 et est incorporé au troisième régiment d'infanterie coloniale qui se bat autour de Rapech en Serbie. François Ramy Sepou est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze et cité à l'ordre du régiment le 25 août 1917. « Très bon soldat énergique et brave. Blessé par éclat d'obus aux reins au cours du bombardement du 25 août 1917. »

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