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RAPPORT DU GROUPE DE TRAVAIL DE L’ASSOCIATION DES AUDITEURS DE L’INSTITUT DES HAUTES ETUDES DE DEFENSE NATIONALE SUR LE SERVICE NATIONAL UNIVERSEL

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Réponse de M. Painlevé à la lettre du Général Mangin

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La Revue de Paris - T2 - 1922

Réponse du Général Mangin aux articles de M. Painlevé

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La Revue de Paris - T2 - 1922

Comment j'ai nommé Foch et Pétain

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La Revue de Paris - T1 - 1922

La Revue de Paris - T6 - 1921

PROPOSITION DE LOI relative à l’interdiction de la vente des drapeaux des associations d’anciens combattants et à leur protection

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Pilote de Piper en Algérie

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La pacification de Madagascar fin 1898

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Rapport de M. le chef de bataillon Lamolle sur les opérations auxquelles a donné lieu le mouvement insurrectionnel du Nord-Ouest.


Journal officiel de Madagascar et dépendances 29/04/1899

Exposé d’ensemble et divisions du présent rapport

La rébellion du Nord-Ouest éclate d'abord dans le Sambirano où le Général en chef prend des mesures pour la localiser par l'envoi de troupes dans cette région, sous les ordres du capitaine Laverdure.

Dans la suite, elle gagne le Nord de la province d'Analalava, surtout l'Ankaininana qui participe entièrement au mouvement. De là, son but évident est de progresser vers le Sud de cette province.

Cette nouvelle situation oblige le Général en chef à envoyer de nouvelles troupes, 1° par mer,  à Analalava, sous les ordres du commandant Mondon, 2° par le Sud, sous les ordres du commandant Lamolle.

Ces mesures ont pour but de mettre une solide barrière à toute nouvelle progression vers le Sud, sur la ligne d'Antsohihy, Befandriana, Mandritsara et de combiner les efforts de toutes les troupes pour circonscrire la rébellion et l'anéantir par une marche en avant.

Les opérations militaires se font donc au début en trois groupes :

Au Nord, le capitaine Laverdure;
A l'Ouest, le commandant Mondon;
Au Sud, le commandant Lamolle.

Ces groupes sont isolés les uns des autres et séparés par de grands espaces; leur marche vers un objectif commun les rapprochera chaque jour et les amènera à une jonction générale qui permettra au Général en chef d'assurer l'unité d'action, en donnant le commandement à un seul chef.

Ce rapport expose, ci-après et séparément, les opérations de chaque groupe et enfin les mesures d'ensemble prises après l'organisation des provinces d'Analalava et de la Grande Terre en un seul commandement militaire.

Opérations du groupe du Nord

Situation générale. - Le 23 octobre 1898, le poste de milice de Marotoalana est attaqué par une bande de rebelles; le combat dure toute la nuit et les assaillants sont repoussés.

Le garde Ettori, en présence du nombre grossissant des rebelles, détruit son poste et cherche à regagner la côte. Dans cette marche, il est attaqué; il perd la vie dans l'affaire ainsi que plusieurs de ses miliciens.


Les rebelles se dirigent ensuite sur Ambalavelo, siège du centre administratif de la Grande Terre et poste de milice. M. le commis Frontin et deux Européens, qui se trouvaient en ce moment avec lui, sont massacrés et le poste tombe au pouvoir de la rébellion.

Le mouvement se généralise sur le bas Sambirano :

les colons qui ne purent s'échapper à temps furent tués. Les établissement des colons et leurs plantations furent, de plus, détruits de fond en comble.

Dès que les nouvelles de ces troubles parvinrent à Nossi-Bé, des mesures immédiates furent prises pour porter secours aux Européens et tenter de rétablir l'ordre. Le Fabert mettait à terre sa compagnie de débarquement, divisée en deux groupes; l'un d'eux devait prévenir tout désordre à Nossi-Ré, l'autre fut dirigé sur la Grande Terre, à Ambalavelo. Ce croiseur se rendait ensuite à Majunga pour faire connaître la nouvelle àTananarive.

Pendant ce temps, M. l'administrateur Chauvot se rendait avec quelques miliciens à Marotoalana pour tenter de secourir M. le garde Ettori, dont il ne retrouva pas de trace.

Mesures militaires. — Dès qu'il eut connaissance du mouvement, le Général en chef forma de suite, à Majunga, une compagnie de marche sénégalaise, sous le commandement du capitaine Laverdure et ordonna son prompt transport à la Grande Terre.

La partie de la province de Nossi-Bé située sur la Grande Terre était érigée en cercle annexe, dont le commandement était donné au capitaine Laverdure, qui avait ainsi tous les pouvoirs pour accomplir sa mission de rétablir l'ordre et de localiser le mouvement.

Opérations dans le Sambirano. — Embarqué à Majunga le 2 novembre 1898, sur le Pourvoyeur, le détachement du capitaine Laverdure, composé de 3 officiers, 5 sous-officiers, 144 Sénégalais et 42 miliciens, débarquait à Ankify le 3 novembre. L'opération se terminait à 4 heures du soir, et, à minuit, le commandant du groupe dirigeait une section (sous-lieutenant Scheer) sur Ambalavelo, pour relever les marins du Fabert qui regagnaient leur bord le lendemain dans la soirée.

M. Chauvot et le roi Tsiarasso avaient rejoint Ankify avec les marins.

Le capitaine Laverdure reçut la visite de Tsiarasso; celui-ci lui fournit les porteurs qui lui étaient demandés, mais ne lui donna aucun renseignement.

C'est donc à tâtons que cet officier s'engage le lendemain dans le pays. Tsiarasso et son jeune frère l'accompagnent dans sa marche sur Ambalavelo; tous les villages sont abandonnés.

A Ambalavelo, il trouve encore de rares habitants et quelques Indiens qui gardent leurs magasins.

Malgré la situation défectueuse de ce point, le capitaine est obligé d'y laisser un poste et d'en faire le chef-lieu provisoire du cercle-annexe.

Il cherche vainement à obtenir quelques renseignements de prisonniers laissés surplace par M. Chauvot. Il laisse une garnison de 30 fusils sous les ordres du sergent-fourrier Berthier et il continue sa battue vers l'intérieur du pays.

Le village de Benavony est abandonné, mais toutes ses ressources sont intactes. Pour éviter toute déprédation, le capitaine, qui veut rassurer les gens pour leur faire réintégrer leurs villages, bivouaque avec sa troupe afin d'éviter tout acte de pillage.


Le 7 novembre, le détachement traverse les villages d'Ambolobozy et de Malilio; ils sont abandonnés.

Dans la journée, il rencontre un groupe de gens de Benavony avec le chef de ce village, qui est rassuré et engagé à faire rentrer les absents.


Les habitants signalent que des marofelanas sont passés dans leur village, qu'ils ont volé divers objets, mais ils ne donnent aucun renseignement pouvant permettre la poursuite de cette bande.

Visite du village d'Ambalafary, demeure du chef Anijali. Bivouac à ce point, les guides de Tsiarasso déclarant ne plus connaître la route.

Le capitaine se heurte là au système qu'ont rencontré tous les chefs de groupes de la part des guides qui s'arrangeaient pour détourner la marche des troupes ou la retarder, de manière qu'elles ne pussent rien rencontrer devant elles.

Les partis ennemis, au contraire, prévenus d'avance de notre marche, se disloquaient ou prenaient la fuite devant nous.

Le 8 novembre, le groupe arrivait à Marotoalana; le village est complètement abandonné, mais les cases sont intactes. Un amas de cendres et de bois calcinés marque seul l'emplacement du poste. Le mât de pavillon brisé est sur le sol.

La pavillon est arboré; la colonne cantonne dans le village et, le lendemain, le poste est reconstitué sur l'emplacement de l'ancien avec 1 sergent européen, 30 tirailleurs et 10 miliciens.

Une reconnaisance de nuit est exécutée pour surprendre un chef rebelle, mais le mauvais vouloir des guides stérilise les mesures prises.

Le 10 novembre, on retrouve le squelette carbonisé de l'interprète du garde Ettori et le capitaine recueille quelques renseignements sur l'attaque du poste et la désertion de 8  miliciens dès le commencement de l'attaque.

Le 11, le capitaine se met à la recherche des traces du garde Ettori. Tous les villages traversés sont abandonnés dans une fuite précipitée et, le 12, la reconnaissance rentre à Marotoalana.
Le 13, apprenant que Ambalavelona a été attaqué, le capitaine Laverdure décide d'y revenir et il désigne M. le sous-lieutenant. Sautel pour exercer le commandement de Marotoalana.

Le 14, retour à 8 heures, au poste d'Ambalavelona.

Voici ce qui s'était produit pendant son absence.

Attaque du poste d'Ambalavelona. - Dans la nuit du 7 au 8 novembre, le lieutenant Gauthier, désigné pour remplir les fonctions d'adjoint au commandant du cercle-annexe, arrivait à Ambalavelona, venant de Majunga.

D'après le rapport de cet officier, vers 2 heures du matin, environ 200 marofelanas, don une trentaine armés de fusils et les autres de sagaies, attaquaient le poste qui était situé au milieu du village.

Après avoir incenniê le village, les assaillants s'approchèrent à 50 mètres du poste, en criant :

«Vazaha, vazaha ! » Le lieutenant repoussa l'attaque et poursuivitles fuyards qui abandonnèrent deux des leurs.

Le lendemain 8 novembre, à 2 heures de l'après-midi, le poste fut attaqué de nouveau par 150 marofelanas divisés en 3 bandes et qui, après avoir tiraillé sans causer de dommages au poste, furent repoussés et poursuivis à environ une heure de marche de celui-ci.

Le lieutenant Ganthier signale le courage du sergent-fourrier Berthier et du sergent indigène Galo Dionf.

Les 15, 16 et 17 novembre, le capitaine Laverdure séjourne à Ambalavelona et se renseigne pour faire une reconnaissance vers Ampangassy.

Du 18 au 22 novembre, par des pluies torrentielles et des régions inondées, le pays est sillonné par des reconnaissances ; elles découvrent des campements fraîchement occupés et rencontrent des groupes de femmes et d'enfants, qui disent avoir fui devant les marôfelanas.

Le 23 novembre, retourà Ambalavelona qui, pendant cette absence du capitaine, a été attaqué de nouveau le 20 novembre.

Deuxième attaque du poste d'Ambalavelona.

— Vers deux heures du matin, par une nuit très obscure, le poste qui était, en ce moment, commandé par l'enseigne de vaisseau Calemard, est réveillé par les cris de la sentinelle et des rebelles. Une fusillade assez nourrie se produit sur une face de l'enceinte. La défense du poste y répond promptement et met les assaillants en fuite. L'obscurité ne permit pas de les poursuivre.

Au jour, on ne retrouva sur le lieu de l'attaque que des traces de passage et des culots de cartouches. Un tirailleur du poste était mortellement blessé.

Le 22, à deux heures du matin, une nouvelle attaque était ébauchée, mais, éventée à temps, elle ne s'accentua pas.

Du 24 au 27 novembre, le capitaine Laverdure reçoit un canon de 37, 10 mulets et une pièce de 80 m/m de montagne (lieutenant Bailly-Masson) et il se prépare à marcher deconcert avec le commandant Mondon sur Bealanana, dont le poste a été enlevé par la rébellion qui a gagné toute la région de l'Ankaizinana.

Marohe sur Bealanana. — Le 28, le capitaine laisse le commandement du poste à l'enseigne de vaisseau Bouchard, du Fabert, qui a remplacé M. Calemard, et il se met en marche vers Bealanana.

Son groupe comprend :

Le capitaine Laverdure, commandant.
Le lieutenant Gauthier, adjoint.
Le sous-lieutenant Scheer.
Docteur Lecorre médecin de 2e classe des colonies.
Le prince Saïdina.
83 tirailleurs;
22 miliciens.
Le lieutenant d'artillerie Baiily-Masson; 14 artilleurs, 1 pièce de 80m/m de montagne et 16 mulets.

Le groupe bivouaque le 28 au soir à Malilio, après avoir constaté en route que les habitants sont rentres dans leur village à la suite des reconnaissances précédentes.

Le 29, le groupe arri ve à Marotoalana, après avoir surmonté de grosses difficultés de marche pour l'artillerie. Les habitants de ce village rentrent en nombre appréciable. Félicites et rassurés par le capitaine, ils prennent l'engagement d'aller chercher leurs amis pour les faire rentrer.

Le 30, on quitte Marotoalana. Le capitaine grossit son groupe du sous-lieutenant Sautel et de 10 hommes de ce poste.

En organisant le poste de Marotoalana, le capitaine Laverdure avait prescrit au sous-lieutenant Sautel de se mettre en relations avec Bealanana, dont on pressentait l'attaque possible.

Les émissaires envoyés dans cette région avaient rencontré des avant-postes rebelles qu'ils avaient pu tourner et ils étaient parvenus près de Bealanana. Ils avaient appris l'enlèvement et la destruction du poste, la mort de M. le garde Gouraud et l'occupation du village par un fort parti de rebelles.

Ces émissaires furent de nouveau envoyés pour pénétrer à Bealanana; ils furent arrêtés par les rebelles qui les prirent pour des gens au service des Français. L'un d'eux fut même gardé à vue, mais le second rapporta que les rebelles étaient entourés de postes volants qui se replieraient devant nous, pour nous faire tête à Bealanana.

Les 1er, 2 et 3 décembre, le groupe ne se heurte à aucun parti rebelle; il lutte avec énergie pour frayer un passage à ses mulets, qui rencontrent des difficultés considérables.

Il pleut et il fait froid dans les montagnes très élevées que l'on traverse.

Dans la journée du 4 décembre, on arrive aux premiers avant-postes signalés; ils sont évacues.

Des émissaires sont poussés sur Bealanana; ils ne s'avancent qu'en hésitant.

Le lendemain 5 décembre, le détachement arrive en vue de Bealanana à 10 heures du matin;  on n'aperçoit que quelques groupes au sommet du mamelon sur la pente duquel est construit le village. Ils s'agitent et semblent s'abriter derrière des ouvrages en terre. Le détachement est arrêté. Un immense marais le sépare de Bealanana. Aucune colonne n'est en vue et on ne reçoit aucune nouvelle du groupe Mondon. Quelques coups de canon sont tirés sur le village; ils ne déterminent aucun mouvement apparent. Le groupe traverse avec difficulté le marais qui le sépare du village: la pièce est remise en batterie à 800 mètres pour fouiller une dernière fois  le village, dont un peloton fractionné en deux gravit les pentes d'accès. Quand il arrive dans le village, il le trouve complètement abandonné la moitié des cases sont incendiées; tout dénote une fuite précipitée.

Du poste, il ne reste rien. On y trouve des étuis de cartouches 74, des fusils à piston et des effets de miliciens. A 1.800 mètres au Sud-Ouest du village, on trouve un poteau au sommet duquel sont attachés un casque d'européen et une mallette en fer contenant divers objets ayant appartenu au garde Gouraud.

Dans la journée du 6, le groupe séjourne à Bealanana et le capitaine fait construire un petit poste au sommet du mamelon; les matériaux sont pris au village. Une garnison coinposée du sergent Godefroy et de 30 hommes est désignée pour l'occuper et garder le pavillon jusqu'à l'arrivée du groupe du commandant Mondon.

Le 7 décembre, le sous-lieutenant Sautel regagne Marotoalana avec son détachement et le reste du groupe se dirige vers la rive gauche du Maevarano pour rencontrer le commandant Mondon; les villages traversés sont abandonnés; les patrouilles rapportent que les habitants viennent de fuir précipitamment. Leurs propriétés sont scrupuleusement respectées et tout est laissé intact. La traversée du Maevarano, qui est infesté de caïmans, nécessite la construction d'un radeau pour le passage du lendemain.

Le 9, le commandant du groupe reçoit un exprès du commandant Mondon; il apprend ainsi que les deux groupes se sont croisés la veille sans s'apercevoir. Le groupe Mondon continue sur Bealalana, pendant que le groupe Laverdure poursuit sa marche vers l'Ouest.

Le 12 décembre, le commandant Mondon et le capitaine Laverdure se rencontrent il Antsahalana; ils en repartent ensemble le lendemain 13 et arrivent à Befotaka dans la journée.

Dans cette rencontre, il est décidé que le groupe Laverdure rentrera à Ambalavelona, en fouillant et en nettoyant les presqu'iles Radama, Lavalohalika et en occupant Anorotsangana; ce lieu a été le point de concentration des rebelles qui ont troublé cette partie du pays, pillé les concessions des îles de nos compatriotes et attaqué le poste d'Andranosamonta.

Le groupe reste au repos à Befotaka, pendant que le capitaine se rend à Analalava par boutre et ensuite par le Gabès (rencontré dans la baie de la Lozi), pour y chercher des vivres et tous les renseignements pouvant se rapporter aux opérations à entreprendre.

Le groupe Laverdure quitte Befotaka, le 16 décembre et bivouaque le même soir à Andranosamonta, attaqué quelques jours auparavant par les rebelles et vivement défendu  par le sergent Bonnardi, qui leur a infligé des perles sensibles.

Les journées des 17 et 18 sont employées à fouiller le Nord de la presqu'île jusqu'à Berangona.

Le 19, le Gabès, avec qui les mouvements sont combinés et qui tient la mer pour empêcher les bandes de se. réfugier dans les îles, entre dans le port Radama pour embarquer le groupe et le transporter dans la presqu'île Lavalohalika.

Le 20, le Gabès visite l'emplacement du poste de douane de Berangona, abandonné par les douaniers indigènes et brûlé par les rebelles.

Le groupe s'embarque dans la soirée et est transporté le lendemain 21 au village d'Ambonaky.

Il arrive à Maromandia dans la soirée.

Il continue sa marche le lendemain sur le Lavalohalika, pendant que le sous-lieutenant Scheer, avec une section, fait une reconnaissance sur Ankaramy. En cours de route, apprenant qu'Ankaramy est occupé par les rebelles, le commandant du groupe envoie le prince Saïdina avec 17 hommes pour prendre à revers la bande qui s'enfuira avant l'arrivée de la reconnaissance du lieutenant Scheer.

En approchant d'Ankaramy, ces reconnaissances ont essuyé des coups de feu à grande distanceet les rebelles se sont dispersés sans attendre le contact.

Le 24, le groupe traverse un bras de la Rerondra en pirogue, pour atterrir sur la presqu'ile de Lavalohalika.

Le lieutenant Gauthier doit faire une reconnaissance jusqu'à la pointl de cette presqu'île, de concert avec le Gabès, qui doit croiser dans ces parages pour arrêter quelques chefs dont le capitaine donne les noms etles signalements.

Le lieutenant Bailly-Masson fait une pointe en arrière pour tomber à l'improviste sur des campements récemment abandonnés et qui auraient pu être réoccupés depuis le passage de la colonne. Cette reconnaissancea des pirogues pour donner au besoin la chasse par mer et doit opérer la nuit.

Les reconnaissances doivent enfin se rejoindre à Bezava.

Le 25 décembre, le groupe cantonne à Bezava; tous les habitants sont en fuite. Ce sont, du reste, des brigands réputés qui se sont distingués dans le pillage des iles.

Les reconnaissances des lieutenants Gauthier et Bailly-Masson rejoignentle groupe les 26  et 27 décembre. Le lieutenant Gauthier a réussi à s'emparer de deux chefs importants.

Le groupe exécute ensuite une marche sur Anorontsangana en trois fractions, suivant des routes différentes; la communication avec ce point et Bezava doit être établie avant d'attaquer Anorontsangana, s'il y a lieu. Aucune résislance n'est rencontrée et des gens envoyés au devant du groupe par le chef du village protestent de leur dévouement.

Le capitaine leur laisse croire qu'il en est convaincu, quoique sachant parfaitement qu'Anorontsanganavient d'être l'un des centres d'action des plus importants de la rébellion sur la côte Ouest.

Le groupe s'embarque sur le Gabès, qui appareille le 30 au matin pour passer à Ampasimena et rejoindre ensuite la Grande-Terre.

La reine Binao était absente: le capitaine l'a trouvée à Nossi-Bé et l'a fait immédiatement revenir chez elle, où sa présence était indispensable.

Le groupe du capitaine Laverdure rentrait à Ankify le 31 décembre, après avoir marché sans trêve ni repos depuis le ier novembre, ayant supporté crânement les chaleurs du jour et les nombreuses ondées du soir. Il avait surmonté des dilticultés de marche inouïes : les indigènes croyaient fermement que nos troupes seraient impuissantesà les poursuivre dans un pays aussi mouvementé pendant la saison des pluies. Cette action vigoureuse a exercé un puissant effet moral sur les indigènes qui, se sentant traqués par des troupes leur arrivant de toutes les directions avec la même rapidité, se sont disloques, sans qu'il leur ait été possible de se regrouper par la suite.
Aucune atteinte n'a été portée aux propriétés et tout a été mis en oeuvre pour rassurer les populations et les faire rentrer dans leurs villages, en reprenant leurs travaux et leur vie normale.


Journal officiel de Madagascar et dépendances 03/05/1899

Opérations du groupe de l'Ouest

Situation générale. — Une partie des bandes du Sambirano s'étant dirigée vers l'Ankaizinana, où le mouvement était déjà préparé, prenait à sa suite un homme intelligent, ambitieux, riche et influent, l'indigène Karija, du village de Mangindrano, qui entraînait aussitôt tous les habitants de son canton pour s'emparer du poste de Bealanana, assassiner le chef du poste, M. le garde Gouraud, et s'emparer, par la complicité des miliciens, des armes et des munitions de ce poste.

La bande se présentait à Bealanana le 31 octobre à 7 heures du soir; l'entente s'établissait aussitôt avec les notables du pays et les miliciens du poste. Vers 8 heures, M. Gouraud, surpris, soutint seul, dans son logement, contre ses agresseurs, une lutte désespérée qui dura une partie de la nuit. Les miliciens l'avaient abandonnéet vers le point du jour, son milicien ordonnance, menacé par Karija, le tua d'un coup de feu tiré par derrière et à bout portant.
Les armes et les munitions du poste passaient, par ce fait, entièrement aux mains de la rébellion et tout le cirque de l'Ankaizinana était la proie de la rébellion,

La population de cette région, composée de races variées, échappées d'un peu partout et réfractaires à toute soumission, se mettait aussitôt en mouvement en vue d'entraîner les habitants des secteurs de Mandritsara et de Befandriana dans la rébellion, et d'augmenter ses moyens d'aclion par l'enlèvement des postes de milice, pour s'emparer des armes et des munitions.

Réalisée, cette extension' du mouvement serait devenue une grave complication; il fallait donc agir sans perdre une minute pour l'empêcher.

M. l'administrateur Guédès, informé de ces incidents, en rendait compte aussitôt. M. le commis de résidence Prétrel, de son côté, en informait le cercle d'Ambatondrazaka, qui en rendait compte au Général en chef.

M. Guédès venait de réprimer quelques actes de désordre qui s'étaient produits en septembre dans la région d'Antonibé, en envoyant M. l'inspecteur Rome de ce côté.

M. Rome était aussitôt rappelé pour occuper Maromandia et Bejofo, afin d'arrêter tout mouvement venant du Sambirano et d'assurer une liaison avec Bealanana. Un peu avant, il avait envoyé un renfort de 12 miliciens au poste de Bealanana, mais ils arrivèrent trop tard et ils durent rebrousser chemin.

Le 6 novembre, M. Guédès apprenait qu'une bande de rebelles descendait du Sambirano vers Ankaramy ; M. Rome, en route pour Maromandia, se dirigea vers ce point. La bande hésita et se replia.

Les rebelles de l'Ouest ne dissimulaient pas leurs intentions de marcher sur Analalava, où ils savaient trouver des armes, des munitions et de l'argent en très grande quantité.

A ce moment, le Général en chef était renseigné et il envoyait à Analalava le commandant Mondon avec la 28e compagnie de  marche sénégalaise (capitaine Briand), une pièce de80 m/m  demontagneet un Hotschkiss de 37 m/m ; M. le médecin de lra classe des colonies Lasnet était adjoint à ce groupe.

En même temps, il envoyait par le Sud des renforts dont il sera parlé plus loin.

M. le commandant Mondon était chargé de la direction provisoire de la province d'Analalava.

Cet officier supérieur s'embarqua à Majunga le 16 novembre.

Aussitôt débarqué à Analalava, le commandant Mondon dut envoyer le capitaine Briand avec 60 tirailleurs pour renforcer M. Rome vers le Sud, par la région côtière. et empêcher toute liaison de ce mouvementavec celui d'Ankaizinana.

En même temps, il préparait un mouvement sur Bealanana, de concert avec le capitaine Laverdure.

Par des marches rapides, le capitaine Briand parcourut la zone côtière sans pouvoir prendre contact avec l'ennemi qui se dérobait devant lui.

Il laissa des garnisons sénégalaises à Maromandia et à Andranosamonta et il rejoignit le commandant Mondon à Befoiaka, pour marcher sur Bealanana.

Entre temps, le commandant Mondon envoyait M. Rome occuper Befandriana, en attendant l'arrivée des troupes venant par terre, du Sud.

Le groupe du commandant Mondon rencontra de grosses difficultés pour recruter ses porteurs, mais il y réussit et il se mit en marche le 4 décembre sur Bealanana, par la rive gauche du Maivarano.

Le commandant Mondon arriva devant Bealanana le 9 décembre. Le poste était occupé par le détachement qu'y avait laissé le capitaine Laverdure. Les groupes Mondon et Laverdure s'étaient croisés sans se voir en route, dans les régions découpées et très accidentées qu'ils traversaient.

Après avoir fait relever le poste du capitaine Laverdure, le commandant Mondon y laissa le capitaine Briand avec un colon français, M. Mathieu, qui avait obligeamment offert de lui servir d'interprète. Le commandant Mondon donnait au capitaine Briand des instructions pour parcourir l'Ankaizinanaet pour regrouper la population, et il repartait le lendemain avec une faible escorte pour rejoindre le capitaine Laverdure, afin d'utiliser les forces dont disposait cet officier, pour battre la région côtière dans sa marche de retour vers le Sambirano.
Ces opérations sont exposées plus haut dans le compte-rendu des marches du groupe du capitaine Laverdure.

Pendant la marche du commandant Mondon, sur Bealanana, la sécurité était assurée à Analalava par un détachement de marins, sous le commandement de M. l'enseigne de vaisseau Calemard, qui organisa très judicieusement la défense de ce point.

Ce même officier avait déjà été débarqué à Ambalavelona, où il avait repoussé brillamment une attaque de ce poste.

Les postes de Maromandia, d'Andranosamonta et de Befotaka (dépôt des vivres du groupe) n'ayant pas un effectif suffisant pour tenter des sorties à grande distance du poste, la rébellion de la zone côtière en profita pour agir.

Partant de la région d'Androntsangana, une expédition fut organisée par mer et elle alla piller et détruire de fond en comble les installations et les troupeaux des concessions françaises de MM. Mathieu et Lesueur, aux îles de Berafia et de Nossy-Valiha.

Passant ensuite dans la presqu'île Radama, les rebelles viennent y piller la concession de M. Fonarmes.

Grossis par des gens de la presqu'île Radama, n'osant plus pousser sur Analalava qu'ils savaient défendu, ils projetèrent d'aller attaquer le poste d'Andranosamonta, qui les gênait pour aller embaucher les populations de la région de Bejofo.

Le 10 décembre, le sergent Bonnardi, chef du poste d'Andranosamonta, ayant appris qu'une bande débarquait de la baie Radama, fit une reconnaissance dans la région signalée.

Il surprenait un campement qu'il mettait en déroute par des feux de salve, auxquels on ne répondit que par quelques coups de feu isolés. Il poursuivait la bande, mais craignant qu'elle n'ait profité de sa sortie pour se porter vers son poste, il y revenait aussitôt et y parvenait à 2 heures du matin.

Tout semblait tranquille, quand, à 4 h. i/2 du matin, les sentinelles crièrent «Aux armes»!

Une centaine de rebelles étaient déjà au pied de la palissade du poste qu'ils cherchaient à ébranler.

Une vive fusillade répondit à cette attaque; la bande se mit en retraite, mais pour revenir quelques minutes après à l'assaut. Cette fois, elle s'enfuit en désordre laissant plusieurs des siens au pied des palissades.

Le sergent Bonnardi, venait de donner la confirmation des qualités militairesqui l'avaient fait distinguer au Tonkin, où il avait reçu la médaille militaire.

Le groupe du commandant Mondon, par ses opérations exécutées sur la région cotière, a contenu et retardé l'explosion du mouvement de la côte. Sans ces mesures il se serait produit plus tôt et il aurait été plus étendu.

Les postes de Maromandia, Andranosamonta et Befotaka ont protégé la région de Bejofo-Befiana de toute contagion et empêché la liaison du mouvement côtier avec celui de l'Ankaizinana.

La marche sur Bealanana a eu comme avantcoureur un effet moral qui a dû contribuer à ôter toute velleité de résistance à la rébellion devant le groupe venant du Nord.

Elle a enfin assuré, dans cette région, des moyens suffisants pour le rétablissement de la vie normale, par la reconstitution de la population des agglomérations, oeuvre qu'avait parfaitement entamée le capitaine Briand à l'arrivée des troupes du Sud.

Ce groupe a dû aussi surmonter les difficultés inhérentes à ce pays et à la saison, avec des tirailleurs enrôlés depuis peu de temps.

M. le commandant Mondon lui-même, quoique souffrant d'une blessure ancienne, n'hésita pas, grâce à son énergie, à endurer les marches les plus pénibles.

Le capitaine Briand venait de fournir des preuves incontestables de zèle, d'activité et d'intelligence. Il avait tiré, le meilleur parti de sa compagnie, presque entièrement formée de recrues sénégalaises dont l'instruction militaire était à peine ébauchée.

Opérations du groupe du Sud (Commandant Lamolle)

Situation générale. — Le 14 novembre au matin, M. le commis de résidence Pretrel, chargé du secteur de Mandritsara, faisait connaître les incidents de Bealanana au commandant du cercle d'Ambatondrazaka, qui en rendait compte aussitôt au Général en chef.

Mandritsara était fortement menacé de la contagion de la rébellion; il importait de renforcer au plus tôt la petite troupe de milice qui en formait la garnison.

Ordre était aussitôt donné au lieutenant de Fraysseix, officier de renseignementsdu cercle, de se porter avec une force de 2 Européens et 27 tirailleurs et miliciens, le plus rapidement possible, sur ce point pour l'occuper et répandre au loin qu'il était suivi de près par des troupes en nombre important.

Après une marche très rapide, cet officier arrivait à Mandritsara le 21 novembre.

Opérations militaires. — Il s'empressait d'organiser la défense de ce point, toutenprenant d'habiles et intelligentes mesures pour contrecarrer les tentatives d'embauchage que la rébellion avait déjà faites dans la région.

Il apprenait que des groupes rebelles s'étaient montrés sur la haute Sofia et menaçaient de leurs incursions les riches villages de ce pays.

Pour compléter ces renseignements, il faisait pousser une reconnaissance de ce côté par le sergent Moreau, qui atteignait le petit poste de milice d'Antsakabary, lequel était maintenu comme poste d'observation, tout en recevant la consigne de se replier devant l'invasion.

Le sergent Moreau refoula quelques postes avancés et apprit qu'une bande de 200 fusils tenait l'Ankaizinana et que le pays était en pleine révolte.

La reconnaissance revenait à Mandritsara par la rive gauche de la Sofia, laissant un poste à Andivoara, point de passage de la Sofia, sur la route de Mandritsara à Befandriana.

Pendant ce temps, le Général en chef donnait l'ordre au commandant Lamolle de se rendre à Mandritsara pour établir un solide barrage entre Mandritsara et Befandriana; il devait se porter ensuite au devant du mouvement de rébellion pour entraver sa progression et le refouler de manière à le circonscrire, en concertant ses mouvements avec les groupes du commandandant Mondon venant de l'Ouest et du capitaine Laverdure venant du Nord.

Deux compagnies malgaches et une pièce de 80 millimètres de montagne venant d'Imerina étaient mises à sa disposition pour ces opérations; elle comprenaient :

11e Compagnie du 1er Régiment Malgache :
Capitaine LÉGER;
Lieutenant PUJO ;
Sous-lieutenant ROUSSEAU;
5e Compagnie du 2e Régiment Malgache :
Capitaine JOURDAN;
Lieutenant HUARD;
Sous-lieutenant DAURIAT;
Pièce de 80 m/m de montagne :
Lieutenant PERALO.

Le commandant partit le 27 novembre d'Ambatondrazaka avec une escorte prélevée dans le  1er détachement qui passa à Ambatondrazaka, prenant ainsi les devants pour régler la marche des troupes venant en arrière et pour préparer leur emploi dès leur arrivée à Mandritsara.

Il arriva à ce point le 2 décembre et, après une marche très rapide, la 11e compagnie et la pièce de montagne y arrivaient à leur tour les 4 décembre (sous-lieutenant Rousseau), 5 décembre (lieutenant Pujo), 7 décembre (capitaine Léger et la pièce de montagne).

Pour exécuter les ordres reçus, le commandant envoyait le 6 décembre au matin, le sous-lieutenant Rousseau à Befandriana avec 50 tirailleurs, auxquels fut adjoint un détachement devant renforcer au passage le poste d'Ambodivoara.

Le sous-lieutenant Rousseau arrivait à Befandriana le 8 au soir. Il trouvait à ce poste M. l'inspecteur Rome qui y était arrivé le 28 novembre.

Le 6 décembre au matin, le sergent Moreau était envoyé à Antsakabary, avec 13 tirailleurs, pour renforcer ce poste d'observation et servir d'avant-garde au détachement du lieutenant Pujo, qui suivrait son mouvement dès son arrivée.

Le 7 au matin, les renseignements apprenaient. que les rebelles avaient envahi les villages du Nord du secteur de Mandritsara et M. Rome apprenait de son côté que la rébellion s'avançait vers Befandriana.

Le lieutenant Pujo, dès son arrivée, était dirigé sur Antsakabary avec 58 tirailleurs et 23 miliciens, suivant ainsi le sergent Moreau à un jour de marche.

Près d'atteindre Antsakabary, le sergent Moreau apprenant que les rebelles venaient d'enlever le poste de milice, faisait une marche de nuit et arrivait devant le poste le 8 au matin.

Il l'attaquait aussitôt, en délogeait les rebelles et leur infligeait des pertes sensibles.

Profitant d'une sortie du sergent Bovoary, qui avait confié la garde de son poste a quelques partisans, les rebelles, au nombre de 150, dont 80 armés de fusils, s'en étaient emparés et au moment où le sergent revenait en confiance, il était attaqué de ce point. Ce gradé ne put que se retirer, laissant les rebelles maîtres du poste, d'où le sergent Moreau les chassa dès son arrivée. Dans sa sortie, le sergent de milice avait eu un engagement dans lequel il avait infligé un échec à un parti ennemi.

Le 10 décembre le lieutenant Pujo arrivait à Antsakabary et il en repartait le lendemain pour Balanana. Dans cette marche, il balaya et dispersa la bande rebelle et il lui reprit 300 boeufs qu'elle emmenait à sa suite.
Il arrivait devant Bealanana le 13 décembre au matin et le lendemain de son arrivée, le capitaine Briand, commandant le ")oste, disposa du renfort que lui amenait le lieutenant Pujo pour nettoyer la région de Mangindrano, où se cachait le chef rebelle Karija.

Pendant que le détachement du lieutenant Pujo balayait la rive gauche de la Sofia, dans sa marche sur Bealanana, le commandant Lamolle, laissant le commandement de Mandritsara au capitaine Léger, avec une garnison suffisante, se dirigeait sur Befandriana pour marcher de ce point vers Bealanana par la rive droite de ce cours d'eau, de concert avec le lieutenant Pujo.

Cette marche combinée avait pour but de refouler les bandes vers Bealanana et de les rejeter sur les groupes du commandant Mondon et du capitaine Laverdure.

Parti le 9 de Mandritsara, avec un détachement de tirailleurs et la pièce de montagne, le commandant arrivait à Befandriana le 11.

A son arrivée, il apprit que, pendant la nuit du 9, une panique s'était produite à ce village par crainte d'une attaque du poste et que la population avait fui dans la brousse.

De sérieuses démarchesd'embauchageavaient été faites et des gens du Nord de Befandriana étaient déjà entrés dans le mouvement.

Des bruits faisaient connaître que nos troupes occupaient Bealanana.

Le 12, le commandant, laissant le commandement du poste au lieutenant Peralo, de l'artillerie de marine, dont la pièce aurait trop retardé la marche dans ce pays très accidenté, partait pour Bealanana avec un détachement de tirailleurs malgaches [sous-lieutenant Rousseau] et un détachement de 45 miliciens et partisans [inspecteur Rome].

Bien des hommes étaient absents des villages traversés; l'embarras des chefs était visible et tout était mis en oeuvre pour retarder la marche des troupes, afin de prévenir en avant les groupes qui auraient pu être surpris.

Çà et là, on rencontrait des campements, des traces récentes de passage de troupeaux et des débris d'animaux tués.

Le lieutenant Pujo a découvert plus tard que des villages entiers de la rive gaucbe du Maivarano s'étaient enfuis de ce côté. Il a même dû les y envoyer chercher par des reconnaissances, pour leur faire réintégrer leurs villages.

Deux groupes d'habitants de l'Ankaizinana furent découverts campés dans la brousse avec leurs troupeaux. Ils suivirent la colonne et revinrent dans leur village. On apprit dans la suite que ces habitants avaient pris part à l'attaque d'Antsakabary.

Le commandant arriva à Bealanana le 15 décembre, après avoir laissé dans les villages récemment abandonnés des invitations à les réoccuper au plus tôt, sans aucune crainte.

Le capitaine Briand était absent de Bealanana; il exécutait l'ordre du commandant Mondon de fouiller le canton de Mangindrano.

Le mouvement de soumission était commencé, parfaitement dirigé par le capitaine Briand, secondé par M. Mathieu; les premiers soumis étaient envoyés à la recherche des gens qui n'osaient pas encore rentrer.

Plusieurs fois dans la journée, on voyait des groupes d'aspect misérable se diriger vers le poste avec un petit drapeau français. Ils étaient ensuite renvoyés dans leurs villages.

La rébellion était disloquée, ses éléments dispersés; il fallait empêcher qu'ils ne se réunissent de nouveau.

Dansce but, le commandant laissa en entier le détachement du lieutenant Pujo à la disposition du capitaine Briand pour pouvoir parcourir le pays d'une manière incessante, hâter les soumissions et amener le désarmement de la population.

Le sous-lieutenant Rousseau et son détachement étaient envoyés à Antsakabary, pour établir une liaison sûre et solide entre ce poste et ceux de Bealanana, Mandritsara et Befandriana.

Le commandant Lamolle étant désigné par le Général en chef pour prendre la direction des provinces d'Analalava et de la Grande Terre, se mit ensuite en route pour Analalava où il arriva le 22 décembre.

Le commandement lui fut remis à la date du 23 décembre parle chef de bataillon Mondon.

Les opérations du groupe du Sud avaient eu pour résultats de maintenir les populations de Mandritsara et de Befandriana dans l'ordre, de refouler et de disperser les derniers groupes rebelles qui avaient fui l'Ankaizinana devant les troupes qui l'occupaient; d'amener à Bealanana une augmentation d'effectif qui permettait de battre le pays par de nombreuses patrouilles et de rendre impossible toute re constitution d'une bande (la troupe du lieutenant Pujo qui avait opéré longtemps contre Rabozaka était admirablement dressée pour ce rôle) ; enfin, d'établir un réseau de postes vers le Sud, qui rendrait impossible toute nouvelle velléité de désordres.

Les divers détachements venaient de parcourjr très brillamment et très vite des distances de 4 à 600 kilomètres. L'artillerie avait toujours suivi la marche de l'infanterie, surmontant tous les obstacles.

Situation à la fin de décembre 1898. La rébellion est disloquée et dispersée dans l'Est. Dans la région côtière, elle manque de cohésion et elle se dérobe devant les battues du groupe du capitaine Laverdure.

Dans le Sambirano, d'où le capitaine Laverdure est absent depuis un mois, on ne signale aucun acte d'hostilité.

Un malaise général règne dans la population.

C'est un état analogue à celui qui existait en Imerina, dès le commencement du rétablissement de l'ordre, après l'insurrection.

Les moyens qui ont si pleinement réussi làbas, sont tout indiqués pour être appliqués ici.

A la date du 23 décembre, le commandant du cercle organisait la province d'Analalava en six secteurs et il soumettait cette mesure à la haute approbation du Général en chef.

La bonne organisation administrative établie par le capitaine Toquenne ne subissait aucune modification; le commandant du cercle n'avait qu'à réunir ces divisions en secteurs militaires, qui étaient aussitôt pourvus d'un chef responsable.

L'action administrative devait s'exercer en apportant le moins de changement possible aux usages établis et avec le concours des autorités indigènes que les commandants de secteur et de sous-secteur devaient se borner à diriger et à contrôler.

L'action militaire devait s'exercer par des postes qui devaient être promptement établis; des patrouilles et des reconnaissances devaient parcourir sans cesse le pays, rassurer et rallier les populations, protéger les villages qui se reconstituaient, ne commettre aucune déprédation et assurer une liaison constante avec les postes voisins.

Le même jour, un service postal était organisé pour assurer des communications régulières avec tous les centres de secteurs.

Enfin, le 30 décembre, des tribunaux du 1er degré étaient organisés dans chaque secteur.

Le service de ravitaillement des postes était installé; des caisses administratives étaient placées aux chefs-lieux des secteurs et des instructions données pour le désarmement des populations.

Par arrêté du 15 décembre, la province d'Analalava et le cercle-annexe de la Grande Terre formaient le cercle d'Analalava. Opérations de pacification détaillées par secteur.

Secteur d'Analalava. — Une reconnaissance du lieutenant de Fraysseix parcourt la presqu'île Radama et détermine, à Ankarafa, l'emplacement d'un poste qui permet de rayonner sur toute la presqu'île et de se relier au chef-lieu du cercle d'Andranosamonta. Créé par le lieutenant Huard, ce poste est confié à un gradé actif et énergique, le sergent Richarville, qui parcourt le pays en tous sens, arrête les principaux fauteurs de désordre et rétablit un ordre complet.

Secteur d'Antonibe. — Le lieutenant Bruyère parcourt très activement son secteur; il nettoie principalement la presqu'île de Moromony, aidé dans sa tâche par le chef héréditaire Tandroka, qu'il associe intimement à sa tâche.

Les auteurs des désordres commis dans ce pays en septembre, ayant été arrêtés d'après les instructions de M. l'administrateur Guédè, sont jugés et condamnés à diverses peines.

Ce secteur turbulent est maintenant dans l'ordre.

Secteur d'Andranosamonta. — Les postes de Bejofo et d'Ankaramy sont créés, ce dernier établissant liaison avec le cercle-annexe de la Grande Terre et celui de Bejofo, assurant la police de la région Bejofo-Befiana.

Habilement commandé par le capitaine Briand, ce secteur jouit maintenant d'une complète tranquillité. Dans d'incessantes reconnaissances, des malfaiteurs ont été arrêtés.

Les affaires ont repris leur cours normal.

Secteur de Bealanana. — Ce secteur, commandé jusqu'au 15 janvier par le capitaine Briand et depuis par le lieutenant Pujo, a maintenant recouvré sa tranquillité.

Des postes ont été établis à Mangindrano et Ampanompia, reliant Bealanana au poste de Marotoalana.

L'établissement du poste d'Ampanompia a fait débusquer les derniers groupes rebelles, pouvant aller et venir du Sud au Nord du cirque de l'Ankaizinana.

Le mouvement de reconstitution des villages et les opérations de désarmement, commencées si heureusement par le capitaine Briand, ont été achevés par le lieutenant Pujo qui a fait preuve, dans ces opérations, des plus sérieuses qualités.

Il a su aller débusquer les habitants des forêts ou des villages des secteurs voisins, les faire rentrer et obtenir la liste de tous les détenteurs d'armes qui les ont rendues presque en totalité.

Aujourd'hui sa population est à peu près re-constituée et il a été versé 288 fusils.

Secteur de Mandritsara. — Les gens de ce secteur qui avaient fui devant la rébellion sont revenus dans leurs villages et quelques isolés de Bealanana, qui s'y cachaient, ont étérenvoyés chez eux.

Par une excellente administration, le capitaine Léger a remis sa population en confiance et les affaires ont repris partout dans ce riche secteur.

Secteur de Befandriana. — Ce secteur donnait asile aux habitants de quelques villages de l'Ankaizinana; M. Pujo, de concert avec le lieutenant Peralo, commandant ce secteur, a su les découvrir et leur faire rallier leur pays.

En résumé, la tranquillité a été partout rétablie, grâce à l'intelligence et à l'activité des officiers et des excellents cadres européens de la 11e Cie du 1er Malgache, de la 2e Cie de marche du régiment colonial et du détachement d'artillerie.

Toutes les difficultés occasionnées par la saison pluvieuse ont été surmontées, malgré les fatigues supportées et les dangers courus dans les passages de cours d'eau.

Dans le cercle-annexe de la Grande Terre, l'arrivée de la 5e Cie du 2e Malgache a permis au capitaine Laverdure d'établir l'occupation de son cercle et d'en faire l'organisation.

Toutes les archives administrativesdela Grande Terre ayant été incendiées à Ambalavelona, la tâche du capitaine Laverdure a été rendue des plus laborieuses. Tout était à reconstituer.

L'organisation de ce cercle comprend 3 secteurs :

1° Le secteur d'Ambatorangana,comprenant le territoire de Tsialana ;
2° Le secteur du Sambirano, comprenant le territoire de Tsiarasso ;
3* Le secteur d'Ampasimena, comprenant le territoire de la reine Binao.

Le chef-lieu du cercle-annexe a été placé à Ambato.

Un poste commandé par un officier a été établi près de chaque roitelet pour diriger l'adminislration suivant les usages particuliers de ces populations.

Les postes ci-après sont créés :

te Dans le secteur d'Ambatoarangana : Ambatoarangana, Ironono, Ampabiantambo el Beramanza. Ce secteur est en liaison avec les postes de la province de Diégo-Suarez.
2° Dans le secteur du Sambirano; Ambato et Ambanja;
3° Dans le secteur d'Ampasimena. Ampasimena, Anorontsangana et Ambodinadiro; ces deux derniers postes sont en liaison avec les postes Nord de la région côtière d'Analalava.

Le service postal et la justice indigène sont établis dans le cercle-annexe et l'organisation administrative est en voie de révision pour être définitivement établie.

Le capitaine Laverdure considère l'ordre comme rétabli dans son cercle; la reconstitution des villages est à peu près complète.

Toutefois, la surveillance de son territoire est très délicate. Il a à dominer la puissance occulte des rois du pays; sa population est très indépendante, la région n'ayant jamais eu d'occupation militaire. Les indigènes sont détenteurs d'une grande quantitéd'armes qu'ils se procuraient facilement, avant notre conquête, à Nossi-Bé et à Diégo.

Les gens de Binao viennent de rendre 450 fusils de divers modèles et plus de 500 sagaies au capitaine Jourdan.

Les gens de Tsiarasso et surtout ceux de Tsialana doivent en détenir un plus grand nombre encore.

La sécurité complète de ce pays ne pourra donc être réellement garantie que lorsque le commandant du cercle-annexe aura fait rendre ces armes.

Ce ne sera pas oeuvre facile, car les Antankaras tiennent beaucoup à parader armés.

Les qualités militaires dont vient de faire preuve le capitaine Laverdurefontespérer qu'il mènera à bien cette tâche, couronnement de l'action fructueuse qu'il a déjà exercée dans son cercle.
 
Analalava, le 26 Mars 1899.
Le Chefde bataillon,
LAMOLLE.

Conclurions. — Il ressort, en résumé, du rapport ci-dessus du commandant Lamolle comme des derniers télégrammes qu'il a envoyés, que la tranquillité est redevenue complète dans le Nord-Ouest de l'île.

La mise en valeur de cette région, où de nombreux colons ont demandé et obtenu des concessions, va donc pouvoir reprendre activement son cours.

On sait que cette partie de l'île est une de celles qui donnent le plus d'espérances.

Il y existe des forêts dont l'exploitation est facile, grâce aux voies fluviales qui sont navigables sur une longueur notable à partir de leur embouchure.

Le sol et le climat se prêtent à la culture du caoutchouc et de la vanille. Enfin, les terrains d'élevage sont vastes et les troupeaux de boeufs nombreux. Toutes ces conditions réunies permettent de supposer que le développement économique de la province d'Analalava et du cercle de la Grande-Terre sera rapide.

Discours à la Cérémonie du 155e anniversaire du combat de Camerone

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Aubagne, lundi 30 avril 2018


Officiers, sous-officiers, caporaux-chefs, caporaux, clairons et légionnaires,

La Légion étrangère commémore ce matin le combat de Camerone, ici à Aubagne, dans les régiments étrangers en métropole et outre-mer, dans les unités engagées en opérations en Afrique et au Levant, et dans le monde entier où les associations d’anciens de votre troupe glorieuse font vivre la mémoire de l’un des plus hauts faits d’armes de notre histoire militaire.

Camerone témoigne en effet des plus belles vertus militaires : le courage qui permit à ces hommes de se dépasser et d’entrer dans la légende ; la volonté de faire face et de ne pas subir ; la fidélité à la parole donnée car c’est l’honneur du soldat ; l'esprit de sacrifice enfin, qui pousse les légionnaires à charger à la baïonnette un ennemi trente fois supérieur en nombre, alors qu’ils savent qu’ils vont mourir.

Camerone dit également une part de ce que vous êtes aujourd’hui, 155 ans après ce combat, tant il est vrai qu’il constitue toujours le socle de la Légion étrangère : une troupe où chaque légionnaire est un combattant, une troupe robuste pour laquelle la mission est sacrée, une troupe où le dépassement de soi et le sens du collectif sont l'exigence du quotidien.

Votre histoire n’était pourtant pas écrite d’avance. Et il fallut, tout au long de ces 187 années depuis votre création par Louis-Philippe en 1831, l’intelligence de vos chefs, une sorte de génie militaire français aussi, pour réussir cette alchimie parfaite de près de 150 nationalités, et forger ainsi une troupe de combattants parmi les plus réputés au monde. Il fallut surtout l’audace, la générosité et le courage des légionnaires, de vos anciens, qui un jour ont choisi comme vous un nouveau départ, choisi de servir un pays qui n’était pas le leur, choisi de servir un idéal.

C’est avec un immense respect que je m’incline devant vos drapeaux et étendards qui portent dans leurs plis le sacrifice des 40 000 légionnaires tombés pour la France, en servant la Légion, votre patrie. Legio patria nostra.

Au milieu de vous, sur cette place d’armes du quartier Viénot, je suis honoré de célébrer Camerone et heureux de vous témoigner l’affection et la gratitude des Français.

Car la Légion étrangère dit en réalité beaucoup sur la France, sur ses valeurs, sur son armée. Elle dit d’abord qu’il n’est pas de grand destin sans engagement, sans effort, sans éducation, sans volonté, sans idéal. Elle dit aussi qu’il n’est pas de grande réussite sans confiance, sans ouverture, sans capacité à s’adapter aux réalités du monde et aux soubresauts de l’histoire. Elle dit finalement l’importance du collectif, de la discipline, des forces morales et de la profonde dimension humaine dans les grandes aventures.

C’est ce subtil équilibre que vous incarnez dans votre esprit de corps, qui forge votre identité, pour vous préparer à « faire Camerone », vous aussi, si un jour la situation l’exigeait.

A la Légion, solidarité n’est pas un vain mot ; il est même au cœur de tout. « Tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés » dit le code d’honneur du légionnaire. Et ce sont ceux, qui hier comme aujourd’hui, ont été blessés au combat et ceux qui ont secouru leurs frères d’armes blessés dans leur chair, que nous honorons aujourd’hui.

Médecin, infirmier, auxiliaire sanitaire, anciens prisonniers ou blessés avanceront devant nous dans quelques instants, entourant le médecin-colonel Jean-Louis Rondy, qui porte la main du capitaine Danjou.

Cette main articulée en bois est un beau symbole : relique de Camerone, c’est aussi la main qui guide le plus jeune, qui secoure, qui empoigne le camarade blessé pour l’extraire du combat, qui soigne et qui accompagne sur le chemin souvent long et douloureux du rétablissement.

En commémorant Camerone, je pense à nos blessés et spécialement à vos camarades touchés lors de l’attaque de leur poste à Tombouctou le 14 avril dernier. Je pense à tous vos frères d’armes qui eux aussi font face à ce combat sur leur lit d’hôpital, soutenus et soignés par un service de santé des armées dont l’action est exemplaire, et qui paye lui aussi le prix du sang au combat.

Je m’incline avec respect devant la mémoire des militaires morts pour la France cette année, qui sont allés au bout de leur mission, et spécialement le caporal Bogusz Pochylski et le sergent Anthony Paiba Valverde.

Je pense aussi au colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, dont l’héroïsme a sans aucun doute à voir avec l’esprit de Camerone.

Je pense enfin à ce beau poème de Pascal Bonetti, officier d’artillerie lors de la 1ère guerre mondiale : « qui sait si l’inconnu qui dort sous l’arche immense, mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé, n’est pas cet étranger devenu fils de France, non par le sang reçu mais par le sang versé ». Et je me réjouis de la remise de deux décrets de naturalisation par le sang versé à vos deux camarades dans quelques instants.

L’évocation de nos morts et de nos blessés m’amène à vous dire combien, face aux défis du monde, sous l’autorité du Président de la République, le Gouvernement est mobilisé pour une France forte et lucide, où la crédibilité militaire que vous incarnez est une pierre angulaire de notre défense et de notre sécurité.

C’est cette exigence que portent la ministre des armées et le chef d’état-major de l’armée de Terre, comme ils portent celle de l’attention à nos blessés, à leurs familles, et plus généralement à la condition du personnel, et j’y suis très attentif, car il n’y a pas de combat victorieux à l’avant sans un soutien efficace à l’arrière.

Sur ces deux fronts, la Légion étrangère se trouve aussi aux avant-postes, et d’une certaine façon, a toujours su montrer le chemin. More majorum.

Chers légionnaires, la Nation française vous admire ! Soyez fiers et continuez de servir avec honneur et fidélité.

Vive la Légion étrangère, vive la République, vive la France !

Critiques du film de Cheyenne - Marie Carron

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