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2020

Vision stratégique du chef d’état-major des armées

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CORONAVIRUS. Une leçon majeure : la nécessité de l’imprévisible

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Posté le mercredi 08 avril 2020
 
Nous sortirons de cette crise du COVID 19. Quand, comment ? Nul ne le sait, mais nous en sortirons, très affaiblis sûrement. Alors, qu’elle serve au moins à nous rendre plus fort pour affronter un futur qui sera évidemment chaotique ... et imprévisible.

L’une des premières leçons que l’histoire aurait dû nous enseigner mais que nous nous avons méprisée à chaque fois que l’occasion nous a été donnée de l’apprendre, c’est celle du caractère inévitable de la surprise, donc, pour tous – humains et groupes d’humains – l’absolu nécessité de l’intégrer dans nos raisonnements. L’histoire contredit la rationalité naturelle de l’homme. La première, déterminée par un petit nombre d’événements extrêmes, ne progresse pas de manière linéaire, mais de façon chaotique, de ruptures imprévues en retournements brutaux. Le second raisonne naturellement selon une logique de continuité structurée par l’idée (fausse) de progrès permanent.



L’histoire se construit de ruptures

Point n’est besoin de remonter au déluge pour percevoir que les accidents de l’histoire sont l’histoire elle-même. Le futur se déduit difficilement du passé. Au cours du xxe siècle par exemple, d’août 1914 et de la « grippe espagnole » à septembre 2001 en passant par la crise de 1929, la Deuxième Guerre mondiale, la guerre froide, la chute du mur de Berlin, la faillite de Lehman Brothers et la crise financière qui la suit, les printemps arabes, la crise grecque, l’émergence de Daech, le Brexit… les accidents se succèdent, à la surprise quasi générale. Ces événements, le plus souvent inédits, rendent caduques les hypothèses qui sous-tendaient notre vision de l’avenir ; ils conduisent chaque fois à des reconfigurations profondes du monde.



Des surprises de plus en plus fréquentes

Comme l’histoire s’accélère au rythme de l’explosion hyperbolique des découvertes scientifiques – tandis que ses accidents de parcours rendent les prospectives de plus en plus aléatoires – les surprises stratégiques se succèdent sur un tempo accéléré. L’interconnexion du monde accroît d’ailleurs le caractère universel des surprises : la crise du COVID 19 en est le dernier exemple. Nous sommes définitivement entrés en « Extrémistan », ce pays imaginé par Nicholas Taleb, dans lequel le détail apparemment le plus insignifiant, le plus petit événement peuvent entraîner le basculement du système global dont la modélisation devient chimérique.

Souvent attribuées à tort à de grandes causes extérieures, les ruptures majeures – celles qui font vaciller les grandes organisations, de la nation à l’entreprise – apparaissent toujours inéluctables a posteriori… mais imprévisibles a priori : c’est souvent un facteur mineur – un microscopique virus ! - qui déclenche la réaction en chaîne. Quel autre meilleur exemple de cet effet papillon que les printemps arabes déclenchés par le vendeur de rue Tarek al-Tayeb Mohamed Bouazizi, lorsqu’il s’immole par le feu le 17 décembre 2010 sur le marché de la petite ville tunisienne de Sidi Bouzid ? N’espérons pas des technologies de demain la fin de l’imprévisibilité, bien au contraire : l’embrasement arabe, la crise du COVID 19, ne se sont pas propagés en dépit des progrès technologiques, mais à cause d’eux !



Des surprises stratégiques rarement fatales si l’on y est préparé

Anticiper l’imprévisible, lui survivre, c’est y croire, admettre le caractère fondamental des notions de résilience et de capacité d’adaptation. Le coup physique et psychologique porté par la surprise stratégique est mortel si, et seulement si, l’acteur ne s’est pas doté de capacités de résistance et de réaction. C’est la suffisance de l’épaisseur stratégique d’un système qui lui permet de survivre et de reprendre l’ascendant. Constituant essentiel de l’épaisseur stratégique, les réserves – aux dimensions multiples – sont l’élément majeur de réponse à la surprise stratégique : le cas des masques de protection n’en n’est que la dernière preuve. Ces réserves permettent de préserver la liberté et la capacité d’action malgré l’imprévu et le hasard.

 

Biais rétrospectif vs. Stratégie

Une fois l’événement advenu, les donneurs de leçons oublient à quel point il était imprévisible : clairement, dans le rétroviseur, la visibilité est parfaite. On voit ainsi, des responsables politiques - parfois les mêmes qui criaient au « coup d’État » quand on envisageait de le reporter… - s’indigner que le gouvernement ait maintenu le premier tour des élections municipales. Lorsque l’on n’est pas aux affaires et qu’on voudrait bien y être (une fois la crise terminée, bien sûr !) on est facilement victime du « biais rétrospectif » mis en évidence par Baruch Fischhoff : il le résumait d’une phrase : « I knew it would happen », « je savais que ça se passerait comme ça ».

Autre chose est de comprendre que la constitution de réserves puis leur reconstitution dès que les premières ont été consommées sont une règle de survie dans l’espace stratégique et que, à l’inverse, leur absence constitue non seulement une injure au respect dû par tout haut responsable à l’imprévisibilité mais également une faute grave, en particulier s’il détient les destinées d’une nation. En ce sens les décisions prises à l’égard de la diminution des stocks de masques sous les présidences Sarkozy et Hollande relèvent de la faute grave.

Quand le président Macron affirme le mardi 30 mars : « On ne peut pas demander à des gens d’avoir pris des décisions, il y a cinq ou dix ans, qui ne pouvaient pas anticiper ce qu’on vient de vivre, quand on vit quelque chose qui est inédit, on ne peut pas demander aux gens de l’avoir prévu il y a dix ans. » Il a raison … et tort. Nul, en charge des destinées d’une nation, ne doit oublier que l’une des fonctions essentielles de l’Etat est de permettre le futur par la consolidation de la maison commune en vue des temps difficiles, donc la construction de la résilience nationale, par la constitution de réserves et la consolidation des liens sociaux. Hélas, de facilités politiques en veuleries, l’Etat-providence a cannibalisé notre Etat-régalien qui peine à assurer les fonctions qui le légitiment, l’Etat-stratège a fait place à l’Etat-tacticien frappé de myopie gestionnaire.

 
L’illusion de la connaissance

Edgar Morin constate que « l’on a beau savoir que tout ce qui s’est passé d’important dans l’histoire mondiale ou dans notre vie était totalement inattendu, on continue à agir comme si rien d’inattendu ne devait désormais arriver[1] ». Nous sommes en effet sous l’influence d’une grave illusion : celle de la connaissance. Elle consiste à penser que l’on peut anticiper l’imprévisible, les surprises stratégiques, donc les éviter, sinon les parer. C’est une erreur. La surprise est consubstantielle à l’espace stratégique, qu’il soit conflictuel et militaire ou simplement concurrentiel, économique et sanitaire.

La première des prudences est de l’admettre. La surprise surviendra, tôt ou tard, quelles que soient la pertinence et l’efficacité des dispositions prises pour la prévenir et s’en protéger. C’est d’autant plus vrai qu’il y a loin de l’information à la connaissance, et autant de cette dernière à la compréhension. Les attentats du 11 septembre 2001 en restent l’indéfectible preuve. Les services de renseignement disposaient de tous les indices nécessaires, toutes les informations étaient disponibles : les signaux existaient, mais ils n’ont pas produit l’alerte utile. L’effort se concentre sur la connaissance et néglige la capacité d’absorption : on tente naïvement de les prévoir au lieu d’en admettre l’imprévisibilité et d’investir sur la résilience des systèmes et des hommes.

 

Savoir penser l’impensable

Nous sommes là devant la limite de l’imagination collective : il est très difficile de se placer dans une posture intellectuelle capable de penser l’impensable. Nous pensons le monde à partir d’hypothèses sur le futur totalement conditionnées par le présent et le passé ... dont, par illusion moderniste, nous pensons d’ailleurs le plus souvent qu’il est définitivement révolu.

Nous sommes tous menacés par ces « impossibles » que nous ne pouvons pas imaginer et d’où surgissent les surprises stratégiques. Cela impose la pensée et l’expression critique, la diversité culturelle et intellectuelle qui permet l’élargissement du champ des possibles. Aucun raisonnement ne permettra de prévoir et d’éviter la surprise ; il faut donc s’y préparer, c’est-à-dire conforter sa résilience et avoir le courage de lui consacrer ce qui est nécessaire.



*



Ne nous y trompons pas : notre prochaine surprise stratégique est déjà en gestation. Il faut s’y attendre et s’y préparer. Le monde moderne devient de moins en moins prédictif : cette imprévisibilité est incompatible avec les modèles seulement basé sur la planification et la prévision.

Alors ? La première parade est le renseignement et l’alerte précoce, à eux seuls pourtant bien insuffisants. La deuxième est celle de la réduction des risques et de leur prévention. La troisième démarche, la plus fondamentale, consiste à se doter des moyens d’en atténuer les effets, c’est-à-dire à consolider la résilience des organisations civiles et militaires (pouvoirs publics, populations, entreprises, forces armées…) et leur capacité d’adaptation.

Aucun responsable, quel que soit son domaine, ne doit imaginer que la connaissance et l’anticipation suffiront à parer à tout imprévisible. Il s’agit, pour les humains et les groupes d’humain, de construire et préserver les capacités permettant de digérer la surprise stratégique puis de rebondir. La sagesse est de savoir que le monde est ce qu’il est, non celui dont nous rêvons : l’impossible d’aujourd’hui sera la surprise de demain. La conscience de l’imprévisible est la première sagesse du stratège !

 
Vincent DESPORTES
Le Figaro
Officier général (2s)
Ancien directeur de l’Ecole de Guerre

Professeur des universités associé à Sciences Po Paris


https://www.lefigaro.fr/vox/societe/general-vincent-desportes-l-histoire-est-tissee-d-imprevus-et-de-ruptures-20200407


[1] Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, op. cit., p.110

 

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Audition du médecin général Maryline Gygax Généro, directrice du Service de santé des armées Vendredi 17 avril 2020

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CRISE : Général Bertrand SOUBELET : La gestion de crise est l'affaire de professionnels.

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Posté le mardi 28 avril 2020


Général Soubelet : « La gestion d’une crise est l’affaire de professionnels et les politiques n’en sont pas »

 
Lors de sa dernière allocution télévisée, Emmanuel Macron a annoncé la fin du confinement pour le 11 mai. Dans un entretien à Boulevard Voltaire, le général Bertrand Soubelet revient sur son plan de sortie de crise, en particulier pour le domaine économique, et apporte son regard d’expert sur la gestion de crise.

 


Récemment, vous avez proposé un plan méthodique de sortie de crise. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

À vrai dire, pour proposer un plan de sortie de crise complet et pertinent, il est nécessaire de disposer de toutes les informations concernant l’évolution de la pandémie, avec les hypothèses minimalistes et maximalistes, et d’en évaluer les effets sur notre quotidien au regard des mesures nécessaires pour la protection des Français.
Seules les autorités de notre pays disposent de ces analyses.

En revanche, Objectif France, par la voix du docteur Guy André Pelouze, proposait, il y a déjà trois semaines, une méthode pour la sortie de crise sanitaire :

– Tester massivement en organisant cette manœuvre avec tous les laboratoires publics et privés afin d’avoir une idée précise de la présence du virus dans notre pays. Ces informations permettant de prendre des décisions différenciées en termes de confinement, compte tenu des disparités sur notre territoire.
– Déconcentrer les mesures de déconfinement en confiant cette mise en œuvre aux régions.

Mais ces propositions valaient pour la crise sanitaire dont l’évolution est quotidienne.
La crise sanitaire n’est probablement plus la question la plus cruciale si les gestes barrière continuent d’être appliqués ainsi que les consignes de confinement et la règle de la quarantaine en cas d’infection.

Le plus inquiétant, à mon sens, est la menace qui pèse sur les entreprises et donc sur notre économie. Je ne parle pas des grands groupes, qui ont une capacité à résister financièrement, mais surtout des PME, TPE, des commerçants et artisans.
C’est leur survie qui est en jeu et les prêts garantis par l’État ne sont pas une solution pérenne, compte tenu des charges qui pèsent  sur ces entreprises.
Il faut les autoriser à reprendre leur activité en respectant les préconisations sanitaires. Il faut faire confiance aux entrepreneurs et aux salariés car, sinon, ce sera une crise sociale profonde qui suivra.

Ce que nous vivons démontre clairement la fragilité de notre système en raison, notamment, d’une pression financière de l’État trop importante sur les entreprises qui n’ont aucune réserve et peu de trésorerie.
C’est probablement une des premières réformes de « l’après ».

Cette crise révèle aussi, à nouveau, l’incapacité de l’État à prendre des décisions claires et à faire respecter les règles sur l’ensemble du territoire national. Là aussi, il y aura des enseignements à tirer au-delà de ceux de l’absence de masques, de gel hydroalcoolique et de tests sérologiques.

L’enseignement le plus évident est que la logique politicienne se montre incapable de répondre aux exigences d’une crise car il s’agit d’une situation exceptionnelle qui demande des réactions rapides mais pesées et des décisions rationnelles déconnectées des enjeux d’image et électoraux. Le maintien du premier tour en est une désastreuse illustration.

 

Le président de la République a annoncé, lundi soir, la date du 11 mai comme début de sortie du confinement. À travers cette allocution, avez-vous perçu un plan réfléchi ou avez-vous le sentiment qu’au sommet de l’État, on « pilote à vue » ?

L’intervention du président de la République a confirmé que rien n’est clair. Une seule information concrète en est sortie : le 11 mai. En effet, l’interprétation générale est qu’il s’agit du début de la sortie du confinement. Rien n’est moins sûr. Notre prochain rendez-vous est le 11 mai et, d’ici là, un certain nombre de choses vont enfin se mettre en place. Les masques et les tests, notamment, dont nous ne disposons pas aujourd’hui en quantité suffisante. Cela va changer la donne.

Ma conviction est que la gestion d’une crise est l’affaire de professionnels et les politiques n’en sont pas. La lutte contre le virus et les mesures pour le combattre sont du ressort du milieu médical.
Ensuite, la question de la mise en œuvre du confinement et de l’ordre public c’est l’affaire des forces de sécurité.
Dans les deux domaines, il est nécessaire de déléguer à des professionnels en leur donnant les moyens de remplir leur mission.

Une crise, c’est toujours du pilotage à vue, mais il y a des invariants.
Quelles sont les priorités, quelles sont les contraintes, quelles sont les marges de manœuvre, quelle est la ligne rouge qui pourrait amener à reconsidérer la stratégie. Et il faut décider.
Gérer une crise, c’est un métier.

 

Le général Lizurey, ancien directeur général de la gendarmerie nationale, s’est vu confier, le 30 mars, par le Premier ministre, une mission d’auditeur dans la crise du coronavirus en apportant « un regard extérieur sur la crise », pour reprendre les mots de Matignon. Que vous inspire cette décision qui rappelle celle du général Georgelin à la reconstruction de Notre-Dame ?

Mon sentiment sur le rappel du général Lizurey est très positif. C’est une bonne décision, même s’il peut s’agir d’une demi-mesure. Demander à un général d’armée qui a dirigé la gendarmerie pendant plusieurs années, en gérant notamment la période des attentats ou l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, de venir « apporter un regard extérieur » ne me paraît pas correspondre à la hauteur des enjeux et à la dimension de l’intéressé.

J’espère qu’il ne s’agit pas d’une opération de communication de plus à l’image de ce que le gouvernement pratique depuis près de trois ans. Car l’exécutif a bien compris que les militaires ont, aujourd’hui, les faveurs d’une majorité de Français.

Un chef militaire a pour vocation de conseiller les responsables politiques sur une stratégie puis d’agir pour la mettre en œuvre.
À ce stade, je ne sais pas ce que fait exactement le général Lizurey, mais j’espère qu’il est écouté, car c’est un homme d’expérience. Il est en mesure de proposer des solutions rationnelles et efficientes.

D’une manière générale, je pense que les responsables militaires amènent une plus-value importante dans la résolution des crises et dans la vie publique en général. Mais, ce faisant, ils constituent une sorte de menace pour les hommes politiques car, dans leur esprit, ils deviennent des concurrents. J’observe, en effet, que cela fait deux fois, avec le général Georgelin, que des responsables militaires sont sollicités. C’est un signe positif et j’espère qu’il ne sera pas sans lendemain.
 
Général (2s) Bertrand SOUBELET
Boulevard Voltaire

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

CORONAVIRUS : Ah ! Ces Vieux !

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Posté le vendredi 17 avril 2020
 
Voilà, c’est fait ! Le Président de la République a donné une date : le 11 mai, l’étau du confinement commencera à se desserrer. Il fallait fixer une échéance qui sera ou non tenue, avancée ou retardée, en fonction de l’évolution de la pandémie, mais il fallait que chaque citoyen puisse avoir un horizon visible même s’il est encore flou. L’annonce qui fait l’objet des commentaires les plus nombreux est celle de la reprise des classes : à cet égard, il me semble qu’il faille faire confiance à Jean-Michel Blanquer, homme de bon sens, qui saura prendre les dispositions les plus efficaces avec les meilleures garanties de sécurité sanitaire (il convient de remarquer que quelques pays d’Europe ont pris une telle décision applicable dès maintenant et nous pourrons peut-être profiter de leur expérience).

Cependant, dans l’allocution du Président une petite phrase a attiré mon attention : les personnes âgées devront rester confinées. Je comprends bien que les « personnes âgées » sont réputées être plus vulnérables que les autres, mais je bute sur la définition. Où met –on la barre qui va délimiter le grand âge ? J’entends parler de 65 ans, puis de 70 ans voire plus ! Ce que l’on peut comprendre, c’est qu’au-dessus de ces âges les personnes resteraient confinées, au fait, jusqu’à quand ? On a entendu madame Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission Européenne déclarer qu’il faudrait que cette tranche de la population doive rester confinée jusqu’à la fin de l’année ! Pourquoi pas plus tard, jusqu’à l’été prochain par exemple ou jusqu’à ce que la science mette au point un vaccin, ce qui repousserait encore l’échéance selon les dires de tous les chercheurs. Peut-être pourrait-on parquer cette population dans des camps… on a déjà su faire cela ?

Cette mesure inique, si elle était appliquée un jour, serait scandaleuse, et en toute hypothèse indigne d’un gouvernement démocratique. Elle a des relents de dispositions prises dans une période troublée de notre histoire.

Je m’élève avec la plus grande vigueur contre cette discrimination par l’âge qui me parait par ailleurs ne pas être tout à fait constitutionnelle, mais il faudra laisser aux juristes le soin de statuer sur ce point le moment venu. Je m’élève avec la plus grande vigueur contre cette sorte d’eugénisme rampant qui sans être explicitement affiché tend à stigmatiser les personnes âgées : on a entendu un (une) député de la majorité affirmer que les retraités en fin de compte ne participaient pas à la vie active de la nation ; on a entendu un grand penseur, de ceux qui délivrent des messages planétaires que les médias écoutent avec ferveur, déclarer que les personnes âgées coûtent trop cher et qu’à partir d’un certain âge il faudrait penser à faire des économies … et j’en passe.

Tous ces beaux penseurs savent-ils que tous ces minables retraités ont eux aussi eu une vie active qui bien souvent n’a pas été facile, et qu’ils ont élevé des enfants souvent en se saignant ? Savent-ils que ces malheureux vieillards consomment, payent des impôts participent à la vie active par exemple en aidant leurs enfants matériellement mais aussi et bien souvent en gardant les petits enfants pour que les parents puissent faire face aux obligations de leur vie professionnelle ou … qu’ils puissent partir en vacances ?

Savent-ils que ces parasites ont eu une vie et que comme tous les actifs d’aujourd’hui ils ont apporté leur contribution à l’édification de la société ? Savent-ils qu’ils sont eux même le fruit de l’expérience de leurs ainés ? Savent-ils enfin que tout individu quelle que soit sa déchéance physique, quelle que soit sa faiblesse, quel que soit son handicap reste un Etre Humain et qu’à ce titre, l’ensemble de la société lui doit respect et assistance.

Une société est un ensemble qui peut se représenter par un graphique : dans le bas de la courbe se situe le jeune âge à qui on doit protection et dont on doit assurer éducation et instruction ; vient ensuite le gros (encore gros) bataillon des actifs qui assure la bonne marche des institutions, par sa participation à la vie économique, industrielle, à la défense , à la santé … c’est cette partie qui assure la protection du bas et du haut de la courbe ; cette dernière en haut du graphique est composée d’une population qui a l’expérience qu’elle a transmise à la génération suivante, qui reste un recours moral mais qui a besoin d’assistance car les ans pèsent sur les organismes et les esprits. C’est cet ensemble, dont les éléments sont indissociables les uns des autres, qui constitue une société et, partant, une Nation. Aussi est-il indigne de cibler une partie de cet ensemble ce qui ne peut aboutir qu’à dresser les générations les unes contre les autres.

Aujourd’hui il semblerait que sous le prétexte de protéger encore plus les ainés on leur demande de rester chez eux encore un temps plus ou moins long. C’est très bien et cette nouvelle sollicitude tout en étant compréhensible, aurait pu se manifester bien plus tôt : qu’a-t-on fait malgré les appels à l’aide incessants des responsables de EHPAD ainsi que des familles de pensionnaires ? On a laissé croupir des êtres humains dans des conditions de vie indignes, et on s’étonne aujourd’hui de constater l’hécatombe dans les maisons de retraite. Pour qui s’est occupé d’aider des personnes âgées le constat est accablant pour les pouvoir publics. Cet état de fait est la HONTE de notre pays.

Pour en revenir à l’après 11 mai prochain, je pense que les personne âgées n’ont pas besoin de cette sollicitude nouvelle ; pendant le confinement ce ne sont pas elles qui ont commis des écarts, elles sont restées bien sagement confinées en respectant scrupuleusement les consignes lorsqu’elles avaient à sortir pour faire des courses alimentaires ; elles ont de plus bien souvent été contaminées par des personnes qui elles n’avaient pas respecté les consignes en vigueur. Leur infliger une période de confinement supplémentaire est inadmissible et indigne. Elles demandent simplement à vivre comme les autres, en respectant les consignes de sécurité sanitaires qui seront édictées par les pouvoirs publics, elles demandent à pouvoir se déplacer lorsque les déplacements seront autorisés, et elles prendront certainement toutes les mesures de protection individuelles comme elles le font aujourd’hui.
 
Général d’armée (2s) Vincent LANATA
Ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air
15 avril 2020

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

L'Eléphant Noir - Février 2020

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