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2018

Général d’armée Pierre de Villiers : «Il y a une crise de l’autorité aujourd’hui»

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Propos recueillis par Henri Vernet et Charles de Saint Sauveur - 12 novembre 2018

 

Seize mois après sa démission de ses fonctions de chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers publie une réflexion sur l’autorité, sobrement intitulée « Qu’est-ce qu’un chef ? ».

Il ne souhaitait pas que l’interview paraisse le dimanche 11 novembre, jour de « commémoration des soldats tombés sur le champ de bataille »… On ne quitte pas l’uniforme comme ça, même seize mois après avoir démissionné de ses fonctions de chef d’état-major des armées, suite à une passe d’armes avec le président Macron. Président d’une société de conseil en stratégie, l’ex-CEMA (Chef d’état-major des armées) de 62 ans dispense depuis ses conseils aux entreprises ou aux associations. « Mon agenda est toujours très chargé, souffle-t-il, mais heureusement, j’ai un peu plus le temps de lire. » Et d’écrire ! Son premier livre, « Servir » (qui vient de paraître en format poche chez Pluriel) s’est vendu à 140 000 exemplaires. Son nouvel ouvrage, qui paraît mercredi chez Fayard, ambitionne de répondre à cette vaste question : « Qu’est-ce qu’un chef ? ». Une réflexion qui renvoie aux désordres de notre époque, et à quelques pistes pour les résoudre.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

PIERRE DE VILLIERS. Parce qu’il y a un fossé grandissant entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent. Une des causes est une forme de déshumanisation qui s’accroît partout. Il faut remettre l’homme et la femme au centre. Quelle est la responsabilité fondamentale du chef ? C’est le bonheur de l’homme, pas simplement la performance ou la dimension financière. Il faut revenir à l’origine latine du mot : autoritas, élever vers. Non pas en faisant pression sur ses équipes, mais en faisant jaillir d’elles l’initiative, l’imagination, les solutions.

Est-ce une crise du chef que vous diagnostiquez ?

Il y a une crise de l’autorité aujourd’hui. Pas simplement en France, mais dans nos démocraties occidentales. Elle est liée à des facteurs qui pèsent de plus en plus sur les dirigeants : l’élargissement de l’espace avec la mondialisation, le temps qui presse et qui stresse ; l’insécurité qui règne, l’individualisme favorisé par les technologies… Tous ces facteurs complexifient l’exercice de l’autorité.

Les politiques savent-ils être des chefs ?

Ce qui manque en politique comme ailleurs, c’est la vision stratégique. Nous sommes dans le temps court, dans la tactique, dans les moyens… Il faut retrouver la vision qui donne du sens.

Votre frère Philippe vous a récemment prêté des propos que vous auriez tenus au président Macron : « Si ça pète dans les banlieues, on n’a pas les moyens de faire face »… Est-ce exact ?

Comme vous le dites fort justement, ce sont des propos qu’il me prête… ce qui ne signifie en aucun cas qu’ils m’appartiennent, nonobstant toute l’affection que j’ai pour mon frère. Ce que je peux dire, c’est que la situation dans certains quartiers est très préoccupante. Les difficultés n’y sont pas seulement économiques ou sociales, mais culturelles. L’échec en matière d’intégration est patent. Pourtant, je suis frappé de voir combien nous avons une belle jeunesse. Mais elle attend du sens, de l’humanité, le signal de valeurs partagées… et qu’on l’encourage.

Le service national universel (SNU) pourrait-il remplir un rôle utile ?

Je n’ai pas la version définitive du projet. Mais je comprends que l’effet voulu est de reconstituer le creuset national. J’y souscris, puisqu’il y a à peu près 100 000 jeunes - sur les 800 000 d’une classe d’âge - qui sont en dehors du système, qu’on veut réinsérer. Il y a trois difficultés à surmonter sur le SNU : budgétaire d’abord - ça ne peut pas être le budget des Armées. L’infrastructure ensuite, pour loger tout le monde. L’encadrement enfin. Ces jeunes, en particulier ceux qui sont en marge, exigeront un encadrement étoffé. Mais là encore, je ne vois pas comment les armées, qui sont déjà à 25 % au-dessus de leur capacité opérationnelle, pourraient y parvenir.

L’autorité était un ressort de l’élection de Macron. A-t-elle été restaurée ?

Tous les événements quotidiens montrent une crise de l’autorité, c’est patent. Mais le président est là depuis 18 mois, c’est le chef des Français, de la nation, il a été le mien et j’ai toujours été un homme loyal. Laissons-lui le temps nécessaire.

Se poser en président autoritaire, ça ne se décrète pas ?

L’autorité, ce n’est ni la mollesse tiède ni la dureté froide. C’est le chef qui est au service du bien commun, de l’intérêt général, qui fait éclore chez les gens tous les talents.

Il ne délègue pas assez ?

Je n’ai ni jugement ni conseils à lui donner.

Que faut-il pour faire un bon chef ?

La confiance, c’est la valeur clé, l’aboutissement de l’exercice de l’autorité : quand on est chef, l’adhésion doit l’emporter sur la contrainte, et sur toute pression qu’on ferait peser sur ses subordonnés. C’est ce que j’appelle l’obéissance d’amitié : on est suivi parce qu’on est aimé. Le chef doit apporter du calme et de la sérénité. Plus ça chauffe, plus les merdes volent en escadrilles, plus il doit absorber les inquiétudes et diffuser de la confiance. Après, il y a d’autres qualités que je décris dans le livre : la compétence bien sûr, l’expérience, l’ouverture aux autres, la délégation et l’exemplarité.

Vous êtes fan de football. Didier Deschamps est-il un vrai chef à vos yeux ?

Absolument ! Il a été parfois critiqué car il n’a pas forcément pris les meilleurs joueurs techniquement, mais ceux dont il était certain qu’ils s’inséreraient dans le collectif. Il a su tirer les enseignements du désastre de Knysna en 2010. Il a construit un groupe, l’a fédéré, puis il en a fait une équipe qui a gagné.

Le patriotisme a-t-il compté dans la victoire à Moscou ?

J’en suis sûr ! J’ai été frappé par deux choses en entendant les interviews des joueurs. 1. Le groupe d’abord. 2. Quand on porte le maillot de l’équipe de France, on doit être fier et on donne absolument tout. Les voir chanter la Marseillaise avant les matchs, c’était fabuleux. C’est la même démarche qui m’a animé quand j’étais chef militaire. On n’emmène pas les gens au combat - que ce soit sur un terrain de foot ou au nord Mali, même si la comparaison est audacieuse - juste avec l’intelligence et le schéma tactique. La motivation, c’est la clé. Quelle que soit l’organisation.

Un chef doit-il nécessairement gagner beaucoup plus ?

Il est légitime d’être mieux rémunéré si on endosse plus de responsabilités. Mais je trouve certains écarts de salaires choquants dans les grandes entreprises : parfois, cela va de 1 à 300 ! Dans l’armée, c’est 1 à 8. En matière de justice sociale et d’équité, elle a de quoi inspirer d’autres organisations.

Jusqu’à être un modèle de société ?

Disons plutôt un laboratoire et une référence. Certains problèmes sociétaux sont moindres dans l’armée. Il est vrai que le regard qu’on porte sur elle a beaucoup changé. Quand j’y suis rentré en 1975, c’était un vrai répulsif : j’étais insulté sur les terrains de foot parce que mes cheveux courts indiquaient que j’étais militaire. Elle est désormais populaire, respectée, applaudie… bref, à la mode !

Emmanuel Macron vient de plaider pour une « armée européenne ». Et vous ?

Tout dépend de ce que revêt ce terme. Si elle prend la forme de projets de coopération entre différents pays autour de projets concrets, c’est même nécessaire ! Si c’est une armée fusionnée pour en faire une force armée pilotée de Bruxelles, non, impossible. On meurt pour son chef, sa patrie, ses valeurs nationales. Pas pour une communauté économique. Je suis pour une France souveraine dans une Europe forte, car nous n’avons plus le choix vu l’état du monde.

Un monde « en fusion », écrivez-vous…

Ce monde est dangereux et surtout, beaucoup plus instable. A quoi assiste-t-on ? Au retour des Etats-puissance qui augmentent de 5 à 10 % par an leurs moyens militaires et pratiquent la diplomatie du fait accompli. Au terrorisme islamiste avec lequel le monde et la France n’en ont pas fini. Aux migrations incontrôlées et au dérèglement climatique… Nous sommes dans une période de point de bascule, avec suffisamment d’éléments instables pour qu’un événement embrase tout. L’Histoire s’écrit sous nos yeux.

Le Président a évoqué un climat d’entre-deux-guerres.

A certains égards, c’est une comparaison judicieuse. Oui, il y a urgence. Il faut construire et gagner la paix - par la force, qui permet d’éradiquer la violence - avant qu’il ne soit trop tard. Et pour cela, on a besoin de chefs.

Avez-vous envie de vous lancer en politique ?

Je comprends que la question se pose avec ce livre, mais je suis un soldat. Je ne ferai pas de politique. Ce n’est pas mon métier, ni ma volonté.

« Qu’est-ce qu’un chef ? », Pierre de Villiers, éd. Fayard, 256 pages, 20,90 euros.

Sète commémore le centenaire de l'armistice

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Publié le 11/11/2018

Un moment de recueillement devant le monument aux morts.

Un moment de recueillement devant le monument aux morts.

Les autorités civiles et militaires étaient réunis au parc Simone Veil, entourés de nombreux enfants.

Comme partout en France, Sète a commémoré le centenaire de l'armistice de la guerre de 14-18.

Montpellier : hommage exceptionnel à l'occasion du centenaire de l'armistice

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Publié le 11/11/2018

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier

Une émouvante cérémonie, ce dimanche matin à Montpellier.

p style="text-align: justify;">Un vaste parterre d'élus et de particuliers rassemblés ce matin devant le monument aux morts sur l'Esplanade.

C'est un hommage vibrant, exceptionnel qui a été rendu ce matin aux poilus et à toutes les victimes de la Première guerre mondiale. La cérémonie organisée à l'occasion de ce centenaire de la signature de l'armistice a rassemblé de nombreux élus mais aussi un foule inhabituellement dense. Ces instants de recueillement ont notamment été marqués par la lecture d'une lettre de soldat par les enfants de l'école Simon-Bolivar de La Paillade et par l'interprétation du poëme de Paul-Eluard mis en musique par le compositeur Francis Poulenc par la chorale de Heidelberg, invitée spécialement à cette occasion.

G. T.

Béziers : hommage et gloire aux Poilus

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Publié le 11/11/2018

Cérémonie devant le monument aux morts du Plateau des Poètes.

Cérémonie devant le monument aux Morts du Plateau des Poètes. E. B.

Dans la cour d'honneur de la mairie.

Dans la cour d'honneur de la mairie. E. B.

Inauguration du buste du poète biterrois, Frédéric Prat.

Inauguration du buste du poète Biterrois, Frédéric Prat. E. B.

Défilé dans les rues de la ville, de la mairie au  Plateau des poètes.

Défilé dans les rues de la ville, de la mairie au Plateau des Poètes. E. B.

Messe, inaugurations, défilé, lâcher de colombes, dépôts de gerbes et Marseillaise, exposition. étaient au programme de la cérémonie de commémoration du centenaire de l'Armistice du 11 novembre, à Béziers.

Cent ans après la fin de la Grande Guerre, soit en 2018, restent en vie les mémoires familiales, les hommages, les cérémonies... pour que ceux qui n'ont vécu les absurdes atrocités qu'à travers les livres d'histoire ou les récits de témoins, tous, petits et grands, puissent saluer l'immense courage de tous les Poilus, ces hommes tombés pour la France.

En souvenir du courage des Poilus

La matinée d'hommage, organisée le 11 novembre, par la Ville de Béziers, en présence de nombreuses personnalités, dont le sous-préfet Christian Pouget et la députée Emmanuelle Ménard, entre dans ce processus du souvenir et de la gloire nécessaire pour donner du sens au mot "Nation".

Elle a débutée par une messe à la chapelle des Pénitents, s'est poursuivie par un défilé, depuis la mairie jusqu'au Plateau des poètes, où a eu lieu la cérémonie devant le monument aux morts. Avec, entre autres, discours et dépôt de gerbes. Le cortège s'est ensuite rendu jusqu'au buste du poète biterrois Frédéric Prat, à côté de la Fontaine du Titan. Celui-ci, le douzième du Plateau, a été inauguré.

La matinée s'est achevée au mail Chapat pour l'apéritif offert par la municipalité avec exposition sur la Grande Guerre.

ANTONIA JIMENEZ

Montpellier : une première cérémonie pour commémorer le centenaire de l'Armistice

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Publié le 10/11/2018

Une première cérémonie, ce samedi matin à Montpellier.

Une première cérémonie, ce samedi matin à Montpellier.

Un monument a été inauguré place Chaptal. C'était la première d'une série de plusieurs cérémonies organisées ce week-end.

Les commémorations du centenaire de l'Armistice ont été lancés place Jean-Antoine-Chaptal, ce samedi matin à Montpellier. Philippe Saurel a procédé à l'inauguration du monument rénové, dédié aux agents de la société de chemin de fer d'intérêt local "Morts pour la France". Dans son discours, le maire, lui-même fils de cheminot, a rappelé l'histoire du rail à Montpellier, notamment la période où la ville comptait trois gares. Comme un rebond sur l'actualité du moment avec la gare TGV Sud de France ouverte l'été dernier et toujours décriée par ses opposants.

Ce samedi également, mais à 18 h, 18 heures au monument aux morts de toutes les guerres, sur l'Esplanade, une cérémonie est organisée autour de la lecture des noms des Montpelliérains morts pour la France.

Le temps forts de ce week-end de commémorations aura lieu bien entendu ce dimanche, avec une cérémonie organisée avec les associations d'anciens combattants et les victimes de guerre à 9 h 30 au monuments aux morts. Au programme : lecture des messages et allocutions, dépôt de gerbes, recueillement, hymne national chanté par les écoles de Montpellier. La chorale d'Heidelberg, ville allemande jumelle de Montpellier, entonnera aussi le chant "Liberté" de Francis Poulenc

Midi libre

"Commémorer, c’est aussi lancer un appel à la vigilance"

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Publié le 08/11/2018

Elrick Irastorza va accompagner jusqu’au 11 novembre le Président Macron.

Elrick Irastorza va accompagner jusqu’au 11 novembre le Président Macron.

Le général Irastorza, qui vit à Castries dans l’Hérault, est à la tête de la Mission centenaire depuis 2014.

Quel regard portez-vous sur cette longue plongée dans l’histoire de 14-18 ?

Je veux d’abord rappeler ce que nous avons voulu faire : commémorer. Commémorer, c’est faire mémoire ensemble de ce qui est la plus grande épreuve, la plus grande rupture sociétale qu’ait supportée ce pays à ce jour. On n’a jamais connu pire. Commémorer, ce n’est pas un acte gratuit, ça doit inciter à la réflexion, et à servir de leçon. Il serait heureux que beaucoup s’en souviennent aujourd’hui dans un monde qui n’est guère plus stable qu’il ne l’était en 1914.

Qu’est-ce qui a guidé votre action ?

Le premier principe, c’était d’honorer tous les combattants. Les Français, les Allemands, mais aussi tous ceux venus de loin, souvent, pour se battre pour notre liberté. Il fallait aussi témoigner des acquis de la construction européenne : depuis la nuit des temps, les pays européens se sont entre-déchirés, mais on est arrivés à une construction, imparfaite sans doute, qui fait qu’on ne s’est pas battu en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, si ce n’est malheureusement dans les Balkans.

Comment transmettre l’ampleur du conflit ?

Il faut faire comprendre aux plus jeunes comment on a pu arriver à un tel dérèglement mondial. Comment nos grands-parents ont pu supporter pendant 1 561 jours plus de 900 tués par jour. Supporter cela, et toutes les douleurs associées, qu’elles soient au front, à l’arrière. Vous savez, quand vous êtes à l’ossuaire de Verdun, sous les pieds, vous avez 130 000 morts. C’est l’équivalent de la ville d’Amiens. Vous regardez par le porche, vous avez la nécropole en bas, avec 16 000 tombes. C’est la ville de Tarascon. Et si vous regardez vers la forêt qui est juste derrière, vous avez encore 80 000 corps qui sont enterrés sur le champ de bataille : c’est la ville de Pau. Comment peut-on rester insensible à ça et se dire que maintenant on est en paix, et que tout va bien aller ? Non. Commémorer, c’est aussi lancer un appel à la vigilance.

Quel est l’apport de la Mission à la connaissance de la Grande Guerre ?

La recherche et les moyens techniques ont permis des avancées très importantes. Un exemple : tous les soldats avaient une fiche individuelle, avec leur filiation et leurs états de service. On avait jusqu’ici un accès assez facile au 1,4 million de fiches de ceux qui avaient été tués. C’était plus compliqué pour les autres combattants : il y a plus de 8 millions de fiches. Toutes les archives départementales les ont numérisées, et avec le moteur de recherche “Grand mémorial”, vous pouvez désormais retrouver les états de service de chaque soldat mobilisé, et ce qu’ils ont fait après : vous avez dans le lot des héros des deux guerres. Notre mémoire évoquait surtout les morts. Mais il ne faut pas oublier le courage des survivants.

Qu’avez-vous appris qui vous ait surpris ?

J’ai été frappé par le décalage qui existe entre l’histoire que nous avons apprise, de nos parents ou de nos professeurs, et celle qu’on découvre en allant aux sources. On s’aperçoit que les choses ne sont pas aussi simples que cela. Il y a des kystes mémoriels, comme celui des fusillés de la Grande Guerre. Grâce à un rapport au cas par cas, on découvre ainsi que les cinq premiers mois de la guerre ont été les plus douloureux : on a là un tiers des pertes, et un tiers des fusillés pour crime militaire : 200 sur 600. L’année 1917 est dans la mémoire des gens comme l’année la plus sanglante du conflit, mais les pertes sont deux fois moindres que la moyenne de toutes les années.

Alors que cette justice militaire a été par moments dévoyée, c’est sûr. Mais au titre des mutineries, on a eu en 1917 28 condamnés à mort, et 26 fusillés : un malheureux s’est suicidé avant l’exécution, et un a réussi à se sauver, et a été réhabilité entre les deux guerres.

Quelle leçon pour la France d’aujourd’hui ?

D’abord, quels que soient nos problèmes, essayons de les résoudre collectivement, au plan mondial en paix, pour ne pas rajouter de la souffrance aux difficultés. Ensuite, que la défense de la Nation est toujours nécessaire, et que la reconnaissance due à nos soldats ne doit pas s’estomper. Ces souffrances en opération, la douleur des familles lorsqu’ils sont tués, blessés ou mutilés est de la même nature que ce qui a été enduré un siècle plus tôt, à une échelle heureusement bien moindre.

Recueilli par François BARRERE

“Ancien combattant, j’ai accompagné Edouard Philippe à Dien Bien Phû...”

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Tugdual Denis Publié le 06/11/2018
 

Edouard Philippe salue le colonel Jacques Allaire, de retour à Dien Bien Phû, 64 ans après la bataille. Photo © Jewel SAMAD / AFP

Edouard Philippe salue le colonel Jacques Allaire, de retour à Dien Bien Phû, 64 ans après la bataille. Photo © Jewel SAMAD / AFP

Le colonel Jacques Allaire se trouvait dans la délégation du Premier ministre lors de son déplacement au Viet Nam. L’ancien parachutiste, Grand officier de la légion d’honneur, nous raconte l’émotion qui a été la sienne au moment de retourner sur le lieu de la bataille de sa vie.

Je m’appelle Jacques Allaire. Je suis colonel parachutiste à la retraite, j’ai 94 ans et j’ai sauté deux fois sur Dien Bien Phû. Le 20 novembre 1953 pour le prendre. Le 16 mars 1954 pour le perdre. A la fin du mois d’octobre dernier, j’ai été contacté par le chef du cabinet militaire du Premier ministre, le général Benoît Durieux. Il m’apprend alors qu’Edouard Philippe, à l’occasion d’un déplacement au Vietnam, souhaite se rendre sur les lieux de la bataille de Dien Bien Phû et qu’il aimerait être entouré d’anciens combattants.

Mon nom aurait été soufflé par le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Jean-Pierre Bosser. Un officier d’une grande valeur, que j’estime beaucoup. J’ai eu l’honneur d’être élevé à la dignité de Grand officier de la légion d’honneur le 11 juillet dernier. Depuis, j’ai l’impression que l’administration me talonne… J’ai longtemps nagé sous l’eau, mais à force d’apnée, j’ai fini par remonter à la surface. Je n’ai plus dix-huit ans, et j’imagine que les gens qui préparaient ce voyage au Viet Nam se sont dits “ Ce gars-là, il faut qu’il parle avant de s’en aller… ”

Me voilà donc en train d’échanger des mails avec les services du Premier ministre. Ils ont besoin de mon numéro de passeport, de ma date de naissance et de toutes ces informations essentielles à l’administration. Je boite et suis fatigué : ils ont la délicatesse de m’adjoindre la précieuse aide d’un officier d’ordonnance, le commandant Fiamenghi. Sa présence fut essentielle dans le bon déroulement de mon séjour.

Aujourd’hui, il vaut mieux avoir comme allié le Vietnam que l’Algérie. Je ne serais d’ailleurs pas retourné en Algérie, même si un Premier ministre me l’avait proposé. Là-bas, nos tombes ont été profanées. En Indochine, pas une tombe de soldat français n’a été souillée.

Le 1er novembre, jour du départ, je suis d’abord reçu à Matignon. Edouard Philippe n’est pas là, mais son cabinet prend grand soin de moi. Nous nous dirigeons ensuite vers le pavillon d’honneur d’Orly, rejoindre l’A340 de la République française. L’avion est immense, nous sommes installés à l’avant, avec le général Durieux. Pendant le vol, le Premier ministre vient nous saluer. Bonne gueule, charmant. Son cheminement politique n’est pas le mien, mais il lui appartient. Il se montre extrêmement sympathique et me remercie d’être là, comme témoin de cette bataille vieille de plus de 60 ans. Il réalise qu’en plus de mes trois séjours en Indochine, j’ai également servi deux fois en Algérie. Et s’en montre étonné. Je ne pouvais faire autrement qu’intégrer le dispositif monsieur le Premier ministre. Ma génération se devait de se battre..

A Paris, enfin un monument pour les disparus de la Grande Guerre

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le 4 novembre 2018
 

Les 94.415 Parisiens morts au combat en 14-18 sont réunis sur une stèle unique. D’acier bleu, longue de 280 mètres, elle sera inaugurée le 11 novembre.

Le cénotaphe est un ruban d'acier fait de 150 panneaux en forme de trapèze, long de 280 m sur 1,34 m de haut devant le cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Le cénotaphe est un ruban d'acier fait de 150 panneaux en forme de trapèze, long de 280 m sur 1,34 m de haut devant le cimetière du Père-Lachaise à Paris. (Atelier Philéas)

"Qui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré/Ma génération sur ton trépas sacré". Deux vers des Calligrammes d'Apollinaire sonnent l'épitaphe du nouveau monument aux morts parisiens de la Grande Guerre qui sera inauguré le 11 novembre par Anne Hidalgo, maire de Paris. Un espace de mémoire et de souvenir où le nom de 94.415 Parisiens résidents morts dans les combats est gravé pour toujours dans l'acier bleu horizon de cette œuvre ­mémorielle. Installé sur le mur d'enceinte du cimetière du Père-Lachaise, boulevard de Ménilmontant, cet ouvrage n'est pas un monument aux morts traditionnel.

15 000 soldats français morts sont toujours au Vietnam

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Par Jean-Luc Barberi, publié le 04/11/2018

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Le capitaine René Ballaire a disparu en mars 1949. L'appareil qu'il pilotait, un Junker-52, a été abattu par la DCA vietminh lors d'une mission au Nord Ouest du Vietnam. Son corps ainsi que ceux des parachutistes qu'il transportait n'ont été rapatriés en France qu'en 2018. Philippe Dubois/Archives Personnelles

Ce samedi, Edouard Philippe a rendu hommage aux soldats morts pendant la guerre d'Indochine. Beaucoup ne sont jamais rentrés.

Dien Bien Phu, nom glorieux pour les Vietnamiens, souvenir tragique pour les Français. Ce samedi 3 novembre, Edouard Philippe en visite officielle au Vietnam, s'est rendu lors d'une visite éclair dans la bourgade riante et animée proche de la frontière laotienne.

Accompagné d'officiels vietnamiens, venu avec une volonté d'apaisement, le Premier ministre français a été reçu avec chaleur par les habitants et profité du splendide paysage montagneux. Cela aurait pu être quelques heures de détente, s'il n'avait croisé les fantômes de ce qui restera comme l'une des plus cuisantes défaites nationales de l'après seconde guerre mondiale.

53 jours d'une lutte à mort entre 14 000 soldats de l'armée française et 100 000 combattants vietminh du 12 mars au 7 mai 1954. Et qui s'est conclu sur un terrible bilan. Plus de 3 000 morts et disparus, 10 300 prisonniers dont 4 400 blessés côté français; 8 000 morts et 15 000 blessés côté vietminh selon les archives historiques du Ministère des Armées.

https://static.lexpress.fr/medias_11962/w_640,c_fill,g_north/le-premier-ministre-francais-edouard-philippe-depose-une-gerbe-au-memorial-francais-de-dien-bien-phu-le-3-novembre-2018-lors-de-sa-visite-au-vietnam_6124584.jpg

Le Premier ministre français Edouard Philippe dépose une gerbe au mémorial français de Dien Bien Phu, le 3 novembre 2018 lors de sa visite au Vietnam. afp.com/Jewel SAMAD

Accompagné de deux vétérans revenus sur les lieux où ils avaient combattu, le caporal chef William Schilardi (85 ans) et le colonel Jacques Allaire (92 ans). Edouard Philippe a gravi les pentes hérissées de tranchées d'Eliane, l'une des onze collines fortifiées de l'ancien camp retranché. Là, où 39 jours durant, français et vietminh se sont affrontés à coups d'obus de canon, de tirs de mortiers et de mitrailleuses parfois à moins de dix mètres les uns des autres.

Pour venir à bout des paras qui tenaient la position, les soldats du général Giap ont creusé un étroit boyau de plusieurs dizaines de mètres sous le poste de commandement français. Puis en rampant, au bord de l'asphyxie, ils ont glissé une tonne d'explosifs qu'ils ont fait sauter, pulvérisant le PC et ses occupants.

Du blockhaus en béton, il ne subsiste qu'un cratère de dix mètres de profondeur. Quant à ses occupants... "Des crânes et des ossements de soldats français, il y en a un peu partout disséminés dans le sous-sol de la ville." explique Cyril Bondroit, fondateur de la maison d'éditions Indo Edition et auteur d'ouvrages historiques de référence sur la guerre d'Indochine.

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Du poste de commandement français de la colline Eliane à Dien Bien Phu, il ne subsiste q'un cratère de dix mètres de profondeur. Les vietnamiens l'ont pulvérisé en glissant une tonne d'explosif sous ses fondations. Les corps déchiquetés des soldats français qui l'occupaient sont disséminés dans le sol de la colline. Jean-Luc Barberi

La guerre d'Indochine a fait 60 000 morts dans l'armée française

Selon les estimations, plus de 2 000 soldats tués pendant la bataille sont restés sans sépulture. "Nous n'avions pas le temps d'enterrer les morts", rappelait le général Maurice Schmidt, ancien para du camp lors de la visite du président François Mitterrand, la dernière en date d'un représentant de l'état en 1993.

Contrairement aux officiels français qui font rarement le déplacement, les associations d'anciens combattants, les amis et les familles des disparus continuent, malgré les années, à venir rendre hommage à ces combattants dont la terre vietnamienne est devenue la tombe. "Le tourisme mémoriel vietnamien ou français est le point fort de notre offre touristique. " assure dans un français parfait, Madame Vu Thanh de l'office du tourisme de Dien Bien Phu.

Mais si les citoyens vietnamiens peuvent se recueillir devant de somptueux monuments aux morts, les Français eux, n'ont droit qu'à une modeste construction funéraire située près d'une zone industrielle à proximité de l'ancien quartier général du colonel De Castries.

Rolf Rodel, un légionnaire d'origine allemande, ancien de Dien Bien Phu, a payé de sa poche le terrain et construit de ses mains le petit mausolée blanc qui rend hommage à ses camarades morts au combat. Le lieu empli d'ex-votos a été repris par l'ambassade de France qui veille désormais à son entretien.

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Accompagnant le Premier Ministre, le colonel Jacques Allaire (92 ans) ancien combattant de Dien Bien Phu rend hommage à la mémoire des soldats vietminh contre lesquels il a combattu. Van Thanh Chuong

Dien Bien Phu tombé, la France s'est retirée d'Indochine après une guerre de neuf ans (1945-1954) qui aura fait plus 60 000 morts dans les rangs de son armée. Soit autant que le conflit américano-vietnamien qui allait suivre, et deux fois plus que le total des militaires français morts pendant la guerre d'Algérie.

Après un siècle de présence au Vietnam, la République abandonnait la "Perle de l'Empire", laissant derrière elle des dizaines de cimetières civils et militaires. En 1986, à la suite des exigences du gouvernement communiste vietnamien qui ne voulait plus aucun mort français sur son territoire, un accord franco-vietnamien a été conclu pour exhumer et rapatrier les dépouilles de 27 000 civils et militaires en France.

Un Mémorial des Guerres d'Indochine a été construit pour l'occasion dans la ville de Fréjus (Var) et inauguré en 1993 pour accueillir les corps de 20 000 soldats. Mais, à l'intérieur, un mur du Souvenir de 64 mètres de long porte les noms de 35 000 militaires dont les corps manquent à l'appel. Soit parce que leurs restes ont été ramenés en France à l'époque du conflit et rendus aux familles, soit parce qu'ils n'ont jamais été retrouvés.

"Nous estimons qu'il doit demeurer au moins quinze mille dépouilles de soldats français enterrées ou disparues dans la terre vietnamienne principalement dans le nord du pays" assure Christophe Talon, ancien attaché de défense de l'ambassade de France à Hanoï.

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Les montagnes qui entourent la route Nationale 4 font office de tombeaux pour les centaines de parachutistes morts en octobre 1950. Leurs cadavres ont été brûlés au soir des combats par les habitants de la région qui craignaient des épidémies. Jean-Luc Barberi

Les anciens camps de prisonniers regorgent de cadavres oubliés

Contrairement aux Américains qui continuent à rechercher à prix d'or leurs soldats perdus, la France a cessé ses investigations depuis 2011 jugeant que ce qu'il restait des siens n'étaient plus identifiable.

Il est vrai que beaucoup de ces combattants français sont perdus pour toujours. Ainsi selon des témoignages de l'époque, les centaines de parachutistes et de légionnaires tombés lors de la bataille d'octobre 1950 sur la Route Coloniale 4, entre les villes de Langson et de Cao Bang au nord-est du pays, ont été brûlés mêlés à ceux de leurs adversaires au soir des combats par les habitants inquiets de voir se propager des épidémies.

Et comment retrouver les tombes des Français faits prisonniers après la défaite Dien Bien Phu, morts d'épuisement où à la suite de leurs blessures, tout au long de la marche de près de 600 kilomètres qui les a menés de Dien Bien Phu vers les camps de prisonniers à la frontière chinoise?

"Leurs camarades avaient à peine la force de creuser la terre pour les inhumer. Très vite, les pluies, ont fait remonter les cadavres à la surface. Et leurs restes ont été dévorés par les chiens ou les animaux sauvages", explique Cyril Bondroit.

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Soldats français prisonniers. Dans certains villages au Nord du Vietnam, près de la frontière chinoise se trouvent les ossements de militaires français morts dans les camps d'emprisonnement à la suite de malnutrition, maladies ou mauvais traitements. Jean-Luc Barberi/Musée de la guerred'Hanoï

L'Association Nationale des Déportés et Anciens prisonniers d'Indochine (Anapi) estime que sur les 12 277 français détenus par le Vietminh, seuls 5 154 ont été libérés vivants. "Les autres sont morts de maladies, de maltraitance où ont craqué à la suite de lavage de cerveau apparentés à de la torture mentale infligés par les zélotes communistes." précise Ariane Bondroit de l'Anapi.

"Dans certains villages du Nord du Vietnam, il suffit de creuser un peu pour mettre à jour les ossements entassés en vrac dans les charniers" témoigne Henri Platon, lieutenant-colonel à la retraite et qui, en tant que Délégué Général du Souvenir français, parcourt le Vietnam à titre privé, à la recherche des sépultures oubliées.

Un chapitre honteux de l'histoire du pays que le gouvernement vietnamien n'a aucune intention d'ouvrir de sitôt condamnant les prisonniers morts à l'oubli.

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Après la défaite de Dien Bien Phu, des milliers de soldats prisonniers sont morts de leurs blessures ou d'épuisement pendant la marche de 600 kilomètres qui les menaient vers leur camp de prisonniers. Les restes de ces milliers de combattants français ne seront probablement jamais retrouvés malgré les recherches de proches ou de passionnés qui se poursuivent. Jean-Luc Barberi/Musée d'hanoï

Malgré les années, les obstacles matériels et le refus des gouvernements vietnamiens successifs d'accepter toute forme de célébration (stèles ou monuments), descendants et passionnés poursuivent avec obstination leurs recherches mémorielles.

"J'ai parcouru plusieurs années de suite, avec ma grand-mère ou seul à moto, les routes au nord du pays pour retrouver la tombe de mon grand-père près de la Rivière Claire" raconte un jeune avocat d'affaires français.

Au nord du pays, tout près de la frontière chinoise, quand on s'aventure dans la jungle inextricable des calcaires de Coxa où des centaines de parachutistes se sont fait abattre dans la nuit du 7 octobre 1950, ou que l'on se promène près du village de Ban Ca où se trouvaient les détenus du sinistre Camp Numéro 1, on trouve encore aujourd'hui, cachés dans la végétation, des tiges d'encens, de petites urnes funéraires ou des épitaphes sous plastique déposés par des anonymes en hommage à ceux qui reposent là.

Car l'espoir demeure toujours de retrouver qui, la tombe d'un héros qui, celle d'un parent disparu. La tradition voulait que chez les légionnaires comme chez les parachutistes, on n'abandonne jamais le corps des camarades tués sous le feu ennemi.

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Descendants, associations d'anciens combattants ou passionnés d'histoire viennent rendre hommage aux combattants dans l'anonymat malgré les réticences des autorités vietnamienne. Encens, textes et drapeaux sont régulièrement déposés en mémoire des centaines d'hommes anéantis en Octobre 1950 au lieu dit "La Source, à Coxa dans le Nord du Vietnam. Jean-Luc Barberi

Près de soixante dix-ans après, 21 paras ont été ramenés en France

Ce lundi 15 octobre, le vent souffle fort sur la ville de Fréjus. Deux rangées d'octogénaires, bérets rouges et verts, le visage grave, se tiennent fiers et droits, la poitrine couverte de décorations. Geneviève Darieussecq, la secrétaire d'état aux Anciens Combattants est venue déposer une plaque en hommage au 21 militaires (7 Français et 14 Vietnamiens qui combattaient à leurs côtés) dont les corps ont été rapatriés du Vietnam au Mémorial en mars dernier au terme d'une histoire est à peine croyable.

En mars 49, trois avions Junker 52 du groupe de transport Béarn décollent du terrain de Bac Maï à Hanoï pour venir porter assistance à un poste français en difficulté face aux troupes vietminh à Hoang Su Phi, petit bourg situé au nord-ouest du Tonkin, tout près de la frontière chinoise.

A l'intérieur, se trouvent 100 parachutistes prêts à intervenir. Les appareils qui doivent survoler des cimes à près de 3000 mètres d'altitude, sont à la limite de leurs possibilités techniques. La météo est exécrable. Deux avions font demi-tour. Le troisième, piloté par le capitaine René Ballaire (32 ans), tente, dans une manoeuvre désespérée de forcer le passage et quitte le groupe pour s'engager dans une vallée avoisinante.

Pris sous le feu de l'artillerie ennemie, l'avion est touché et s'écrase dans la montagne. Quelques jours plus tard, profitant d'une accalmie dans les combats, un commando de parachutistes retrouve les débris de l'appareil et les corps déchiquetés de l'équipage au pied du col du massif de Tsin Con. Craignant une attaque vietminh, les hommes enterrent rapidement leurs frères d'armes dans la montagne avant de se replier.

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Les montagnes au nord qui bordent les frontières chinoises au nord du Vietnam sont d'un accès très difficiles. Il aura fallu près de soixante dix ans et beaucoup de chance pour retrouver les tombes des 21 soldats passagers de l'avion Junker 52 abattu en mars 1949 par l'armée vietnamienne. Jean-Luc Barberi

Les 21 morts du Ju 52 vont rester là, oubliés de tous pendant plus de soixante ans. En 2010, les autorités régionales de Hoang Su Phi découvrent leurs tombes à l'occasion d'un chantier de construction d'une route pour désenclaver la région.

Au Vietnam, le respect des morts est une tradition sacrée. Les travaux sont interrompus. L'ambassade de France est contactée pour restituer les corps français. Mais comment différencier si longtemps les sept Français qui rentreront en France des quatorze Vietnamiens que les autorités locales veulent garder au Vietnam?

Les Vietnamiens proposent de procéder à des analyses ADN pour identifier les restes. Le devis est salé: 85 000 dollars. Paris rechigne à payer, laisse traîner avant de classer le dossier. Mais, à Hoang Su Phi, les deux patrons de l'entreprise chargés des travaux de voirie meurent successivement de manière inexpliquée. La construction de la route est bloquée. Craignant une malédiction, les Vietnamiens reviennent à la charge. Il faudra encore plusieurs années de va et vient bureaucratique et de lobbying incessant dans les couloirs du ministère des deux pays pour que le colonel Christophe Talon parvienne enfin à sortir de l'impasse.

Tous les corps quittent la montagne en novembre 2017, et sont rapatriés au Mémorial de Fréjus. Vietnamiens comme français. "Nous les avons considérés comme tous français car à l'époque, les parachutistes vietnamiens combattaient pour la France", résume Christophe Talon.

Le jour de l'hommage, les neveux et petits neveux du capitaine René Ballaire, le pilote de l'avion, étaient tous présents à Fréjus. "Pendant des années, nous ne le connaissions que par sa photo. C'est comme si ce matin, il était enfin rentré à la maison." a reconnu, ému jusqu'aux larmes son neveu Philippe Dubois. D'autres rentreront peut-être un jour.

Le courage des Poilus Réunionnais de 14-18 dévoilé

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7 oct 2018,

Le monument aux morts avenue de la Victoire à Saint-Denis témoigne de l'engagement de l'ensemble des Poilus réunionnais dans le premier conflit mondial. (Photo Stephan Laï-Yu)

Avec ce nouveau travail, Jacques Dumora poursuit son oeuvre de passeur de mémoire entamé en 2014. (Photo Stéphan Laï-Yu)

Jacques Dumora et une équipe de passionnés se sont attachés à compléter la liste des noms inscrits sur les monuments aux morts comme ici à Saint-André.

Pendant la Première guerre mondiale, les Réunionnais se sont vaillamment et courageusement battus sur tous les fronts. Le fait est indiscutable mais l'ouvrage de Jacques Dumora 1039 citations et décorations, les Réunionnais dans la Grande Guerre, en faisant parler les chiffres montre à quel point notre île a payé le prix du sang et des souffrances entre 1914 et 1918 et même au-delà.

« Cent ans après la fin de la Première guerre mondiale, il reste encore des choses à découvrir sur la Grande Guerre », confie Jacques Dumora. «Ainsi plus de 400 Poilus réunionnais n'étaient pas inscrits sur les monuments aux morts de La Réunion (voir par ailleurs). « Petit à petit les communes réparent cette injustice. Saint-André a été la première à le faire.»

Sur les 170 000 habitants que compte notre île en 1914, 16 500 natifs de La Réunion sont mobilisés. « 1 409 Réunionnais dont nous connaissons les identités précises et recoupées sont morts des conséquences de la guerre qu'ils aient obtenu ou non la mention « mort pour la France ». Plus de 800 tombes de Réunionnais sont aujourd'hui précisément localisées », indique Jacques Dumora. « Ils sont une centaine, morts au combat, dont ne nous ne savons rien. »

Pour ce nouveau travail de mémoire autour des citations et des décorations des Réunionnais pendant la Première guerre mondiale, des recherches qui n'avaient jamais été entreprises avant qu'il n'ouvre le chantier, Jacques Dumora a comme à l'accoutumé procédé avec une très grande minutie.

Il lui aura fallu quatre ans pour mener à bien ces investigations. Le chercheur a ouvert plus de 45 000 registres matricules disponibles en ligne sur le site des Archives nationales d'outre-mer (ANOM). Il a consulté les registres matricules de La Réunion à partir de la classe 1890, de Madagascar et des Comores. Jacques Dumora a balayé les patronymes inscrits sur les listes des registres matricules de l'Afrique sur le site de l'ANOM. Il a repéré des Réunionnais sur des registres algériens. Il a épluché les archives de plusieurs départements et de grandes villes de métropole où il savait pouvoir retrouver des Réunionnais. Aux Archives départementales, Jacques Dumora s'est penché sur les registres matricules recensant les jeunes réunionnais des classes 1919 et 1920.

Au terme de ce travail de fourmi, Jacques Dumora a retrouvé 1039 citations reçues à titre posthume ou du vivant décernées à des Réunionnais. 903 ont reçu une citation et une ou plusieurs décorations (voir par ailleurs).

Chaque combattant est présenté commune par commune en partant de Saint-Denis et dans le sens des aiguilles d'une montre. Sont mentionnés, l'identité précise, la date de naissance, l'identité des parents, l'emploi occupé au moment de la mobilisation. Suivent une narration autour du parcours pendant le conflit, le grade, le régiment, les blessures reçues et bien sur la ou les citations avec les décorations.

« Des Réunionnais morts aux combats dans la Grande Guerre ont probablement reçu une citation et une décoration que nous ne sommes pas parvenus à retrouver, » reconnaît Jacques Dumora. « De même, la masse des morts a ceci de dramatique que nombre d'entre eux ont été oubliés des récompenses. Ce long travail de collecte propose aux Réunionnais la possibilité d'inscrire leur histoire dans une narration continue dont la Grande Guerre a été parmi les épreuves traversées l'une des plus tragiques. »

Alain Dupuis


Jacques Dumora un passeur de mémoire

Passionné par la Première Guerre mondiale, Jacques Dumora, animateur socio-culturel, s'est attaché depuis 2014 à un vrai travail de bénédictin au cœur de différentes archives pour faire revivre le souvenir des Poilus réunionnais de la Grande Guerre.

"Je me suis plongé dans les documents conservés aux Archives départementales, explique-t-il. "Les données recueillies ont été recoupées par les fiches individuelles de chaque homme répertoriées sur le site Mémoire des hommes. Je l'ai balayé entièrement afin de m'assurer que sur les 1 300 000 combattants répertoriés, aucun Réunionnais ne serait oublié. J'ai ainsi identifié plusieurs dizaines de soldats non répertoriés aux Archives départementales. On sait que, globalement, 100 000 hommes ont été portés disparus. Sans doute quelques Réunionnais figurent dans ces disparus à jamais des bilans humains de la Grande Guerre".Le fruit de son travail a été présenté dans l'ouvrage La Grande guerre, mémoire réunionnais.

Solitaire à ses débuts, Jacques Dumora a au fil du temps mobilisé d'autres passionnés au point de constituer l'association Centenaire commémoratif. "Notre objectif pendant les quatre ans de commémoration du centenaire de la Grande Guerre a été de faire un travail de mémoire, commune par commune, à travers la Réunion", confie-t-il.

Pendant la Première Guerre Mondiale, plus de 3 500 Mauriciens ont endossé l'uniforme. Deux cent ont servi dans l'armée française et 92 dans les rangs de la Légion Etrangère. Jacques Dumora a sorti de l'ombre ces Poilus et Tommies de l'île Soeur aujourd'hui complètement oubliés même dans leur île natale. Au-delà de la froideur des chiffres, l'historien a dressé dans son livre Mémoire mauricienne, la Grande Guerre une galerie de portraits surprenants et attachants.

Autre cheval de bataille de Jacques Dumora un travail militant auprès des communes pour qu’elles inscrivent sur leurs monuments aux morts le nom de 408 soldats oubliés par l’administration. S’ils sont reconnus "Morts pour la France", tous n’ont pas leur nom inscrit sur nos monuments aux morts. Ils sont 13 à Saint-André, première commune à avoir réparé l'oubli, 75 à Saint-Denis... Le passionné a retrouvé des manques sur chaque monument de l’île.

Le prix du courage

« Lorsque la guerre éclate, la France ne dispose pas de décorations spécifiques », explique Jacques Dumora. « Pour honorer le courage des hommes elle va utiliser les décorations existantes comme la médaille militaire ou la Légion d'Honneur. La médaille militaire a été institué par Louis-Napoléon Bonaparte le 22 janvier 1852. On estime à plus de 1 400 000 les décorations attribuées et réservées aux soldats de la Grande Guerre. Pour récompenser les hommes morts au combat ou blessés la chambre des députés vote en avril 1915 la proposition de loi soutenue par Maurice Barrès instituant la Croix de Guerre. »

Plus de deux millions de Croix de Guerre seront attribuées lors du premier conflit mondial. « De nombreux Réunionnais morts ou blessés aux combats ou auteurs de faits de guerre exceptionnels ont été décorés de la Croix de Guerre et de la médaille militaire parfois de la Légion d'Honneur à partir du grade de sous-lieutenant. La majorité des Réunionnais récompensés au titre de fait de guerre ou à titre posthume se sont vus décerner la Croix de Guerre avec étoile de bronze, la plus communément répandue. A la Croix de Guerre sont rattachées des étoiles, bronze, argent vermeil. La Croix de Guerre avec palme est attribuée à chaque soldat gravement blessé et ayant subi une amputation par exemple. Certains d'entre-eux se sont décerner la Légion d'Honneur après la guerre du fait de leurs blessures graves avec amputation. »

Dans l'ombre de Roland Garros

Roland Garros mais aussi son frère Jean-Baptiste Garros figurent en bonne place dans l'ouvrage de Jacques Dumora mais le célèbre aviateur est un peu l'arbre qui cache la forêt dans laquelle se trouvent injustement relégués les 16 500 Réunionnais qui comme lui sont montés au front.

« Quelques-uns d'entre-eux s'engagent à 17 ans et sont impliqués dans les derniers combats de la Grande Guerre ou sont en partance pour le front », rappelle Jacques Dumora.

En feuilletant l'ouvrage du chercheur vous retrouverez certainement comme nous l'avons fait nous même avec émotion un grand-père ou un arrière grand-père oublié. Ainsi de Christophe Rieul Dupuis né le 31 mars 1895 à Saint-Leu, sous-lieutenant au 294ème régiment d'infanterie au début de la guerre, six fois cité, décoré de la Croix de Guerre et fait chevalier de la Légion d'Honneur. « C'est le Réunionnais le plus cité de la Grande Guerre, » souligne Jacques Dumora.

Le plus décoré : Joseph Arsène Robert Hoareau né le 4 février 1895 à l'Entre-Deux. A 23 ans, il termine la guerre au grade de lieutenant. Il est cité quatre fois, décoré de la Croix de Guerre avec palmes et fait chevalier de la Légion d'Honneur.

Un deuxième Mafatais : Jusqu'à présent, Jacob Gaze avait été le seul Mafatais identifié comme ayant participé à la Première Guerre Mondiale. Né le 27 février 1897, il vivait à proximité d'une prénommée source Gaze dont on ne connaît pas précisément l'emplacement. Le jeune homme était âgé de 20 ans quand il fut appelé le 10 mai 1917 pour rejoindre les Ardennes. Moins d'un an après, Jacob Gaze était démobilisé puis hospitalisé à Charleville-Mézières. Blessé et intoxiqué au gaz moutarde, il parvenait à rentrer à La Réunion. Le Poilu mafatais était accueilli en héros par la fanfare du Port à sa sortie du navire le Madonna. Jacob Gaze repose aujourd'hui au cimetière de Grand Place dans le cirque de Mafate. Une sculpture œuvre de Marco Ah Kiem perpétue sur la place du monument aux morts de Saint-Paul son souvenir.

Jacques Dumora a identifié dans son livre un autre Mafatais. François Ramy Sepou, né le 1er septembre 1892, était cultivateur à Roche Plate. Il débarque à Marseille le 29 juillet 1916 et est incorporé au troisième régiment d'infanterie coloniale qui se bat autour de Rapech en Serbie. François Ramy Sepou est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze et cité à l'ordre du régiment le 25 août 1917. « Très bon soldat énergique et brave. Blessé par éclat d'obus aux reins au cours du bombardement du 25 août 1917. »

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