CEACH

  • Plein écran
  • Ecran large
  • Ecran étroit
  • Agrandir le texte
  • Taille par défaut
  • Rapetisser le texte

Guerre nucléaire: une menace à prendre au sérieux pour le ministère des Armées

Envoyer
https://www.challenges.fr/
Par Vincent Lamigeon le 13.10.2017
 

Remis par Florence Parly à Emmanuel Macron, la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale définit les menaces pour la France et la stratégie de défense à adopter. Il insiste sur les multiples risques de dérapages, qui pourraient aboutir au franchissement du "seuil nucléaire".

Un sous-marin nucléaire français sur la base de l'Ile Longue

Remis par Florence Parly à Emmanuel Macron, ce document définit les menaces pour la France et la stratégie de défense à adopter. Il insiste sur l’ambiguïté des menaces actuelles, qui pourraient aboutir à une escalade jusqu’au "seuil nucléaire". FRED TANNEAU / AFP

Une centaine de pages et 321 points évoqués. C'est un véritable précis de stratégie de défense que vient de remettre à Emmanuel Macron la ministre des armées Florence Parly. Issu des trois mois de travaux de la commission dirigée par le député européen Arnaud Danjean, la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale est une sorte de mini-Livre Blanc sur la défense, qui résume la situation stratégique mondiale, les menaces pour la France, et les réponses que les armées doivent être capables d'apporter. Seule – et importante – différence : contrairement aux derniers Livres blancs, le document n'intègre pas le " contrat opérationnel " des armées, c'est-à-dire le nombre maximal de soldats et d'avions de combat que la France doit être capable de déployer. "Ce contrat opérationnel sera défini dans le cadre des travaux de la prochaine loi de programmation militaire, votée début 2018", explique Martin Briens, directeur de cabinet de Florence Parly.

Quel tableau stratégique dresse ce document ? Il s'inscrit dans la continuité du Livre blanc de 2013, en insistant sur un "environnement global durablement dégradé, instable et incertain", selon les termes d'Arnaud Danjean. Il y a évidemment la menace du terrorisme djihadiste, qui "se reconfigure en permanence" et "va muter et persister" malgré les défaites militaires de Daech au Levant. Il y a le retour des Etats-puissances, Russie et Chine en tête. "L'affirmation de la puissance russe appelle en réponse une fermeté qui doit s'accompagner d'un dialogue", estime ainsi document. Quant à la Chine, elle "devient la seconde puissance mondiale", met en service "un sous-marin par an", et peut compter sur "un budget plus de quatre fois supérieur à celui de la France, pour une valeur équivalente il y a dix ans ". Ce qui implique un " dialogue stratégique lucide et exigeant".

"Ambigüité entretenue à dessein"

La véritable nouveauté est ailleurs. Le document, auquel ont participé le chef d'état-major des armées François Lecointre, les chefs d'état-major des trois armées, mais aussi l'ancien patron de la DGSE Bernard Bajolet, le président de Naval Group Hervé Guillou et le directeur de l'Ifri Thomas Gomart, met en garde contre l' " ambigüité " qui s'est installée au cœur des relations internationales. En gros, les acteurs étatiques comme non étatiques peuvent désormais agir de façon dissimulée, par des attaques cyber, par le recours des groupes de hackers mercenaires, par des déstabilisations par des trolls sur Internet. La frontière entre guerre et paix, entre crise et non-crise, s'en trouve brouillée, ce qui aboutit à un "état de tension endémique" qui "affecte en permanence les relations entre puissances".

Le risque généré par ces nouvelles zones grises est monumental, préviennent les auteurs. "Cette ambigüité entretenue à dessein peut conduire à une mauvaise lecture du niveau de menaces, et donc à des risques de dérapages, estime Arnaud Danjean. On est souvent à la limite de l'agression et de l'incident." Le point 148 de la revue stratégique est encore plus explicite : "Il résulte de ces tendances convergentes un risque accru d'escalade et de montée aux extrêmes entre Etats, potentiellement jusqu'au franchissement du seuil nucléaire, en raison des erreurs possibles concernant les seuils de réaction adverses." Tout ressemblance avec les intimidations entre Donald Trump et Kim Jong-Un serait purement fortuite…

"Modèle complet d'armée"

Dans ce contexte instable et imprévisible, la revue stratégique préconise de maintenir un "modèle complet d'armée", autrement dit des forces capables d'entrer en premier sur un théâtre, d'assurer une posture permanente de dissuasion, d'être déployées durablement sur le territoire national, et de s'engager "en opération de haute intensité dans tous les milieux : terrestre, maritime, aérien, espace exo-atmosphérique et numérique". La dissuasion, estime le document, doit être maintenue dans ses deux composantes, océanique (sous-marins SNLE et missile M51) et aéroportée (missile ASMP/A sur Rafale).

La revue stratégique énonce également une multitude de priorités, légitimes, mais que même un budget de défense en augmentation annuelle de 1,7 milliard d'euros jusqu'à 2022 risque d'avoir du mal à financer : équipements de projection et de combat des forces spéciales, augmentation des moyens de soutien et de maintenance des équipements, développement de drones de combat, renouvellement du groupe aéronaval (le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte), de nouveaux drones, protection cyber des équipements, investissements dans les moyens spatiaux, aériens et navals de renseignement… Le document ne prend pas explicitement position sur les moyens financiers nécessaires aux armées, mais souligne que "la cohérence dans la durée entre leurs missions et leurs moyens est décisive pour conforter leur efficacité". C'est exactement le message que portait le chef d'état-major des armées Pierre de Villiers avant sa démission en juillet, et que continue à répéter son successeur François Lecointre.

Une nouvelle LPM début 2018

L'Europe peut-elle aider à cette remontée en puissance de l'outil militaire français ? Oui, répond Arnaud Danjean, qui assure que le contexte est favorable. Mais l'Europe de la défense ne saurait en aucun cas se substituer à un fort investissement sur le plan purement national. "Nous ne bâtirons pas de partenariats robustes avec nos partenaire en nous affaiblissant nous-mêmes, souligne le député européen. Ce n'est pas en affaiblissant le modèle d'armée français qu'on arrivera à lancer des projets crédibles pour l'Europe de la défense."

Reste désormais à mettre en musique cette revue stratégique. Ce sera le rôle de la loi de programmation militaire, votée au premier semestre 2018, qui fixera les grandes orientations budgétaires de la période 2019-2025. "Il faut à la fois renouveler les équipements et permettre des investissements pour l'avenir, c'est ce double balancement qu'il va nous falloir organiser dans la LPM", indique Florence Parly. L'objectif reste un budget de 50 milliards d'euros en 2025 (soit 2% du PIB français), contre 32,7 milliards cette année.

Visiteurs

mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui950
mod_vvisit_counterHier9946
mod_vvisit_counterCette semaine46199
mod_vvisit_counterSemaine dernière73581
mod_vvisit_counterCe mois56220
mod_vvisit_counterMois dernier380409
mod_vvisit_counterDepuis le 30/04/165813739

Qui est en ligne ?

Nous avons 745 invités en ligne

Statistiques

Membres : 2
Contenu : 12504
Liens internet : 6
Affiche le nombre de clics des articles : 4598810
Vous êtes ici : PRESSE XXI 2017 Guerre nucléaire: une menace à prendre au sérieux pour le ministère des Armées
Secured by Siteground Web Hosting