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Pourquoi la Légion étrangère est plus populaire que jamais en ces temps de peur

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Posté le mercredi 11 novembre 2020
 

Marraine* du 4e régiment étranger (4e  RE), l’ancienne avocate** explique les valeurs de la Légion ainsi que leur prix pour la France d’aujourd’hui.

En ce jour de commémoration de l’armistice, nos compatriotes savent-ils que la Légion étrangère qui s’est illustrée pendant la Grande Guerre, célèbre aussi, ou va célébrer, le centenaire de deux de ses plus beaux fleurons, le 4e  régiment étranger, et le 1er régiment étranger de cavalerie ? Ces deux anniversaires sont l’occasion de saluer le geste héroïque de dizaines de milliers d’étrangers venus se battre pour la France depuis 1831, date à laquelle Louis-Philippe créa ce corps d’exception.

Au regard d’une actualité bouleversante, examinons le miracle qu’est ce corps d’élite, composé de 9 000 volontaires de 150 nationalités différentes, placé sous les ordres de 450 officiers français. Ces étrangers sont venus servir la France au point d’accepter de lui donner leur vie, comme encore récemment sur des théâtres d’opérations extérieures, au Levant ou dans le désert de la bande sahélo-saharienne. Mais c’est aussi sur le territoire national que les légionnaires nous protègent du terrorisme, et nombreux sont nos compatriotes qui ont pu croiser les bérets verts dans nos rues, devant nos écoles, près de nos enfants.

Mille cinq cents légionnaires sont formés chaque année au sein du 4e régiment étranger, avec les valeurs que cette institution unique au monde a su mettre en pratique, et codifier dans un serment émouvant, récité dans les accents du monde entier à chaque réception de képi blanc, sur les places d’armes de ses régiments.

Car c’est bien un chapelet de valeurs que ces étrangers viennent chercher en franchissant la porte d’un régiment, dans ce corps que le légionnaire Flutsch qualifiait de « monastère des incroyants » : la première d’entre elles est la camaraderie, dont chaque légionnaire doit faire preuve envers son frère d’arme, quelle que soit sa nationalité, son origine ethnique ou sa religion, permettant à chaque jeune ou ancien légionnaire de se reconnaître dans le monde entier, de se retrouver, de s’entraider, puisque tous font partie d’une même famille, celle qui n’abandonne « ni ses morts, ni ses blessés, ni ses armes ».

Il y a aussi le caractère sacré de la mission que ces hommes exécutent jusqu’au bout et parfois jusqu’au sacrifice suprême : ce sont plus de 40 000 soldats qui ont donné leur vie à la France depuis la création de la Légion, et l’histoire de notre pays n’aurait pas été la même sans ces volontaires héroïques. Il y a ensuite le respect des chefs, de la discipline et des traditions immémoriales, colonne vertébrale de ces hommes, venus chercher l’anonymat d’un asile, une deuxième chance, à condition qu’en retour, ils donnent tout à la France.

Car à notre époque où l’on se plaît à déconstruire le récit d’un passé glorieux, les valeurs de la Légion sont précisément ce qui séduit ces soldats, et les pousse à s’engager. Et elles nous sont plus que jamais indispensables car elles vont à rebours de la culture victimaire de l’excuse, de la complainte et de la réclamation permanente de « droits particuliers », qui font tant de mal à notre pays ; cette acceptation sans condition de la règle et l’affirmation de la culture française sont bien l’ADN de la Légion, traduit dans cet engagement librement consenti.

Mais c’est également la manière de diffuser ces valeurs qui est spécifique à ce corps d’élite, puisque à l’heure de l’anglicisme à tous crins, c’est en français que tout commandement militaire se fait et c’est donc aussi en français, enseigné dès les premiers jours, que ces hommes hier si différents, communient dans une même amitié, à travers une même langue qui soude leur destin commun et forge des amitiés indestructibles. Ici, nul particularisme national, ethnique ou religieux n’est toléré, garantissant ainsi un esprit de corps puissant.

C’est le génie de la France d’avoir su incarner autant de principes vertueux dans cette institution d’excellence que le monde entier nous envie. Les Français ne s‘y trompent pas, eux qui chaque année, applaudissent à tout rompre ces légionnaires au pas lent, chantant « le boudin  » sur les Champs-Élysées, et qui ne se séparent jamais, pas même devant la tribune présidentielle.

C’est à chaque famille s’installant sur le sol français que l’histoire et les valeurs de la Légion étrangère devraient être inculquées, afin que l’esprit de ces nouveaux arrivants soit imprégné de l’exemple de ces héros anonymes, combattants devenus français, non par le sang reçu, mais par le sang versé. Notre pays attaqué et enfoncé sur le flanc de son identité et de ses valeurs a un atout majeur : il serait grand temps qu’il se décide à retisser son drapeau républicain, et la Légion offre un formidable exemple de cellule-souche pour remettre l’ouvrage sur le métier.

Face à une France qui laisse décapiter sa civilisation et son autorité à la sortie des écoles, il est réconfortant de savoir que notre pays pourra toujours compter sur ses képis blancs.

 
Marie-Laure BUISSON
Le Figaro 



* Cette distinction est décernée à titre exceptionnel par la Légion pour honorer une personnalité civile fortement engagée à ses côtés. Elle a été remise à l’impétrante devant les légionnaires du 4e régiment étranger, le 30 avril 2019, lors de la Fête de la Légion qui commémore Camerone.

** Après avoir été auditrice à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), Marie-Laure Buisson a créé une fondation qui œuvre en faveur des militaires et de leurs familles, notamment les blessés au combat et les familles de soldats morts pour la France. 
Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

LIBRE OPINION de Jean-Jacques NOIROT : Peuple

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Posté le mardi 20 octobre 2020

 
La décapitation de cet enseignant par un fou islamiste tchétchène importé en France par le laxisme ambiant est une indicible horreur. L’arrivée de sa famille dans les fourgons de notre justice, coupable jamais jugée et jamais punie, vient ajouter l’ineptie à cet acte barbare.

 
« Ils s’en sont allés moissonner la haine aux champs douloureux où fauchait la mort »

 
Devant le monument aux morts du petit village de montagne où nous habitions en cette fin des années 40, les enfants des écoles, sagement alignés, chantaient ce couplet chaque 11 novembre. Nos maîtres nous l’avaient enseigné dès la sortie de la maternelle. Devant nous, le visage grave, figés dans une attitude respectueuse et digne, tous les habitants du village se recueillaient. Énumération des « Morts pour la France ». Gerbe. Silence. C’était fini. Nous venions, par ce chant, d’honorer la mémoire de ceux qui étaient partis pour ne plus revenir. 

Il nous faut revenir au temps de la patrie renaissante. Nous sommes celle de Bayard « Sans peur et sans reproche », de Turenne « Tu trembles, carcasse », du chevalier de Boüyas « Bois ton sang Beaumanoir », de Louis de Lasalle « Un hussard de trente ans est un jean-foutre », de de Lattre « Ne pas subir », de Bigeard « Être et durer » et de combien d’autres, qui ont gravi sans faillir le chemin de l’honneur, et se sont battus pour les causes justes qu’ils avaient fait leurs.

La décapitation de cet enseignant par un fou islamiste tchétchène importé en France par le laxisme ambiant est une indicible horreur. L’arrivée de sa famille dans les fourgons de notre justice, coupable jamais jugée et jamais punie, vient ajouter l’ineptie à cet acte barbare. Le défi qui se présente à la Nation est une cause juste. Soit nous sommes dignes des hautes figures légendaires de notre Histoire, et, tous ensemble, nous devons, à notre tour, car l’heure a sonné, « moissonner la haine », soit nous devons nous taire, et disparaître dans le silence des peuples asservis.

Notre président de la République, converti de fraîche date à la lutte contre l’islamisme, a fait, sur les lieux de ce drame innommable, des déclarations martiales. Le Premier ministre en a rajouté, les femmes et les hommes politiques de tout bord ont embrayé à leur tour sur l’air de l’odieux, de l’intolérable et de la République en danger. « Ils ne passeront pas ! » s’est exclamé un président ne sachant plus trop quoi dire pour ne pas heurter les oreilles délicates. Nous voilà à Verdun. Et les moyens évoqués pour ressusciter la « Voie sacrée » afin « qu’ils ne passent pas », énumérés à loisir par tout ce qui respire dans l’arène politicienne, sont restés conventionnels, enkystés dans le domaine du régalien, c’est-à-dire essentiellement l’État de droit, la Police, la Gendarmerie, le déversement de subventions à fonds perdus, avec dans le lointain les armées à bout de force. Discours creux qui ne trompe personne, aveu d’impuissance publique et d’imagination tarie, expression tremblotante d’une frayeur institutionnelle face à plus redoutable que soi. Si nous en restons là, c’est perdu d’avance.

Car depuis des années, ce dispositif a montré ses limites ! La preuve en est donnée par la suite quasi ininterrompue d’attentats islamiques depuis que l’Occident - et en particulier la France -a jeté dans les abîmes insondables de l’indifférence et de la vénalité les valeurs qui le tenaient debout et les croyances qui irriguaient son âme. On pourra continuer à jeter l’anathème sur les assassins ivres de haine, tuant au nom d’un dieu, d’un prophète et de son livre ceux qui refusent de vivre sous les lois de l’islam. On pourra lever d’innombrables foules pour défiler en silence, toutes larmes dehors, déposer gerbes de fleurs, bougies et peluches sur les lieux de ces crimes, honorer les victimes, donner leurs noms à des places, des rues ou des édifices publics, cela ne changera rien. Ceux qui veulent nous dominer s’en moquent. Ils n’attendent que cela, parce que cette émotion collective  est la résultante de leur réussite. Sur l’immense terreau des banlieues en déshérence, ils continueront à faire fructifier leur idéologie funeste en soudoyant les élus, noyautant les associations, recrutant des hommes de main et des coupe-jarrets dans les quartiers livrés aux bandes et aux trafics. Le regard bienveillant jeté par les médias sur la misère des rues, les propos surréalistes tenus par des magistrats vantant fielleusement la résilience des Français et l’appui de politiciens inutiles et idiots suffit à favoriser l’imprégnation des esprits et faire avancer à grands pas leurs conquêtes territoriales où ils règnent par l’intolérance et l’oppression.

Le courage et l’engagement sans faille des acteurs concernés jusqu’ici par la lutte contre l’islamisme ne suffisent plus. À défaut de pouvoir révoquer sur l’heure les politiciens sans aveu qui nous gouvernent, ne faudrait-il pas changer de stratégie ?

Pour juguler les méfaits dévastateurs du virus qui nous a plongés dans une crise sanitaire profonde dont personne ne connaît l’issue, le président de la République a fait appel au bon sens et à l’esprit de solidarité des Français : « Il faut faire nation ! » Qu’attend-il, après l’horreur de ce vendredi, pour dire solennellement au peuple français tout entier, imitant le général de Gaulle concluant une de ses pathétiques adresses à la Nation en 1961 : « Françaises, Français, aidez-moi ! » Voilà qui est exemplaire et fut grand ! Le salut viendra du peuple. C’est à lui, force tranquille, incarnation de la patrie, d’imposer à tous, et pour commencer à tous les élus à tous les niveaux, sa volonté d’en finir avec les êtres immondes qui l’agressent et parfois le terrorisent.

Il faut donner au peuple de France, par toutes voies pouvant y concourir, les moyens de reprendre en main son destin. Depuis le 15 octobre, il est prêt à « moissonner la haine là où fauche la mort ».
Jean-Jacques NOIROT
Colonel (er)
Membre de l’ASAF

 Diffusé sur le site de l'ASAF :www.asafrance.fr

«Le rôle de l’armée n’est pas d’éduquer les jeunes délinquants»

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Éric Dupond-Moretti a évoqué l’idée de mettre en place un service citoyen de six à douze mois, encadré militairement, qui s’ouvrirait aux mineurs délinquants, ayant commis des faits de faible gravité. Michel Goya craint que ce type de mesure fasse de l’armée un palliatif à l’éducation ou à la prison.


FIGAROVOX. - En 2011, Éric Ciotti avait déposé une loi, adoptée, mais jamais mise en œuvre, prévoyant que l’Établissement public d’insertion de la défense (Epide), qui accueille depuis 2005 dans ses centres de jeunes majeurs en difficulté, s’ouvre aux mineurs de 16-18 ans ayant commis des faits de faible gravité, pour un service citoyen de six à douze mois. Le garde des Sceaux a évoqué l’idée de le mettre en place. Que vous inspire cette mesure?

Michel GOYA. - Le code de la défense regroupe les textes relatifs à l’organisation générale, aux missions, au personnel militaire et au fonctionnement de la défense. Dans la rubrique «Mission des armées» il est écrit: «préparer et d’assurer par la force des armes la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation».
Il n’est écrit nulle part que les armées aient à servir de maison de correction, de centre de formation professionnelle, de palliatif à des peines de prison, d’anxiolytique pour la population, de fournisseurs de photos pour les articles sur le terrorisme, d’antigang à Marseille ou ailleurs, de supplétif à la police nationale, de régulateur du nombre de sangliers, de société de ramassage des poubelles ou de nettoyage des plages, d’éducateurs pour adolescents en internat-découverte. La liste n’est pas exhaustive, pour en trouver une nouvelle il suffit de concilier lacune dans un champ de l’action publique et désir de montrer que l’on veut faire quelque chose.
Le problème est qu’on ne soigne pas les maladies en fonction des remèdes les plus efficaces, peut-être parce qu’on ne les a plus, mais des potions disponibles et visibles sur l’étagère. Or, l’armée est une potion toujours disponible et qui, c’est vrai, peut soigner beaucoup de choses, même si c’est sans doute parfois de manière placebo.

Les unités militaires sont réactives, disciplinées et dotées par nécessité d’une forte cohésion. Les soldats français sont, il faut le rappeler, volontaires à faire des choses pas naturelles pour la Patrie : tuer et être tué. Les unités militaires sont réactives, disciplinées et dotées par nécessité d’une forte cohésion. Les soldats français sont, il faut le rappeler, volontaires à faire des choses pas naturelles pour la Patrie, tuer et être tué. Pour cela on crée autour d’eux des obligations à faire honneur à l’uniforme, au drapeau, et à ne pas faire honte à des camarades dont on a forgé l’amitié dans de durs entraînements et des opérations.

On ne peut séparer l’action qui peut être un sacrifice et sa préparation. On ne transpire pas dans les entraînements pour le plaisir d’apprendre l’effort, mais pour être prêt au combat. Sinon, on fait du sport. Même les bataillons d’infanterie légère d’Afrique, les «Bat’ d’Af» qui n’incorporaient que des recrues à casier judiciaire jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie, étaient engagés au combat, où ils n’ont d’ailleurs jamais beaucoup brillé. Va-t-on engager ces mineurs dans des combats? Non évidemment et heureusement! Dans ce cas, les engager dans un processus de formation d’un soldat, en se disant qu’au moins cela en fera quelqu’un de bien, n’a pas de sens. Cela risque d’affaiblir notre institution.



 «Je souhaite évidemment qu’il y ait le moins d’incarcération possible de mineurs chaque fois que c’est possible, ça va de soi», a déclaré Éric Dupond-Moretti en juillet dernier, plaidant de manière générale pour une diminution de la détention provisoire. Craignez-vous que l’armée devienne un palliatif à la prison?

Mais quel est le rapport entre la prison et l’armée? Être dans l’armée, c’est une sanction? Il est toujours singulier de voir des gens trouver soudainement de grandes vertus éducatives ou rééducatives à une institution qu’ils ont préféré éviter lorsque cela leur était possible au temps du service national obligatoire pour les hommes et volontaire pour les femmes. L’éducation à la dure, c’est pour les autres, les gueux, voire les canailles. Cela fera du bien un tour à l’armée! Oui, mais voilà ce n’est pas le rôle de l’armée, et moins que jamais.

Éric Dupond-Moretti, qui a des mots très gentils pour l’institution militaire, mais dont on cherche vainement la trace du service militaire, pourrait mobiliser ses propres services après tout. Quitte à trouver un palliatif à la prison pourquoi ne pas organiser quelque chose à l’intérieur du ministère de la Justice? Il n’y a pas de modèle à admirer au ministère de la Justice? Pourquoi pas dans l’administration pénitentiaire par exemple?


Pensez-vous que sa mise en place pourra se faire sans difficultés?

Bien sûr qu’il y aurait des difficultés. Il faut quand même rappeler que l’expérience a été tentée de 1984 à 2004. Cela s’appelait les «Jeunes en équipe de travail» (JET) et cela consistait à organiser des «stages de rupture» de quatre mois à l’intention des jeunes délinquants, détenus majeurs de moins de trente ans ou mineurs à partir de 16 ans. Ces stages, proposés aux jeunes par le juge d’application des peines, devaient les préparer à leur réinsertion sociale et professionnelle. Les JET étaient gérés par une association et les armées ainsi que la gendarmerie fournissaient l’encadrement, les infrastructures et l’équipement. Deux ans après leurs stages, plus de 60 % des mineurs qui s’étaient portés volontaires chez les JET étaient retombés dans la délinquance. Au total, sur vingt ans, 5 800 jeunes délinquants sont passés par JET. Le bilan est très mitigé. Deux ans après leurs stages, plus de 60 % des mineurs qui s’étaient portés volontaires étaient retombés dans la délinquance. Le résultat était un peu meilleur pour les adultes, même si 20 % se trouvaient à nouveau incarcérés. Alors que l’on réduisait considérablement le budget de fonctionnement des armées, celles-ci n’ont plus souhaité assurer cette mission arguant en fait du faible «rendement» de ce stage et de l’impossibilité désormais de le soutenir.

L’implication dans la formation professionnelle par le biais des Epide et du Service militaire volontaire, ou du Service militaire adapté dans la France d’outre-mer, donne en revanche de bons résultats, mais il ne s’agit pas de réinsérer des délinquants après un stage court, mais de venir en aide à des jeunes en difficulté, volontaires et sélectionnés, par une longue formation. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Cela fonctionne, même si encore une fois c’est un détournement de mission.


Prônez-vous le rétablissement du service militaire à l’ensemble des jeunes?

Pourquoi pas si on répond correctement à la question: pour quoi faire? Rappelons que le principe du service militaire, puis «national», n’était pas de rendre service aux jeunes qui y était soumis, par les soi-disant bienfaits éducatifs ou le vivre ensemble, mais de rendre service à la nation, parfois en donnant sa vie. Si l’idée est effectivement de rendre service à la nation, alors oui cela peut se concevoir. Un service militaire n’a de sens que si on engage éventuellement les recrues au combat. Si ce n’est pas le cas, on est alors dans un grand projet éducatif, et s’il concerne des mineurs, comme le projet de Service national universel (SNU) c’est la mission de l’Éducation nationale.
On peut imaginer que le service national apporte un renfort de 800 000 jeunes utile à des services publics souvent en grande difficulté. Le service national peut être un vrai projet ambitieux et un vrai projet de société, mais en réalité, il n’y a sans doute que deux voies cohérentes. La première est le retour à une forme de service national élargi à l’ensemble du service public. Cela suppose de surmonter la réticence juridique de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui considère cela comme du travail forcé et bien sûr de traquer et donc sanctionner les inévitables resquilleurs, condition sine qua non de la justice de ce service. L’effort est considérable, mais on peut imaginer qu’un renfort de 800 000 jeunes peut être utile à des services publics souvent en grande difficulté. La seconde consiste à s’appuyer sur l’existant des services volontaires.

Rappelons que le projet insensé de SNU prévoit de dépenser 1,5 milliard d’euros par an pour fondamentalement organiser deux semaines de stage découverte à tous les jeunes d’une classe d’âge et ce chiffre ne comprend pas les dépenses d’infrastructure sans doute nécessaires. Ce chiffre représente le quadruple de celui du Service civique et ses stages rémunérés de 6 à 12 mois, ou dix fois celui des 30 000 contrats de la réserve opérationnelle n° 1 des armées, mais on pourrait aussi évoquer les sapeurs-pompiers volontaires ou les réservistes du ministère de l’Intérieur.

Hors de ces deux options, me semble-t-il, on sera dans de la «fantaisie militaire», pour reprendre le titre d’un album d’Alain Bashung, de la part de gens qui n’ont jamais voulu porter l’uniforme.

 
Propos de Michel GOYA
recueillis par Aziliz Le CORRE
Figarovox



Michel Goya est colonel (ER) des troupes de Marine, docteur en histoire et ancien titulaire de la chaire d’histoire militaire à l’École de guerre.
Il a récemment publié : Les vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre (Tallandier, 2018)

 
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CULTURE : Les nouveaux justiciers de l'Histoire de France

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Posté le lundi 17 août 2020
 
Depuis une quinzaine d’années, la repentance semble être un des moyens d’action des autorités politiques pour faciliter leur dialogue avec les anciennes colonies françaises. Le lieutenant-colonel Michel Klen dénonce cette déconstruction de l’Histoire de France en montrant pourquoi trois de ses grands hommes n’ont aucunement à figurer ainsi sur le banc des accusés.

L'Histoire a besoin de héros, donc de repères. Or le climat culturel de la France est aujourd'hui pollué par des groupuscules de révisionnistes qui réclament que les statues de certains de nos grands hommes soient déboulonnées et que des rues ou des lycées portant leur nom soient débaptisés. Au banc des accusés, il y a notamment Colbert, Faidherbe, et surtout Napoléon. Les motifs de cette épuration se réfèrent essentiellement à l'esclavagisme et au colonialisme. Ces nouveaux juges auto-proclamés veulent même diminuer (voire supprimer) dans les programmes scolaires la part de l'étude consacrée aux  célébrités qui ont fait la renommée de notre pays, transformant ainsi l'Histoire de France en un cours de morale !

 

Colbert, l'un des plus grands ministres de la France

Dans la Marine nationale, six navires de guerre ont porté le nom du ministre de Louis XIV (le dernier, le croiseur Colbert, a été opérationnel de 1956 à 1991). Cet hommage est encore visible dans les nombreux établissements scolaires qui ont adopté le nom de l'éminence grise du Roi-Soleil dans une multitude de villes françaises (il existe des lycées Colbert à Paris, Lyon, Marseille, Lorient, Rouen, Tourcoing, Reims, …). Or ces actes de reconnaissance sont actuellement condamnés par des associations et des collectifs. Pour ces protestataires galvanisés par la fièvre de la repentance, le crime de l'ancien contrôleur général des finances est d'avoir jeté les fondements du « Code noir » en 1685, donc d'avoir légalisé l'esclavage. Ce jugement précipité doit être cependant nuancé car il est émis avec des mentalités contemporaines qui ne tiennent aucun compte du contexte de l'époque. Cette ordonnance juridique a été établie au contraire pour faire cesser les mauvais traitements infligés aux esclaves et  encourager leurs maîtres à les instruire, leur permettre de se marier, les faire baptiser  et avoir une sépulture catholique. En cas de non respect de cette législation, les esclaves avaient alors la possibilité de se plaindre auprès des juges locaux.

Paradoxalement, le « Code noir » représenta donc un progrès qui adoucissait une pratique, certes inhumaine, mais malheureusement courante à l'époque. C'est pourquoi beaucoup d'historiens, plus lucides, préfèrent gommer l'image de bourreau que veulent imputer à Colbert certains contempteurs et mettre en avant le bilan positif de cette personnalité essentielle de la culture française qui a accompli des grandes réalisations dont la plupart sont restées scellées dans le marbre de la postérité. Parmi celles-ci, il y a les fondations : Académie des inscriptions et belles lettres (1663), Académie de peinture, sculpture et architecture que Colbert plaça au Louvre en 1664, Académie d'architecture et musique (1672), Académie de France à Rome (villa Médicis, 1666), Observatoire de Paris (1667), etc. Colbert fit aussi rédiger le Code Louis (1667) sur la justice et la procédure civile (qui servira de modèle au Code Napoléon), le Code des eaux et forêts (1669) et le Code de la Marine (1668) qui inspirera l'Amirauté anglaise. Mais surtout, ce grand serviteur de l’État permit à la France de devenir le pays le plus puissant d'Europe en la dotant d'une marine de guerre moderne et en développant le commerce, l'agriculture et les premières industries avec les manufactures royales des Gobelins, de Saint-Gobain et de Beauvais. Plutôt que de fustiger l'un des plus grands ministres de la France, apprenons à nos enfants à mieux fouiller les réalités de l'Histoire.

 

Faidherbe et le mythe sénégalais

Autre accusé : le général Faidherbe qui possède à son nom une rue, un pont, un lycée et une statue à Lille (sa ville natale) et une autre statue à Saint-Louis du Sénégal. Son crime : un comportement de conquérant colonial ! Les diatribes les plus virulentes sont exprimées par le collectif lillois « Faidherbe doit tomber. » Là aussi, le raisonnement est simpliste. Gouverneur du Sénégal de 1854 à 1865, Faidherbe a accompli une œuvre importante dans cette ancienne colonie française. Pour beaucoup de Sénégalais cet officier général est perçu à la fois comme un grand bâtisseur qui a permis la construction d'infrastructures dans cette partie de l'Afrique occidentale et un libérateur des populations locales face aux exactions des Maures en provenance de la Mauritanie voisine. Ses réalisations sont significatives : aménagements d'urbanisme à Saint-Louis (égouts, assainissement des berges, éclairage public, construction d'une bibliothèque, d'écoles laïques, d'un musée et d'un hospice), édification du port de Dakar et d'une voie ferrée reliant la capitale de l'AOF à Saint-Louis, instauration d'une organisation administrative dans le territoire, création de tribunaux indigènes (tout en respectant le droit coutumier), mise en place d'un plan de lutte contre l'épidémie de fièvre jaune en 1858 qui décima les populations de Gorée et Saint-Louis (avec le concours actif des médecins de la marine française), …

Mais dans l'imaginaire collectif des militaires, la création de Faidherbe la plus emblématique reste celle du corps mythique des tirailleurs sénégalais en 1857. À l'origine, cette unité fut constituée pour faire face aux besoins de maintien de l'ordre dans les colonies. Elle était composée de soldats provenant  des colonies africaines. Le premier régiment fut créé au Sénégal (d'où le nom de tirailleurs sénégalais). Pendant un siècle, ces combattants africains sont restés fidèles à la France qu'ils ont servie avec bravoure dans les principaux conflits : Première Guerre mondiale (reprise du fort de Douaumont en 1916), Deuxième Guerre mondiale (prise de l'île d'Elbe en juin 1942 et de Toulon après le débarquement de Provence le 15 août 1944), guerres d'Indochine puis d'Algérie. Le général Mangin qui a commandé un régiment de tirailleurs sénégalais lorsqu'il était colonel leur a d'ailleurs rendu un hommage vibrant dans un ouvrage qui fit sensation en 1910 : Force noire.

 

Plaidoyer pour l'Empereur

Depuis quelques années, l'empereur des Français fait l'objet d'une campagne acerbe de dénigrement. Cette séquence insidieuse a notamment revêtu un aspect peu glorieux en décembre 2005 lorsque des groupes de pression ont poussé les autorités à ne pas célébrer le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz. Une véritable insulte pour les officiers saint-cyriens ! Raison invoquée : Napoléon aurait commis un crime contre l'humanité en rétablissant l'esclavage en 1802. Cette décision est certes une faute, mais elle ne procède pas du tout d'un jugement raciste. Elle est la résultante d'une vision économique forgée sous la contrainte, d'une part du puissant lobby colonial des armateurs nantais et bordelais, d'autre part de l'entourage de son épouse Joséphine (issue d'une famille martiniquaise). Cette initiative avait pour objectif principal de relancer les ports français et de gagner la guerre commerciale, quitte à employer les mêmes méthodes que les concurrents américains, anglais et espagnols. D'ailleurs, l'Empereur reviendra sur cette loi controversée pendant les Cent-Jours en interdisant la « traite des Noirs » par décret du 29 mars 1815. Par cet acte historique, mais oublié par ses détracteurs, Napoléon a ainsi posé les fondements de l'abolition de l'esclavage qui sera officiellement établie  par le décret du 27 avril 1848 préparé par Victor Schoelcher.

Le souvenir de l'Empereur avait déjà été sali dans les années qui ont suivi sa disparition. À la Chambre des pairs, Victor Hugo avait alors apporté une réponse cinglante aux critiques : « Par quels crimes ce Napoléon avait pu mériter d'être ainsi frappé à jamais dans toute sa race ? Messieurs, ces crimes les voici : c'est la religion relevée ; c'est le code civil rédigé ; c'est la France augmentée de ses frontières naturelles ; c'est Marengo, Iéna, Wagram, Austerlitz ; c'est la plus magnifique dot de puissance et de gloire qu'un grand homme  ait jamais apportée à une grande nation. » Cette citation pertinente, prononcée le 14 juin 1847, pourrait encore servir d'argument dans le procès inique qui est intenté actuellement à l'un des Français les plus illustres.

L’œuvre de Napoléon est en effet immense. Il y a d'abord (et surtout) le Code civil (promulgué en mars 1804) qui a bâti le socle juridique et social, non seulement de la France moderne, mais aussi de certains États européens. Ce vaste recueil de dispositions législatives a survécu à l'usure du temps. Près de la moitié des articles subsistent encore plus de  deux siècles après leur élaboration :  1 120 au début des années 2 000 sur les 2 281 d'origine ! Ce Code Napoléon a servi de modèle à de nombreux textes de droit civil dans le monde. D'autres institutions ont survécu à leur créateur: Conseil d’État et Sénat (fondés en 1799), Banque de France (1800), École militaire de Saint-Cyr, chambres de commerce et ordre de la Légion d'honneur (1802), Cours d'appel et Cour de cassation (1804), Conseils des prud'hommes (1806), Cour des comptes (1807), Code pénal (1810), bataillon (qui s'agrandira ensuite en une brigade) des sapeurs pompiers de Paris, statut de la Comédie-Française (1812, toujours en vigueur)... Dans le domaine religieux, l'entreprise marquante de Napoléon reste la création du Consistoire israélite (1808) qui traduit la reconnaissance du judaïsme par l’État français, favorisant ainsi l'émancipation civique et sociale des juifs. Pour les militaires (pas seulement en France, mais dans le monde entier), Napoléon s'impose comme l'un des plus grands stratèges de tous les temps dont le génie s'est notamment manifesté à Austerlitz le 2 décembre 1805.

Fustigé en France par une minorité, Napoléon est au contraire encensé à l'étranger. L'écrivain allemand Goethe et, en Angleterre, le peintre  William Turner, le poète  lord Byron, le romancier Rudyard Kipling l'ont adulé. En Pologne, où les habitants n'oublient pas la création  par l'Empereur du Grand-Duché de Varsovie en 1807 – une action qui a rendu l'espoir aux Polonais et provoqué un afflux de près de cent mille volontaires sous le drapeau français –, le souvenir de Napoléon est évoqué dans l'hymne national. Extraits : « Nous traverserons la Vistule/ Nous traverserons la Wasta/ Nous serons Polonais/ Bonaparte nous a donné l'exemple/ Comment nous devons vaincre. » Malgré des erreurs dues à une ambition démesurée qui l'a poussé à entraîner son armée dans des périodes tragiques (guerre d'Espagne, campagne de Russie), Napoléon demeure l'une des plus grandes fiertés de l'Histoire de France.

Notre récit national comporte des moments glorieux mais aussi des pages sombres. Ces deux versants de notre Histoire doivent être abordés dans la sérénité. À l'instar de Colbert, Faidherbe et Napoléon, d'autres personnalités françaises sont vouées aux gémonies et maltraitées dans les manuels scolaires :  Clovis et Saint Louis, les rois trop chrétiens, Louis XIV, le monarque qui aimait trop la guerre mais qui a permis le développement extraordinaire des arts (grands écrivains classiques, peintres, architectes,...) et des réalisations encore admirées aujourd'hui par des millions de visiteurs chaque année (Versailles), le bâtisseur du Maroc moderne Lyautey accusé de colonialisme, etc. . Il est loin le temps où le fameux ouvrage  didactique Malet-Isaac consacrait des dizaines de pages à Louis XIV et à Napoléon. Aujourd'hui, ces deux figures célèbres n'ont droit qu'à quelques lignes et à des diatribes.

La propension actuelle de certains commentateurs à judiciariser l'Histoire autour de thèmes obsessionnels (esclavage, colonisation) et à démolir les héros français est une entreprise malsaine qui nuit à la cohésion nationale. Cette curieuse culture de l'excuse permanente constitue un frein de taille à l'intégration des jeunes de banlieue, notamment des descendants d'immigrés. L'intellectuelle franco-algérienne Malika Sorel nous a prévenus : « Ce n'est pas en se flagellant qu'on fera aimer la France aux enfants et aux adolescents des banlieues. Notre comportement relève de la psychiatrie. » Sur cette thématique, nous laisserons la conclusion à Albert Camus : « Il est bon qu'une nation soit assez forte de tradition pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons qu'elle peut avoir de s'estimer elle-même. Il est dangereux en tout cas de s'avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle. »

 Michel KLEN
Lieutenant-colonel (er), historien et essayiste
(Article paru dans le numéro de mars de la revue trimestrielle de l’ASAF : ENGAGEMENT)

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La « Bataille d’Alger » (1957) et l’affaire Maurice AUDIN

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SÉCURITÉ INTÉRIEURE : les généraux (2S) veulent une armée plus autonome - LIBRE OPINION DE Jean-Dominique MERCHET.

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Posté le vendredi 27 mai 2016

SÉCURITÉ INTÉRIEURE : les généraux (2S) veulent une armée plus autonome - LIBRE OPINION DE Jean-Dominique MERCHET.

Les généraux du G2S critiquent les conditions de l’engagement de l’armée de Terre dans Sentinelle.

C’est un dossier d’une rare vigueur que le G2S, un groupe de réflexion semi-officiel des généraux en 2ème section de l’armée de terre, vient de publier sur l’engagement des armées dans la sécurité intérieure. Sous le titre « Pour un rôle clair et réaliste des armées dans la lutte contre les terroristes « militarisés »... », pas moins de sept d’entre eux disent tout le mal qu’il pense de cette affaire. Il s’agit de Jean-Marie Faugère ancien inspecteur général des armées, Alain Bouquin ancien chef de l’Inspection de l’armée de terre, Daniel Valery ancien gouverneur militaire de Paris, Jean-Jacques Cahuet, Jean-Claude Allard ancien commandant de l’aviation légère de l’armée de terre, Vincent Desportes ancien directeur de l’Ecole de Guerre et Jean-Claude Thomann ancien commandant de la force d’action terrestre.

Pour résumer leur pensée, au risque de la caricaturer, ils ne veulent pas que l’armée de Terre soit employée comme force supplétive de la police et de la gendarmerie, mais gagne une autonomie d’action sur le territoire national.

Comme le dit le général Faugère : « Les chefs militaires restent encore les mieux placés pour raisonner froidement les conditions d’emploi des armées, à l’extérieur comme sur le territoire national, pour apprécier les menaces actuelles et les solutions militaires qui concourent au but politique recherché : ici, l’éradication sur le sol métropolitain de la menace terroriste dès lors que les forces de sécurité ne suffisent plus à la tâche. Ecoutons dans leurs œuvres les professionnels que la République s’est donnée ; ils demandent simplement une claire définition des objectifs, y compris la désignation d’un adversaire (ennemi ?), un partage cohérent des responsabilités à assumer et l’autonomie d’appréciation et de décision dans les moyens à mettre en œuvre et dans leur emploi. Ce que ne semblent pas être les orientations actuelles. »

Pour sa part, Alain Bouquin voit dans l’engagement de l’armée sur le territoire national, « une navigation périlleuse entre trois écueils, forfaiture, imposture et emploi contre-nature ». « Pour le militaire : la protection est un dû à son pays et à ses compatriotes ; un devoir auquel il ne peut se soustraire ; sans tergiverser. Et ce quelles que soient les conditions dans lesquelles il est déployé. » « On se doit de donner à l’armée des conditions d’emploi qui lui permettent de jouer sa partition dans un registre qu’elle connaît ; sans l’inhiber ni brider son efficacité. Mais aussi, bien sûr, en prenant toutes mesures adéquates pour exercer le nécessaire contrôle démocratique qu’exige ce genre de situation. »

Les généraux Valéry et Cahuet considèrent que « lorsque les moyens organiques des services publics ne sont plus en mesure de faire face aux situations de gravité extrême que le pays peut connaître (insécurité, dysfonctionnement des services publics, déstabilisation de la société, catastrophes exceptionnelles,...), l’Etat se doit de faire appel aux armées considérées dans notre société comme l’ultime recours de la Nation. »

Pour Jean-Claude Allard, Sentinelle est même « devenue un outil d’affaiblissement et un signe de faiblesse ». Il plaide pour « des tactiques d’emploi groupées, en appui des forces de sécurité et du pouvoir judiciaire, pour réaliser des actions de présence et de surveillance de zones, là où des populations réclament plus de sécurité, plus de présence de l’État au quotidien. Et parfois malheureusement, s’estimant délaissées, s’abandonnent à ceux qui « tiennent le terrain ». Qui, plus que l’armée de terre française, est légitime pour occuper le territoire français ? »

Le général Desportes affirme que « la situation actuelle, insatisfaisante à tous points de vue, ne peut perdurer. « Ligne Maginot » contournée aisément par les terroristes de Bataclan, Sentinelle ne peut pas se contenter de l’illusoire consolidation qui a suivi cette barbarie. Que ferons-nous de mieux avec 10.000 hommes que nous n’avons pas su faire avec 7.000, si tout le système n’est pas profondément repensé ? Rien, bien sûr : on ne répond pas à une rupture stratégique par des mesures cosmétiques ».

Enfin, le général Thomann avance que « l’obsession du « contrôle démocratique » de l’emploi des militaires sur le territoire national conduit à leur interdire toute action spécifique, quel que puisse en être le gain en efficacité opérationnelle. »

Jean-Dominique MERCHET

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