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Maurice Genevoix : qui est cet écrivain qui va entrer au Panthéon ?

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Par Hélène Combis 06/11/2018

Pour rendre hommage à la "nation combattante", Emmanuel Macron souhaite faire entrer Maurice Genevoix au Panthéon en 2020. Découvrez qui était cet écrivain, prix Goncourt, académicien, réformé en 1915 et devenu une voix de la Grande Guerre.

Maurice Genevoix, poète-romancier, en avril 1980, France.

Maurice Genevoix, poète-romancier, en avril 1980, France. Crédits : Micheline PELLETIER/Gamma-Rapho - Getty

Son recueil de guerre, Ceux de 14, publié en 1949, est l'un des principaux témoignages sur la Grande Guerre. Normalien, lauréat du prix Goncourt en 1925 pour son roman Raboliot qui relatait la vie d'un braconnier de Sologne, académicien, Maurice Genevoix était l'un des rares écrivains rescapés de 14-18. Sa dépouille sera transférée au Panthéon, à Paris, en 2020. C'est Emmanuel Macron qui l'a annoncé ce 6 novembre à l'occasion des commémorations du centenaire de l'armistice, lors de son passage aux Eparges, dans la Meuse.

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Un nostalgique de l'enfance et un aède de la nature

Né dans la Nièvre en 1890, Maurice Genevoix grandit à Châteauneuf-sur-Loire, où ses parents s'étaient installés pour reprendre une mercerie/épicerie familiale. Le petit garçon perd sa mère alors qu'il est âgé de douze ans, et en garde une tristesse profonde qu'il exprimera notamment dans quelques-uns de ses romans comme Fatou Cissé (1954), écrit après un voyage en Guinée, dont le protagoniste est une femme et une mère.
Malgré tout, l'écrivain conservera de son enfance une nostalgie émerveillée, comme il en témoigne en 1960 dans son texte autobiographique Jeux de glace :

Il suffit que j'y songe encore pour retrouver une très lointaine ivresse : de joie de vivre, d'augmentation de l'être, de capiteux et éternel printemps. Et comment me tromper à ce délicieux vertige ? C'est l'enfance !

Après avoir brillé au certificat d'études, Maurice Genevoix devient élève du lycée Pothier, à Orléans, puis au lycée Lakanal à Sceaux, avant d'intégrer l'Ecole normale supérieure. Celui qui entre à l'Académie française en 1947 est l'auteur d'une oeuvre romanesque abondante qui célèbre notamment la nature harmonieuse du Val-de-Loire : ainsi, le personnage principal de son premier roman Rémi des Roches, paru en 1922, n'est autre que la Loire, contemplée par Rémi, un homme simple au cœur grand. Maurice Genevoix a signé en tout plus de trente romans, mais il reste surtout dans les mémoires pour son témoignage d'ancien combattant, relaté à travers cinq volumes écrits entre 1916 et 1923 : Ceux de 14. Publié en 1947, ce document est considéré comme l'un des plus précieux sur la vie des soldats de la Première Guerre mondiale.

Témoin rare de la Grande Guerre

Dans une archive de novembre 1978, sur France Culture, Maurice Genevoix se confiait de façon marquante, sur ses souvenirs du front et le sentiment de ce "vide glacial". C'était sur France Culture, dans l'émission "Centres de gravité", au micro de Jean Montalbetti.

Écouter Maurice Genevoix sur la Première Guerre mondiale_Centres de gravité, 13/11/1978

Réformé suite à de graves blessures subies en 1915, alors qu’il commandait une compagnie en tant que lieutenant d’infanterie, c'est après s'être réfugié à Châteauneuf que Maurice Genevoix avait commencé à écrire “Sous Verdun” et “Nuit de guerre”, les deux premiers récits de Ceux de 14. Âgé de 88 ans, six décennies plus tard, il témoignait depuis un petit village orléanais, pour France Culture, de la manière dont la Grande Guerre avait été vécue par lui et les jeunes de sa génération :

Nous sommes partis, avec beaucoup d’illusions bien entendu… un choc psychologique décisif : tout ce à quoi nous croyions, toutes les valeurs auxquelles nous étions voués puisque nous étions de futurs enseignants, vous comprenez… on avait l’impression qu’elles étaient toutes, sans exception, remises en cause. Que tout ce qu’on nous avait enseigné devenait caduc. [...] C’était la mort d’une certaine civilisation que nous ne jugions pas mais qui nous avait formés dans une large mesure. Par conséquent, nous étions en quelque sorte en sursis, dans une espèce, non pas de mort provisoire, mais de table rase.

Et quelle fut alors la réaction patriotique de celui qui se savait appartenir à "la génération de la revanche" ? Dans cette émission, il confiait à Jean Montalbetti son dégoût face aux "philippiques enflammées" du poète et romancier nationaliste Paul Déroulède, qu'il avait entendues au printemps 1914, à l’ossuaire de Champigny : "Je n’aurais pas été jusqu’à dire : 'Pardonnez-lui Seigneur car il ne sait ce qu’il fait'. Ce qu’il disait il le savait peut être mais ce qu’il faisait il ne s’en rendait à coup sûr pas compte. [...] J’ai eu tout de suite le sentiment très vif que nous allions vers une immense stupidité, que nous étions partis dans cette histoire, et je crois que la réaction des meilleurs de cette génération a été d’espérer : 'Au moins, que ce soit la dernière. Nous allons peut être y rester mais nous aurons servi à quelque chose parce qu'après, liquidée cette histoire-là.'"

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Il se rappelait une jeune génération plus ou moins politisée, mais qui vivait dans tous les cas "intensément" :

Il y avait à l’école des garçons de l’Action française, des Juifs, des pratiquants catholiques qu’on appelait les “talas” parce qu’ils vont-”T-à la messe”, et puis des gens d’extrême gauche, de bons radicaux traditionnels, mais aussi des socialistes, des énergumènes de gauche. A cause de cette présence parmi nos rangs, il y a eu des manifestations de l’Action française dans la rue d’Ulm. Si vous voulez savoir quel était mon sentiment à cet égard, j’étais du parti de ceux qui mettaient en batterie le serpent de mer et arrosaient indistinctement la droite et la gauche. Je dois vous dire que ceux qui étaient le plus résolus, par haine de la guerre et désir d’y mettre fin, c’était les gens de gauche, beaucoup plus froidement que les patriotes de droite dont la réaction était un peu déroulédienne si j’ose dire : la revanche. Parmi les instituteurs de bourgade et de village, n’oubliez pas que le livre de lecture courante était 'Le Tour de la France par deux enfants', que l’Alsace-Lorraine était présente à la ligne bleue des Vosges, et toutes ces histoires-là…

"On savait que sous dix centimètres de glaise c’était un mort sur lequel on s’asseyait"

Lorsqu'il commence à écrire Ceux de 14, après avoir été réformé en 1915, Maurice Genevoix se voit conférer par son entourage une réputation de "mauvais esprit" : "J’estimais que j’avais le droit de parler, au nom de l’expérience douloureuse, et que certaines illusions de l’arrière, bien intentionnées d’ailleurs, pas du tout révoltantes, mais dommageables à bien des égards, méritaient tout de même de s’amender au contact de témoins réels directs qui avaient quelque chose à dire."

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Il relatait notamment dans ce recueil l'épisode de la butte des Eparges où, âgé de 25 ans, il fut touché par trois balles, deux dans le bras et une à la poitrine. De part et d'autre de ce flanc de colline de 1 200 mètres de long, entre le 17 février et le 11 avril 1915, vingt mille hommes périrent, racontait-il : dix mille Français, et dix mille Allemands, soit "vingt morts au mètre courant" :

Nous étions rodés, blindés, il y avait un pied qui dépassait de la glaise, on accrochait sa musette ou son équipement en passant. On s’asseyait sur des boursouflures du sol qui faisaient un peu banquettes mais on savait que sous dix centimètres de glaise c’était un mort sur lequel on s’asseyait. Malgré cette familiarité, ou à cause d’elle, nous avions le sentiment que nous étions vraiment condamnés à mort. Quand j’ai voulu déposer, j’ai tenu absolument à me mettre d’instinct d’abord, puis d’une façon tout à fait délibérée, au service d’une vérité bonne à dire, et, parlons littérairement, par elle-même tellement intense, tragiquement colorée, pathétique, que ce n’était pas la peine d’affabuler, d’arranger, que c’était même coupable. C’était gauchir, mentir dans une certaine mesure.

De la Grande Guerre, la France sortit amputée de 20% de sa génération active : "La génération du feu n’avait pas eu l’occasion de s’exprimer, d’imprimer sa marque à l’évolution de l’histoire en train de se faire..." analysait Maurice Genevoix :

Quand ils sont revenus, à cause de ces trous épouvantables, de cette fatigue, ce désir de se remettre en forme et de s’adapter, à cause de cela, ils ont laissé à la génération antérieure le temps de s’organiser et d’éliminer la génération du feu car au fond, il ne faut pas se faire d’illusions, on a été considérés tout de suite avec inquiétude, méfiance, peut être du fait des mutineries. Enfin, il y a eu de la part des gens en poste, en place, et détenteurs des responsabilités, une sorte de panique inavouée à l’idée du retour des anciens combattants. Donc cette génération, non par sa faute, a été carencée.

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