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Sauver Notre-Dame ou périr !1

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Quand des jeunes gens d’à peine plus de vingt ans acceptent de s’engager, armés de lourdes lances d’incendie, dans les escaliers étroits d’une tour dont on dit qu’elle menace de s’effondrer, croyez-vous vraiment que c’est seulement pour sauver des vieilles pierres ? Si ces jeunes militaires de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris2 ont risqué leur vie, le lundi 15 avril au soir, ce n’est pas simplement parce que leur devoir de soldats du feu leur imposait de remplir leur mission. C’est aussi parce que leur conscience leur disait que Notre- Dame était plus qu’un « immeuble de grande hauteur » qu’il fallait tenter de sauvegarder, mais un symbole national, légué par une multitude de générations depuis plus de huit siècles, et qui devait être à tous prix transmis aux générations suivantes.

Oui, malgré leur jeunesse, ces pompiers ont compris qu’ils avaient entre leurs mains la destinée non seulement du cœur géographique, historique et culturel de la France d’où partent toutes les routes du pays, mais aussi d’un chef d’œuvre de l’humanité qui valait de prendre tous les risques pour le sauver et rendre ainsi hommage au génie humain.

« Je suis souvent passé devant Notre-Dame sans jamais y entrer, parce que je me disais qu’elle était éternelle et que j’avais bien le temps. Mais quand elle sera reconstruite, j’irai. » Ainsi s’exprimait, le mardi 16 avril, à 7 heures du matin, un pompier qui, avec 374 de ses camarades, avait commencé la lutte la veille à 19 heures, soit 12 heures plus tôt.

Dans la soirée, le parvis de Notre-Dame s’était transformé en un immense QG rouge avec d’interminables files de camions, des tuyaux déroulés au pied de la cathédrale et dans toutes les rues avoisinantes. La Seine toute proche a heureusement fourni toutes les quantités d’eau nécessaires comme pour venir spontanément en aide à sa vieille voisine souvent comparée à un navire. 68 engins ont été déployés dont huit avec des bras aériens pouvant atteindre 50
mètres de haut et trois drones ont été utilisés.

Le porte-parole des pompiers de Paris a rappelé qu’à l’arrivée de ces derniers, la toiture était déjà embrasée et que la vitesse de propagation du feu l’a surpris. Au fil des heures, l’inquiétude grandissait et, à un moment, les pompiers ont cru que la cathédrale était perdue et allait tomber complètement à terre. C’est alors que le général de division Jean-Claude Gallet, commandant la BSPP, a pris les bonnes décisions en ciblant prioritairement les deux beffrois à commencer par celui du nord.

Cette décision judicieuse était en fait stratégique car de nombreux experts s’accordent à dire que ce beffroi nord a pu être sauvegardé à un quart d’heure près. Sa chute aurait bien évidemment entraîné celle de l’autre et, de proche en proche, celle de l’édifice tout entier. On notera le parallèle entre le commandement de ce général et celui d’un autre engagé dans un combat « classique » c'est-à-dire contre des adversaires humains. Dans les deux cas, les fondamentaux exigés sont les mêmes : capacité d’analyse, évaluation de la balance moyens amis/capacité de l’ennemi et prise de décision. Le général Gallet et ses hommes sont aujourd’hui loués parce que l’on considère qu’ils ont sauvé Notre-Dame qui, de fait, est, en l’état, reconstructible. Qu’en aurait-il été s’il ne restait aujourd’hui d’elle qu’un monceau de pierres calcinées ?

En milieu de matinée du mardi 16 avril, les pompiers de Paris ont fait un point de situation. Toute la nuit, ils ont surveillé les foyers résiduels et simultanément ont donc réussi à préserver les deux beffrois afin que les tours ne s’effondrent pas. Cependant 1 000 mètres carrés de toiture sont partis en fumée et la voûte de la cathédrale a été percée en trois endroits en particulier lors de la chute de la flèche.

Au contraire de leurs camarades des unités de combat « traditionnelles » de l’armée de Terre, les sapeurs-pompiers de Paris mènent très souvent leurs guerres devant un public. Ce fut encore le cas cette nuit-là où, dans une ambiance lourde, seuls, de temps à autre, les sirènes et les applaudissements de la foule crevaient le silence. Car foule il y avait. Par sa simple présence, elle remerciait les pompiers pour leurs efforts et peut-être Notre-Dame elle-même : « Résiste, résiste » chuchotait une dame.

Sur l’Ile de la Cité, au plus près du périmètre de sécurité, à 2 heures du matin passées, quelques dizaines de personnes étaient encore là.

Au bilan, un seul pompier a été légèrement blessé, intoxiqué par des fumées et hospitalisé à la Salpêtrière. Pour une intervention de cette nature, et qui restera comme une page marquante dans l’histoire déjà riche de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, cela tient presque du miracle.

Cet incendie qui aurait pu être tragique est l’occasion de rappeler l’éthique du pompier de Paris telle que définie par le général Robert Casso qui présida aux destinées de la brigade de 1963 à 1970 et la modernisa pour lui donner le visage qu’elle a aujourd’hui :

« Je ne veux connaître ni ta philosophie, ni ta religion, ni ta tendance politique, peu m’importe que tu sois jeune ou vieux, riche ou pauvre, français ou étranger.
Si je me permets de te demander quelle est ta peine, ce n’est pas par indiscrétion mais bien pour mieux t’aider.
Quand tu m’appelles, j’accours, mais assure-toi de m’avoir alerté par les voies les plus rapides et les plus sûres.
Les minutes d’attente te paraîtront longues, très longues, dans ta détresse pardonne mon apparente lenteur. »
Gilbert ROBINET
Secrétaire général de l’ASAF

1 En application de la devise des sapeurs-pompiers de Paris : « Sauver ou périr »
2 La brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) est une unité militaire de l’armée de Terre appartenant à l’arme du Génie.

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