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2016

Expulsion des agents russes: un règlement de compte entre Obama et Trump ?

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FIGAROVOX
Publié le 30/12/2016
 
FIGAROVOX/TRIBUNE.-Jean Dufourcq, amiral (2S), voit dans l'expulsion d'agents russes la volonté de Barck Obama de gêner les premiers pas de Donald Trump, en empêchant un rapprochement avec la Russie.

Jean Dufourcq, contre-amiral en 2e section, est aujourd'hui Rédacteur en chef de La Vigie, lettre d'analyse stratégique. Il est membre honoraire de l'Académie de marine et ancien rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale.

Par un décret présidentiel, Barack Obama vient de prendre des mesures de rétorsion contre la Russie accusée d'avoir mené des cyberattaques contre les États-Unis pour influencer le cours de l'élection présidentielle américaine. Il s'agit d'une des dernières décisions du président partant qui donne l'impression de profiter de sa fin de mandat pour lâcher des coups qu'il avait longtemps retenus: c'est ce que suggère aussi la récente abstention aux Nations-Unies lors d'un vote condamnant la colonisation israélienne. Quelle est la portée de ces mesures antirusses?

À l'origine de l'affaire, le site Wikileaks publie une série de courriels du Parti Démocrate qui montre que celui-ci favorise Hillary Clinton aux dépens de Bernie Sanders. Personne n'a depuis contesté la véracité de ces courriers. En revanche, il semble que le site du Parti Démocrate ait bien été piraté et que des données sensibles aient été transmises à Wikileaks. Cela a pu influencer la campagne électorale certes mais on ne peut sérieusement considérer que cela a fait pencher la balance du côté de Donald Trump: celui-ci aurait été élu de toute façon, même si les fuites ont renforcé le sentiment de tromperie méthodique dont était régulièrement accusée H. Clinton.

L'ire de B. Obama repose en fait sur l'origine du piratage. Un article du New-York Times citait une «confidence» d'un responsable de la CIA qui désignait les Russes (avec le crédit des «fuites» qu'organise la CIA). Plus récemment, un rapport du FBI et du ministère de la sécurité intérieure désigne nommément deux groupes de pirates russes, accusés d'être liés aux services de la Fédération de Russie. Les spécialistes restent comme souvent circonspects. En effet, bien que technique, le cyberespace ne permet pas d'apporter la preuve technique des agents à l'origine des actions répréhensibles. Autrement dit encore, il n'y a pas d'attribution scientifiquement sûre. L'attribution d'un acte repose sur un faisceau d'indices et sur l'intime conviction de l'accusateur. Dans le cas présent, le rapport du FBI ne mentionne que des indices habituels et de fait guère probants: quelques bouts de code qui seraient cyrilliques, une activité se déroulant lors du fuseau horaire de travail en Russie, des matériaux antérieurement attribués aux Russes. Tout ceci est aisément falsifiable et ne désigne pas à coup sûr des Russes. Cela ne les disculpe pas non plus.

En revanche, il est probable que la durée de l'espionnage, l'ampleur des moyens techniques et humains consacrés et la cible visée constituent le signe d'une activité soutenue par un acteur étatique. On ne prête qu'aux riches et Moscou devient évidemment alors un candidat sérieux. Autrement dit, le faisceau d'indices est suffisamment solide pour qu'Obama ait l'intime conviction qu'il fait face à des Russes. L'attribution est une décision politique, comme toujours.

Accessoirement, en invoquant un piratage, Barack Obama instille le doute sur la légitimité de l'élection de DonaldTrump.

Une autre décision politique consiste à rendre publique cette accusation, une autre encore à prendre des mesures en conséquences. Il faut expliquer ici le contexte de ces deux décisions.

La première (rendre publique l'accusation, faire de l'affaire une affaire) tient justement à la fin de mandat. Deux considérations entrent en jeu: l'une intérieure, l'autre extérieure. La plus importante tient à la politique intérieure. C'est peu dire que B. Obama n'apprécie guère son successeur, D. Trump. Il s'était engagé à fond pour sa rivale. Or, D. Trump a annoncé qu'il se rapprocherait des Russes afin d'obtenir un «bon accord». B.Obama cherche ainsi à gêner les premiers pas de son successeur, en installant une crise assez profonde pour que le rapprochement ne soit pas aisé. Accessoirement, en invoquant un piratage, il instille le doute sur la légitimité de l'élection de D.Trump: de façon subliminale, il suggère que celui-ci a été élu avec le soutien russe, qu'il est donc un agent de l'étranger, qu'il ne défend donc pas les intérêts de l'Amérique. Nul doute que les adversaires de D.Trump broderont sur cette ligne tout au long des mois à venir.

Dans le même temps, et voici la politique extérieure, B.Obama avait également eu cette ambition du rapprochement avec Moscou quand il avait évoqué, au début de son premier mandat, un reset, c'est-à-dire une remise à plat des relations avec la Russie. Cela n'avait en fait rien donné. Au fond, Obama a subi beaucoup d'avanies de la part des Russes et conduit des négociations ardues qui, pourtant, ont pu donner des résultats: pas forcément en Ukraine mais en Syrie lorsque Lavrov trouva une porte de sortie à la «crise de la ligne rouge» en 2013 ou plus tard lorsque, nolens volens, les Américains s'accommodèrent de la projection militaire russe en Syrie aux côtés de Bachar El-Assad. Les relations furent souvent tendues et B.Obama s'aperçoit, au bout de huit ans, que V. Poutine a mieux su influer sur le cours des événements du Levant que lui-même. Son orgueil a pu en être affecté et il y aurait une sorte de dépit et de revanche dans cette rétorsion tardive contre les Russes.

La troisième décision, celle d'expulser des diplomates ou d'interdire certaines organisations, ne doit être prise que pour ce qu'elle est: un niveau d'enchère, assez haut pour que ça paraisse sérieux, suffisamment bas pour que cela reste contrôlable. On a connu cela tout au long de la Guerre froide, la syntaxe de ces décisions est bien maîtrisée et ne trompe vraiment personne.

Finalement, cette affaire devrait s'essouffler assez rapidement car ni D.Trump ni V.Poutine n'y feront longtemps attention. C'est le destin des présidents en fin de mandat: ils crient fort mais ne font guère peur. D'ailleurs, Moscou ne s'y est pas trompé en gazouillant un tweet avec un canard boiteux.

«L’important, c’est de pérenniser l’association des anciens combattants»

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LA VOIX DU NORD

Par Christian Pruvost (CLP) | Publié le 30/12/2016

Émile Gallet est le nouveau président de l’association des anciens combattants d’Auxi-le-Château et des environs. Il succède à Robert Ramousset. Émile Gallet est entré dans la section en 2012 comme membre et en 2013 dans le bureau.

Émile Gallet était entré dans la section en 2012.
Émile Gallet était entré dans la section en 2012.

– Parlez-nous de la section d’Auxi-le-Château et des environs…

« Le nombre d’adhérents est de 136 personnes en 2016, c’est une section importante. Il est équivalent à celui de 1994. Il y a 91 CATM (combattants d’Algérie – Tunisie – Maroc), 27 veuves, un résistant 39-45, trois OPEX (opérations extérieures) et 14 sympathisants. 11 communes sont rattachées à Auxi. »

– Quels sont les projets ?

« L’important, c’est de pérenniser l’association dans le temps. Il faut assurer le bureau pour continuer à défendre les droits, assurer les devoirs et perpétuer le devoir de mémoire et le culte du souvenir. Il faut exister, être présent auprès des autres, rencontrer les autres présidents de comités du secteur, rencontrer les élus. Je profite de l’occasion pour lancer un appel aux anciens militaires, à ceux qui ont participé à des OPEX et aux sympathisants qui souhaitent perpétuer le devoir de mémoire. Ils peuvent nous rejoindre en me contactant ou en se rapprochant de Just Hernu, le trésorier de l’association. »

– Et vos prochains rendez-vous ?

« L’association fera son assemblée générale le 12 mars à 10 heures, à la salle des fêtes d’Auxi-le-Château. En mai, l’association participera à une journée pédagogique à Notre-Dame de Lorette. »

Son parcours

Originaire d’Hesdin, Émile Gallet est entré dans l’armée de terre en 1975. Il servira en tant que sous-officier puis officier dans l’artillerie après avoir passé le concours en 1991. En 1997, il passe le concours des officiers de gendarmerie et rejoint l’escadron d’Amiens en tant que capitaine. En 2001, il est affecté à l’état-major de la légion de gendarmerie de Haute-Normandie à Rouen et en 2006 il est détaché à l’état-major des armées avec le grade de commandant. En 2009, il est affecté à la direction générale de la gendarmerie et en 2011 le lieutenant-colonel part en retraite.

Il est chevalier dans l’ordre national du mérite depuis 2006. Il est également titulaire de la croix du combattant, de la médaille de la reconnaissance de la nation, de la médaille de défense nationale échelon or et de celle de l’ONU.

Jura : une médaille nazie pour les anciens combattants

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Philippe Sauter|28 décembre 2016

Le bulletin municipal de Mont-sous-Vaudrey (Jura) comportait une photo de médaille piochée sur une banque d'images.

C'est ce qu'on appelle une bourde. Le bulletin municipal de Mont-sous-Vaudrey (Jura) a voulu, comme chaque année, rendre hommage à ses anciens combattants. Dans le dernier numéro, ce sont les médaillés des dernières cérémonies du 11 Novembre qui sont mis à l'honneur. Une page complète consacrée au devoir de mémoire, illustrée des photos des récipiendaires mais aussi de la médaille censée leur avoir été décernée. Et c'est là que réside la « maladresse », dixit la mairie. A la place, c'est un cliché de la Croix du mérite de guerre, une distinction créée par Adolf Hitler pour ses meilleurs combattants, qui apparaît. C'est l'une des trois bénévoles qui s'occupent du bulletin qui a choisi une mauvaise médaille dans une banque d'images sur Internet.

« On a du mal à comprendre une telle erreur, s'énerve un responsable des anciens combattants de Lons-le-Saunier (Jura). Il y a en plein centre de la médaille une croix gammée très visible ! Il faut qu'on leur explique que c'était le symbole des nazis ? » L'Association intercommunale des anciens combattants demande que des excuses soient publiées dans le prochain bulletin. Une requête qui devrait être acceptée par le maire qui précise qu'aucune nostalgie du III e Reich n'anime son village...

Le Parisien

Aux tirailleurs sénégalais, la France reconnaissante 50 ans après

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Le Point.fr
Publié le 24/12/2016

De la boue d'Indochine aux nuits froides du djebel algérien, il s'est battu sous le drapeau bleu-blanc-rouge. Cinquante ans après, cet ancien tirailleur sénégalais recevra bientôt la nationalité française. "Mieux vaut tard que jamais", sourit Yoro Diao, 88 ans.

Après des années de bataille administrative, cette reconnaissance à laquelle il "ne croyait plus" a été solennellement promise cette semaine par le président François Hollande.

"C'est une injustice qui est réparée. Au Sénégal tout le monde en parle et aussi à Bamako, à Abidjan...", se félicite M. Diao, une barrette de décorations colorées épinglée sur sa veste grise.

Cet homme mince est le doyen d'un petit groupe d'anciens combattants sénégalais qui viennent de quitter un foyer vétuste pour s'installer dans un local neuf à Bondy, au nord de Paris.

Des anciens tirailleurs sénégalais, le 22 décembre 2016 à Bondy, près de Paris © BERTRAND GUAY AFP
Des anciens tirailleurs sénégalais, le 22 décembre 2016 à Bondy, près de Paris © BERTRAND GUAY AFP

Certains portent une calotte traditionnelle, tous ont sorti cravate et costume pour célébrer la nouvelle, même s'"il ne faut pas danser avant que le tam-tam n'arrive", plaisante l'un d'eux.

Agés de 77 à 88 ans, ils appartiennent à la "dernière génération" d'une longue lignée de combattants africains engagés volontaires ou enrôlés d'autorité dans les rangs de l'armée française. Ils ont été de tous les combats du conflit de 1870 contre la Prusse à la guerre d'Algérie achevée en 1962.

Si les premiers régiments ont été formés au Sénégal, ces "tirailleurs sénégalais" à la célèbre chéchia rouge étaient originaires de toutes les colonies françaises, de l'Afrique de l'ouest et du centre, jusqu'à Madagascar.

"On sait qu'ils étaient plus de 200.000 hommes lors de la Première guerre mondiale, 150.000 pour la Seconde, 60.000 en Indochine?", explique l'historien Julien Fargettas auteur d'un ouvrage consacré à ces "soldats noirs".

Le président François Hollande et son homologue sénégalais Macky Sall, le 20 décembre 2016 à l'Elysée, à Paris © ALAIN JOCARD POOL/AFP/Archives
Le président François Hollande et son homologue sénégalais Macky Sall, le 20 décembre 2016 à l'Elysée, à Paris © ALAIN JOCARD POOL/AFP/Archives

Engagé volontaire en 1951, Yoro Diao a servi en Indochine puis en Algérie. Il montre quelques photos jaunies tirées d'une enveloppe kraft. "C'était plus dur en Indochine. On tombait souvent dans des embuscades, j'ai perdu beaucoup de camarades, des Blancs, des Noirs".

Longtemps sous-payés, cantonnés à des grades subalternes, les soldats "indigènes" ont obtenu l'égalité des soldes en 1947 puis la possibilité de grimper sans frein dans la hiérarchie.

- 'Tests de français' -

Démobilisés, ces anciens combattants sont rentrés faire leur vie dans leur pays natal après l'indépendance, sans penser que la France, leur "deuxième patrie", pourrait leur tourner le dos.

Pourtant, en 1959, Paris gèle leurs pensions d'anciens combattants. C'est pour les tirailleurs le début d'une nouvelle guerre de tranchées, contre l'administration française.

Ousmane Sagna (L) et Guorgui M' Bodji (R), anciens tirailleurs sénégalais, et Aissata Seck (c), adjointe au maire socialiste de Bondy, en charge des anciens combattants, le 22 décembre 2016 à Bondy, près de Paris © BERTRAND GUAY AFP
Ousmane Sagna (L) et Guorgui M' Bodji (R), anciens tirailleurs sénégalais, et Aissata Seck (c), adjointe au maire socialiste de Bondy, en charge des anciens combattants, le 22 décembre 2016 à Bondy, près de Paris © BERTRAND GUAY AFP

De haute lutte, ils obtiennent le déblocage de leur pension en 2006. Comme leurs frères d'armes français, ils touchent désormais 336 euros tous les six mois.

Pour le symbole et une plus grande sécurité matérielle, ceux qui vivent en France réclament l'octroi de la nationalité. On les renvoie de ministère en préfecture. On leur demande de fournir les actes de naissance de leurs parents - souvent inexistants -, de passer un test de français.

"Humiliant", tranche Aïssata Seck, adjointe au maire socialiste de Bondy en charge des anciens combattants. "On ne leur a pas demandé de passer tous ces tests quand on les a envoyés au front".

Petite-fille d'un tirailleur sénégalais, cette élue de 36 ans a décidé de lancer une pétition après avoir constaté que les démarches individuelles restaient vaines. "A Bondy, il y a eu 33 demandes, un seul a été naturalisé, après trois ans de procédure", souligne-t-elle.

Lancé sur internet la veille des commémorations du 11 novembre 1918, le texte a recueilli plus de 60.000 signatures en quinze jours, dont celles des comédiens Omar Sy et Jamel Debbouze. Et la situation s'est débloquée.

Contactée par le gouvernement, Assaïta Seck a reçu mercredi une lettre de François Hollande. Elle a rendez-vous tous les mois au ministère de l'Intérieur pour suivre les dossiers qu'elle reçoit de toute la France. "Moins de 1.000" vétérans seraient concernés.

"Bien sûr que c'est tard" mais désormais "c'est officiel, on ne peut pas revenir en arrière", se réjouit-elle. "Du baume au coeur", conclut M. Diao.

24/12/2016 09:52:37 - Bondy (AFP) - © 2016 AFP

Services secrets français - Coups tordus en Algérie

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Le Point.fr

Publié le 23/12/2016

"Bleuite". Dès 1957, le capitaine Léger met au point une redoutable technique d'infiltration et d'intoxication, qui décimera les rangs du FLN et de l'ALN.

Par

Bataille d'Alger. En août 1957, les parachutistes du 3e RPC du colonel Bigeard sillonnent la casbah, bastion du FLN, passée en janvier sous le contrôle de l’armée.

Trois hommes costauds et une jolie brune de 18 ans, musulmane, se font face dans le patio d'une petite villa sommairement aménagée d'El-Biar, quartier calme d'Alger. C'est le noyau de l'équipe qui va porter l'un des plus rudes coups au Front de libération nationale (FLN) durant les huit années du conflit qui déchirera l'Algérie. Son chef, le capitaine Paul-Alain Léger, 37 ans, est bien loin d'imaginer qu'un an plus tard l'opération KJ-27 - surnommée la « bleuite » -, vaste projet d'infiltration et d'intoxication des rebelles, provoquera plusieurs milliers de victimes dans les rangs des maqu...

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Services secrets français - Joséphine s'en va-t-en guerre

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Le Point.fr

Publié le 23/12/2016

Au 2e Bureau ou au service de la France libre, la danseuse mène une drôle de revue pour laquelle elle recevra les honneurs militaires.

Par Bruno Fuligni

Double jeu. En 1940, pour mieux dissimuler ses activités, Joséphine Baker (à dr.), titulaire d’un brevet de pilote, rejoint les infirmières pilotes secouristes de l’air.

Qu'elle franchisse la frontière espagnole, séjourne au Portugal, parte en tournée en Amérique latine ou au Maroc, Joséphine Baker éblouit tous ceux qui l'accueillent et qu'elle honore d'un sourire étincelant. Qui prêterait attention au petit homme moustachu, binoclard, insignifiant qui porte ses bagages et lui tient lieu de secrétaire ? Diplomates et douaniers n'ont d'yeux que pour la star, qui leur soumet en même temps son passeport et celui de son factotum : les deux sont tamponnés d'un même mouvement, sans qu'on se préoccupe de ce Jacques-François Hébert dont l'état civil même semble d'u...

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Dissuasion nucléaire: le futur hôte de l’Elysée est au pied d’un mur financier

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l'Opinion

L'armée française à bout de souffle ?

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Slatefr

Antoine Hasday France Monde 21.12.2016

Des soldats français en Irak I AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Des soldats français en Irak I AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Il y a un an, François Hollande promettait solennellement de tout mettre en œuvre pour «détruire l’armée des fanatiques». A-t-il tenu son engagement ?

En septembre 2014, un an et demi après l’intervention française au Mali contre les djihadistes, le gouvernement irakien sollicite l’aide militaire de la France face aux avancées de l’EI. Le 20 septembre 2014, l’opération Chammal est lancée: l’armée française bombarde l’organisation djihadiste en Irak, aux côtés de ses alliés –notamment américains– engagés dans l’opération Inherent Resolve. Quelques jours plus tard, l’EI appelle ses sympathisants à assassiner des ressortissants français (même si certains projetaient déjà des attaques en France et l’Europe). Selon Michel Goya, ancien colonel de Marine, analyste des conflits et auteur du blog La voie de l’épée, l’opération Chammal est inefficace sous sa forme actuelle.

«L’engagement des forces aériennes françaises en Irak, c’est quatre bombes par jour, sur un territoire grand comme le Royaume-Uni. Et pendant longtemps, c’était deux bombes par jour, soit 5% des frappes totales de la coalition. On s’est aligné sur le mode opératoire des Américains, qui ont besoin du vote du Congrès pour engager des troupes au sol. Avec la force aérienne, on ne peut frapper qu’un certain type de cibles, plutôt fixes. Et pour l’ennemi, c’est plus facile de se défendre. L’opération Chammal a coûté environ un milliard d’euros, soit 0,045% du PIB. Mais ça n’a permis de neutraliser qu’un millier de combattants. Ça fait donc un million d’euros par djihadiste éliminé», explique-t-il.

Michel Goya rappelle également la terrible spécificité de cette guerre contre l’EI: 100% des pertes françaises sont des civils, tués sur le territoire national dans le cadre d’attentats terroristes. Selon l’ancien colonel, l’armée française devrait pouvoir déployer des moyens plus diversifiés, et pas seulement des bombardements aériens, pour vaincre son adversaire. C’est le mode opératoire mis en œuvre pour combattre les djihadistes au Sahel, dans le cadre des opérations Serval puis Barkhane.

«Ainsi, on peut à la fois appuyer nos alliés au plus près et agir dans la profondeur, sur des cibles plus stratégiques. En Irak, les Américains ont progressivement élargi leur mode d’action. Ils ont introduit des avions d’attaque, quelques hélicoptères, de l’artillerie... Au Sahel, l’armée française, qui est également dans une stratégie d’appui aux forces locales, a déployé des hélicoptères et des troupes au sol. Elle aurait également pu le faire en Irak, où on a récemment déployé une batterie d’artillerie. Mais on est resté dans un format a minima, alors que nous avons déclaré la guerre à l’EI et frappé les premiers. La guerre, il faut la faire sérieusement, surtout quand on s’engage devant les familles des victimes du terrorisme à ‘engager tous les moyens», analyse Michel Goya.

L’opération Sentinelle, peu efficace et problématique

Depuis plus de vingt ans, les Français se sont habitués à la présence de soldats patrouillant dans les rues. Le plan Vigipirate, mis en œuvre à partir de 1991, instaure une surveillance militaire autour des sites dits «sensibles». Au lendemain des attentats de janvier 2015, le gouvernement met en place l’opération Sentinelle, qui mobilise environ 10.000 soldats supplémentaires. Toutefois, ce déploiement pose question quant à son efficacité. Le soir du 13 novembre 2015, les militaires présents à proximité du Bataclan ne sont pas intervenus car ils n’en avaient pas reçu l’ordre. En revanche, rue de Charonne, des membres du 1er régiment de chasseurs de Verdun ont mis en place un cordon de sécurité qui a permis aux secours d’intervenir.

Pendant qu’ils patrouillent dans les rues, les militaires ne s’entraînent pas. Le temps de préparation a été considérablement réduit en 2015

«Est-ce que l’efficacité de Sentinelle est à la mesure de son coût? On a effectivement un gain de sécurité car on complique la tâche de l’adversaire. Mais si on maintient le dispositif en l’état, on prend le risque d’abîmer ou de fatiguer notre outil de défense, le seul qui puisse intervenir en dehors du territoire national. Les avantages ne sont donc pas à la hauteur des sacrifices. De plus, le niveau de violence auquel nous sommes confrontés sur le territoire national peut être traité par les forces de sécurité (police et gendarmerie), qui ont été équipées récemment de fusils d’assaut, de casques pare-balles, de boucliers... Les armées doivent rester l’ultima ratio, le dernier recours», explique le chercheur Elie Tenenbaum.

En juin 2016, il pointait les limites du dispositif dans un rapport rédigé pour l’IFRI. Les qualités spécifiques des militaires n’ont pas d’utilité dans le cadre des missions qui leurs sont confiées (principalement des patrouilles). Les militaires ne sont donc présents que pour pallier l’absence de forces de réserve dans la police et la gendarmerie. Mais surtout, cette opération limite le temps disponible pour l’entraînement des soldats et pèse sur leur moral.

«Pendant qu’ils patrouillent dans les rues, les militaires ne s’entraînent pas. Le temps de préparation a été considérablement réduit en 2015. C’est un peu mieux en 2016 mais ça reste en dessous des durées exigées par l’Otan et par notre Livre blanc [90 jours par an]. Avec l’éloignement [220 jours par an, tout compris, en 2015], les soldats passent beaucoup de temps loin de leur famille et de leur régiment, avec les mêmes restrictions qu’en opération extérieure. On prend le risque d’avoir une armée de terre mal entraînée qui, lors de la prochaine opération, n’aura plus ses bases, ses réflexes et son moral», analyse Elie Tenenbaum.

Le chercheur avance différentes propositions pour optimiser le fonctionnement du dispositif et limiter ses effets pervers. Les deux principales consistent à intégrer les militaires à la chaîne de commandement –sur le modèle de l’opération Harpie en Guyane– et à réduire considérablement le nombre de soldats dans les rues.

«Premièrement, je préconise une chaîne de commandement commune, pour que l’armée puisse contribuer à la planification. Aujourd’hui, Sentinelle fonctionne sur le mode de la réquisition par le préfet: la chaîne de commandement n’inclut pas les militaires, notamment sur le renseignement. À l’inverse de ce qui se fait par exemple en Guyane, dans le cadre de l’opération Harpie contre l’orpaillage illégal: là, les forces armées sont impliquées en amont et apportent leurs savoir-faire spécifiques sur le terrain. Deuxièmement, il faudrait réduire considérablement l’effectif. En ce moment, 7.000 soldats sont déployés et 3.000 sont en réserve. Je propose d’inverser: entre 2 et 3.000 hommes dans les rues, plus 7.000 hommes en réserve, qui continuent à s’entraîner mais sont mobilisables rapidement en cas d’attentat», explique-t-il.

Manque de matériel et problèmes de ressources humaines

Ces opérations s’inscrivent dans un contexte budgétaire difficile pour la défense française. En euros constants, le budget de la défense a diminué de 20% en 25 ans, même s’il est en hausse depuis 2015. Ces difficultés budgétaires compliquent notamment le renouvellement des équipements indispensables à son fonctionnement, comme l’explique Florent de Saint-Victor, spécialiste des questions de défense et auteur du blog Mars Attaque.

L’armée doit éviter l’éviction de ces “cadres” vers le civil. Actuellement, les militaires sont loin de leur base et de leur famille 220 jours par an en moyenne, ce qui est intenable pour leur vie personnelle

«Actuellement, les armées s’usent plus vites qu’elles ne se régénèrent. En passant le budget de la défense à 2% du PIB, on pourrait limiter cette tendance. 80 à 85% des crédits d’investissement sont immobilisés dans des programmes existants, d’où l’importance de consacrer les moyens restants aux chantiers les plus urgents. Par exemple, des moyens supplémentaires pour le programme Scorpion permettraient de renouveler le matériel roulant de l’armée de terre plus rapidement. Une autre priorité, c’est le transport tactique, principalement des avions C-130. En ce qui concerne les hélicoptères, l’armée en possède 300 mais il n’y en a qu’une centaine de disponibles. Il faudrait passer à 150 ou 180. Pour la marine, une question importante est le renouvellement des patrouilleurs. Le renseignement militaire aurait également besoin de moyens supplémentaires: drones, satellites, achat d’images satellites», détaille Florent de Saint-Victor.

Un autre défi consiste à maintenir les soldats expérimentés au sein de l’armée. Comme l’expliquait Elie Tenenbaum, le nombre de jours d’absence, où les soldats sont déployés loin de leur base et de leur famille, n’a cessé de s’accroître durant les dernières années, notamment à cause de l’opération Sentinelle. Les dysfonctionnements du logiciel LOUVOIS, qui gère leurs paies, sont également source de frustration. Or, la majorité des militaires sont recrutés à travers des contrats à durée déterminée. Lorsque ceux-ci arrivent à échéance, les soldats peuvent être tentés de partir face à ces difficultés.

«Il faut parvenir à conserver au sein des forces armées des hommes expérimentés, qui ont déjà participé à plusieurs opérations. Ce sont eux qui ont les compétences adaptées, le bon comportement sur le terrain et qui sont capables d’encadrer les soldats plus jeunes. L’armée doit éviter l’éviction de ces “cadres” vers le civil. Actuellement, les militaires sont loin de leur base et de leur famille 220 jours par an en moyenne, ce qui est intenable pour leur vie personnelle. Il est donc important de réduire ce nombre de journées d’absence», rappelle Florent de Saint-Victor.

Un manque de vision

Enfin, la multiplication des opérations simultanées complique la tâche de l’armée française. Certaines capacités de commandement, de communications, de santé ou de renseignement sont menacées de surchauffe. Selon Michel Goya, cet empilement d’opérations traduit aussi un manque de vision stratégique de la France, qui limite la capacité des forces armées à agir efficacement.

«L’ensemble des trois opérations [Barkhane, Chammal, Sentinelle] correspond à l’engagement majeur prévu par le Livre blanc de la défense. Mais notre action est davantage guidée par un empilement de réactions que par une véritable stratégie. Quand les djihadistes progressent au Mali, on s’engage au Mali. Quand ils progressent en Irak, on s’engage en Irak... Par conséquent, on est faible partout.»

Hollande: budget militaire suffisant aujourd'hui, à augmenter dans les années qui viennent

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21 décembre 2016

François Hollande a souligné mercredi que le budget de la Défense avait été augmenté durant son quinquennat, estimant qu'il était actuellement suffisant même s'il faudrait des "efforts supplémentaires" dans les prochaines années.
Interrogé par des journalistes sur une demande exprimée par le chef d'état-major des armées, Pierre de Villiers, d'"une hausse progressive du budget de la défense" pour atteindre les 2% du PIB, contre 1,77% actuellement, le président de la République a souligné que "le budget de la défense a déjà été augmenté (...), tout au long du quinquennat".

"La loi de programmation militaire a été révisée à la hausse, aucune loi de programmation militaire sous la Ve République n'avait été révisée à la hausse", a ajouté M. Hollande dans la cour de l'Elysée à la suite du Conseil des ministres.

"C'est une responsabilité que j'ai prise avec les Premiers ministres successifs, de faire que nos armées puissent être dotées des moyens indispensables pour assurer nos missions à l'extérieur, celles que j'ai moi même décidées pour assurer la protection des Français à l'intérieur, dans l'opération Sentinelle, et faire en sorte que nous puissions avoir une force de dissuasion qui soit crédible", a précisé M. Hollande.

"Nous avons aujourd'hui les ressources nécessaires par rapport à nos objectifs, mais il y aura encore dans les prochaines années à faire des efforts supplémentaires", a-t-il conclu; il s'est ensuite rendu à la résidence de l'ambassadeur d'Allemagne pour signer un registre de condoléances après l'attentat de Berlin, accompagné du Premier ministre Bernard Cazeneuve, du ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et du secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Harlem Désir.

Le chef d'état-major des armées (CEMA), le général Pierre de Villiers, plaide mercredi dans Les Echos pour un effort budgétaire accru en matière de défense, soulignant qu'"on ne gagne pas une guerre sans effort de guerre".

Au surlendemain de l'attentat au camion-bélier qui a fait 12 morts lundi soir à Berlin, le CEMA signe une tribune dans le quotidien économique où il demande "une hausse progressive du budget de la défense" pour atteindre les 2% du PIB, contre 1,77% actuellement.

Il s'agit de "rester capable d'assurer, dans la durée, la protection de la France et des Français face au spectre complet des menaces", écrit-il.

AFP

Défense : le chef des armées réclame un effort budgétaire

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21 décembre 2016

Le chef d'état major des armées monte en première ligne pour demander un effort budgétaire supplémentaire afin de faire face aux menaces alors que l'outil militaire atteint ses limites

Alors que 20 000 soldats sont déployés 24 heures sur 24 dans des opérations extérieures et en France pour combattre le terrorisme, le général Pierre de Villiers, chef d'état- major de l'armée française, plaide pour un effort budgétaire en matière de défense en soulignant qu' «on ne gagne pas une guerre sans effort de guerre». 

Le projet de budget de la Défense pour 2017 s'élève à 32,7 milliards d'euros, soit 1,77% du produit intérieur brut (PIB), ce qui marque une stabilité par rapport à 2016. Si la France s'est engagée à le porter à 2% du PIB d'ici 2025 dans le cadre de l'Otan, le patron des armées demande, dans un entretien au quotidien Les Echos, d'accélérer le mouvement. Il s'agit, selon lui, de «rester capable d'assurer, dans la durée, la protection de la France et des Français face au spectre complet des menaces.»
 
Même s'il souligne la «fin de la tendance baissière des trente-cinq dernières années» en rendant hommage au «volontarisme» de Jean-Yves le Drian, le général estime que, «désormais, pour les armées, cet effort doit se traduire par une hausse progressive du budget de la défense pour rejoindre la cible de 2% du PIB, avant la fin du prochain quinquennat.» Le général Pierre de Villiers voudrait atteindre un budget de 41 milliards en 2020. 

Pour 2017, Jean-Yves Le Drian a déjà obtenu une rallonge de 600 millions, mais il faudra trouver encore 2,2 milliards supplémentaires en 2018 et 2019. La décision de François Hollande après les attentats du 13 novembre, avec le maintien de 10 000 postes maintenus et redéployés d'ici à 2019, a pour effet d'entraîner un surcroît de dépenses estimé à 1,2 milliard pour les salaires et à 800 millions pour l'équipement des soldats et les munitions.

Dans cet environnement, le général Pierre de Villiers rend hommage aux militaires. «Nos trois armées n'ont jamais cessé d'être aptes à intervenir dans chacun des cinq milieux que sont la terre, la mer, l'air, le cyber et l'espace. Elles n'ont déserté aucun des champs d'affrontement tout en s'adaptant, en temps réel, au nouveau continuum entre défense extérieure et sécurité intérieure. Elles ont toujours assumé la totalité de leurs responsabilités internationales. Cette réalité atteste de la pertinence de notre modèle complet d'armée, tel qu'il a été pensé. Le modèle est bon ; mais il fut taillé au plus juste», souligne-t-il dans les Echos. 

Un matériel à renouveler 

Cette demande d'un renfort budgétaire doit, selon le chef des armées, servir à poursuivre trois objectifs: «Il faut pouvoir récupérer des capacités auxquelles il avait fallu renoncer temporairement, pour des raisons budgétaires, à un moment où le contexte sécuritaire était différent. Demain, si rien n'est fait, ces impasses affecteront sérieusement la conduite des opérations. C'est le cas, par exemple, des patrouilleurs hauturiers nécessaires à la surveillance des côtes ; c'est, également, le cas des avions ravitailleurs et des avions de transport qui permettent d'agir dans la profondeur ; il en va de même pour les véhicules blindés qui connaissent un vieillissement accéléré. Ce ne sont là que des exemples parmi d'autres.»

En outre, le général demande «d'aligner les contrats opérationnels sur la réalité des capacités que nous engageons en opération : hommes, équipements, logistique, munitions... Ces contrats sont, désormais, très en deçà de l'engagement réel et actuel de nos forces. Cette situation de distorsion est commune à nos trois armées. Elle n'est pas tenable dans un contexte de dégradation durable de la sécurité et ne pourra être résolue par une réponse exclusivement fondée sur le « tout-technologique ».  

Enfin, le troisième objectif est d'assurer «l'indispensable crédibilité de la dissuasion nucléaire par le renouvellement de ses deux composantes, océanique et aérienne. Pour être soutenable, l'effort doit être lissé sur les quinze prochaines années ; il en va de la cohérence de notre défense au moment du retour des Etats puissances. Différer cette décision acterait, en réalité, un véritable renoncement.»

Pour le général de Villiers, cet effort n'est pas à fond perdu. «Il faut le rappeler, avec la logique économique : 1 euro investi dans la défense représente deux euros de retombées pour l'économie nationale avec des effets de levier extrêmement puissants en matière de recherche et de développement, d'aménagement du territoire, d'emploi, d'exportations et, in fine, de compétitivité.»

Projet de loi de finance 2017. Les gagnants et les perdants du nouveau budget


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