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2018

"Merci, mon colonel" : l'hommage de Robert Badinter au "sacrifice" d'Arnaud Beltrame

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https://www.francetvinfo.fr/

publié le 01/04/2018


Face à la caméra de "19h le dimanche", l'ancien garde des Sceaux loue l'acte héroïque du gendarme Arnaud Beltrame, le 23 mars, qui a sacrifié sa vie pour sauver celle d'une otage, lors de l'attaque terroriste du supermarché de Trèbes (Aude).

Il est celui qui a aboli la peine de mort en France. A tout juste 90 ans, l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter a choisi de rendre un vibrant hommage au colonel Arnaud Beltrame, tué à Trèbes (Aude) le vendredi 23 mars, en sacrifiant sa vie au profit de celle d'une otage durant l'attaque jihadiste d'un supermarché.

Devant la caméra de France 2 pour "19h le dimanche", Robert Badinter salue ainsi dans le geste d'Arnaud Beltrame "la plus noble expression de la fraternité". "C'est pour épargner la vie d'innocents qu'il a donné la sienne. Que son souvenir demeure vivant à travers les générations. Il a servi la cause de l'humanité toute entière. Merci, colonel !", conclut l'ancien ministre. Franceinfo reproduit ci-dessous in extenso son hommage.

L'hommage de Robert Badinter à Arnaud Beltrame :

"Que le colonel Beltrame soit mort en héros, les hommages et les larmes de tant de Français de toutes origines et de toutes conditions l'ont proclamé. Un héros est en effet celui qui accepte de donner sa vie pour servir son idéal. Mais au-delà de cette grandeur, on doit s'interroger sur le sens de ce sacrifice, sur la cause pour laquelle il choisit de mourir, car il est des causes qui font horreur.

Ainsi en est-il du terrorisme. Le jihadiste qui se fait exploser au milieu de ces victimes innocentes commet un acte monstrueux. Mais pour les partisans de son idéologie, il est un martyr. Assassin pour nous, martyr pour les siens : c'est pourtant du même homme et du même acte dont il s'agit.

Dès lors, s'agissant de notre héros le colonel Beltrame, il faut, pour prendre la mesure de son sacrifice, dégager le sens de son action. Le colonel Beltrame est mort parce qu'il a donné sa vie pour sauver d'autres vies. C'est la plus noble expression de la fraternité. Son sacrifice est à l'opposé du crime du jihadiste, qui meurt pour que d'autres êtres humains périssent avec lui ou à cause de lui.

Comme les fascistes espagnols, hurlant jadis dans les ruines de Tolède "Viva la muerte !", c'est au culte de la mort que le jihadiste se voue. Le colonel Beltrame, lui, agit à l'opposé. C'est pour épargner la vie d'innocents qu'il a donné la sienne. Que son souvenir demeure vivant à travers les générations. Il a servi la cause de l'humanité toute entière. Merci, mon colonel !

Robert Badinter."

Le sacrifice du colonel Beltrame au cœur du message pascal

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le 01 avril 2018

A l'occasion du week-end de Pâques, qui célèbre le sacrifice du Christ, de nombreux curés vont rendre hommage au colonel mort dans les attentats de Trèbes.

Le geste prend tout son symbole à Pâques. Une semaine après la mort du colonel Arnaud Beltrame, qui s'est substitué à une otage lors de l'attentat de Trèbes, de nombreux curés souhaitent rendre hommage à ce sacrifice. Le père de l'église Saint-Louis à Strasbourg, parlera du gendarme devenu héros national. "Nous, chrétiens, nous savons qu’il y a l’espérance de Pâques qui est au bout du chemin, évoque-t-il. Cette lumière, cette foi intérieur pour soutenir le colonel Beltrame au moment ou il allait donner sa vie en sacrifice."

"C'est un véritable vendredi Saint". Le curé de Saint-Pierre Le Vieux, toujours à Strasbourg, ne dit pas autre chose. "L’exemple pour nous, c’est le Christ, qui donne sa vie par amour, donc ce n’est pas le colonel Beltrame notre exemple, souligne-t-il. Mais cela fait partie des images qui nous sont données pour nous dire la manière qu’a le Christ pour donner sa vie. Quand on est chrétien, au vendredi Saint et à Pâques, on se dit : et si moi cela m’arrivait qu’est ce que je ferais, est ce que j’irais jusqu’au bout de ma foi , est ce que je donnerais ma vie pour un autre." L'évêque aux Armées, Monseigneur Antoine de Romanet, a déclaré, en parlant du geste du colonel : "C'est un véritable vendredi Saint, il ne manque plus que Pâques."

Sur le même sujet :

A quoi pourrait ressembler le service national version Macron ?

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https://maze.fr/
31 mars 2018 par Kevin Dufreche

Emmanuel Macron l’a confirmé le 13 février dernier : le service national promis pendant la campagne présidentielle sera universel, et obligatoire. Mais difficile pour l’instant d’en cerner les véritables contours.

Le président de la République veut mettre les jeunes Français·e·s au garde-à-vous. En tous cas, c’est ce qui figurait dans le programme présidentiel du candidat Macron.

« Nous créerons un service militaire obligatoire et universel d’un mois.

Il s’adressera aux jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge et devra intervenir dans les 3 ans suivant leur dix-huitième anniversaire. L’accès aux métiers de la défense en tant que militaire d’active ou dans la Garde Nationale en sera facilité. Cela permettra aussi de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobilisable, complémentaire de la Garde Nationale. » – Extrait du programme présidentiel d’Emmanuel Macron

Obligatoire ou pas ?

Mais cette promesse claire et précise exprimée pendant la campagne a depuis beaucoup évolué. Les ministres des Armées, Florence Parly, et de l’Intérieur, Gérard Collomb ne disant pas la même chose pendant un temps, la première affirmant que le service national ne serait pas obligatoire, et le second de la contredire quelques jours plus tard. Finalement le Président a tranché, enfin, à moitié, en parlant d’un service national avec « une partie obligatoire ». C’est ce qu’il a affirmé lors d’une rencontre sans micros ni caméras avec les journalistes de l’Association de la presse présidentielle le 13 février. Une « partie obligatoire » sur un mois de service national ? Compliqué.

Quelle durée ?

D’un mois dans la proposition initiale, Emmanuel Macron, toujours au cours de sa rencontre avec les journalistes de la presse présidentielle, a plaidé pour un service de « trois à six mois ». Ce qui n’aurait évidemment pas le même impact en terme de coût pour cette mesure, évaluée déjà à environ trois milliards d’euros pour un mois de service obligatoire. Alors question : parle-t-on vraiment d’un service militaire, en caserne, comme avant ?

Combien ça coûte ?

Selon plusieurs estimations, un service national militaire obligatoire d’un mois pour toute une classe d’âge coûterait aux alentours de trois milliards d’euros à l’Etat, ce qui n’est pas rien lorsque l’on sait que le gouvernement veut absolument rentrer dans les clous des engagements européens en terme de budget. Le budget de la Défense doit atteindre selon les promesses du président de la République 2% du PIB d’ici à 2025. De 34 milliards d’euros en 2018, il va pour sûr augmenter d’1,7 milliard chaque année jusqu’en 2022. Pas assez pour financer le service national, d’autant que les armées ont d’autres priorités, mais pour le moment, aucune date n’a été fixée pour la mise en place de ce service.

Militaire, civil… ou les deux ?

Dans la proposition de campagne, on lit bien : « un service militaire obligatoire ». Et bien d’après le Président désormais, il n’en est rien. « Ce service n’est pas un service militaire, même si j’ai souhaité qu’on puisse y prévoir l’ouverture à la chose militaire, c’est pour cela qu’il est national », a-t-il expliqué, cité par Le Figaro, toujours au cours de sa rencontre avec les journalistes du 13 février. Emmanuel Macron a donc précisé que ce service national pourrait aussi être civique, et que le caractère militaire, lui, ne serait pas obligatoire. Le service national pourrait donc se faire dans d’autres services de l’Etat, ou bien dans des associations.

En 2016, 6 ans après sa mise en place, 130.000 jeunes avaient effectué un service civique. © Gouvernement

Mais alors, quid du service civique ? Mis en place par Martin Hirsch sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2010, il permet à un jeune entre 16 et 25 ans de réaliser une mission d’intérêt général dans une association, un service de l’Etat ou une collectivité, à condition que celle-ci ne soit pas la substitution d’un poste salarié, et qu’elle s’effectue contre une rémunération d’environ 600€. Les missions de service civique peuvent durer entre 3 et 12 mois. Et surtout, le service civique repose sur le volontariat, une notion beaucoup mise en avant dans le monde associatif, plutôt contre le principe d’un service national obligatoire, mais qui plaide pour un développement accru du service civique.

Un rapport parlementaire qui dérange

C’est aussi un peu le sens du rapport cosigné par les députées Marianne Dubois (Les Républicains) et Emilie Guerel (La République en Marche), qui plaident pour un service national facultatif. Elles plaident en fait pour « un parcours citoyen », tout au long de la scolarité, composé de plusieurs phases, dont certaines obligatoires, notamment un « rite de passage républicain » : à 16 ans, chaque Français·e aurait une semaine consacrée à la défense et à la citoyenneté (contre une journée actuellement), et se verrait à la fin remettre un passeport citoyen. Les rapporteures évoquent deux hypothèses : une semaine en internat avec un programme commun à tous, pour « se faire rencontrer les jeunesses de France » ; ou une semaine dans une association ou dans un service public.

Le fait est que ce rapport met l’accent sur l’aspect citoyen, plutôt que sur le militaire, et insiste aussi sur l’incitation à l’engagement, plutôt que d’obliger. Le rapport propose « d’accompagner la montée en puissance des dispositifs d’engagement existants », comprenez développer le service civique, le service volontaire européen, l’engagement associatif, les sapeurs-pompiers volontaires…

Mali : Jean-François Ferlet à propos de la lutte contre le terrorisme: « la France a échoué au Mali »

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http://maliactu.net/
31 mars 2018


Prolongement, enlisement, échec sont les termes de plus en plus utilisés pour qualifier la présence des troupes françaises dans notre pays, cinq ans après l’arrivée de Serval remplacé par Barkhane en 2013.

Après les propos controversés du chef d’état-major des armées devant les parlementaires, le patron du renseignement militaire français, le Général Jean-François Ferlet, luis aussi, ne se gêne plus d’admettre que l’armée française s’embourbe au Sahel et qu’elle ‘’n’enregistre aucune victoire sur le terrain des opérations’’.

Dans sa réponse à un député qui l’interrogeait dans le cadre de la commission Défense du Parlement et rapportée par le journal L’Opinion, le Général Jean-François Ferlet, a affirmé que la présence française au Mali n’a fait qu’aggraver la situation.

« Certains éléments nous font penser (…) que la tendance n’est pas bonne. Si le nombre d’incidents sécuritaires n’augmente pas, nous constatons néanmoins un déplacement vers le Sud, dans une région beaucoup plus peuplée, notamment par les Peuls, où le potentiel de déstabilisation est plus important que celui causé par quelques Touareg djihadistes en plein désert », a-t-il révélé.

Cet officier, qui a passé une année au nord du Mali, explique que la population peule, « traversée par un sentiment de frustration ou par l’impression d’être maltraitée par le pouvoir central », pourrait rallier les groupes terroristes, bien qu’elle ne soit pas « fondamentalement djihadiste ».

Le directeur du renseignement militaire a laissé entendre que la lutte contre le terrorisme dans la région souffre d’un manque de coordination. Selon Jean-François Ferlet ne manque pas de jeter la pierre dans le jardin de l’Algérie, le grand voisin du Mali, pour sa « volonté de travailler ensemble », admettant que l’action française au Sahel est obsolète tant que la France persiste à imposer sa logique.

L’officier supérieur français n’est pas le seul à relever le manque d’efficacité de l’armée française que les décideurs politiques ont engagée dans l’opération Barkhane pour contrer les groupes islamistes armés qui infestent le nord du Mali.

‘’algerie patriotique’’ rapporte que des opérations ont été menées récemment au plus près de la frontière algérienne pour tenter d’éliminer le chef terroriste Iyad Ag Ghali.

Pourtant, nombre d’observateurs suspectent que le bombardement « par erreur », effectué dans la nuit du 23 au 24 octobre dernier, par les troupes françaises d’un camp de l’armée malienne à Abeïbara, qui a coûté la vie à 11 soldats maliens, ait eu pour but de sauver Iyad Ag Ghali, l’actuel chef du groupe terroriste Nosrat Al-Islam, poursuit-il.

Dans une récente révélation du chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, disponible, jeudi dernier, en ligne, les problèmes sécuritaires au Mali ne peuvent pas être réglés en moins de 10, voire 15 ans. Le général Lecointre en rassurant les parlementaires français qu’il n’y ait pas d’enlisement des forces Barkhane au Mali, malgré la persistance des attaques djihadistes dans plusieurs localités du pays, 5 ans après les avoir chassés ou dispersés de leurs principales zones de refuge.

Pour rappel, la France, l’ex-puissance coloniale, avait envoyé 3 000 hommes au Mali en janvier 2013 afin de stopper la progression des terroristes islamistes armés et soutenir l’armée et l’État maliens, en désuétude.
En 2014, un an et demi après le lancement de Serval, Jean-Yves Le Drian avait estimé que l’opération était « de fait terminée » et avait « rempli sa mission ». Le ministre de la Défense avait alors annoncé le redéploiement des 3 000 soldats français, toujours chargés de lutter contre le terrorisme, sur une zone d’opération plus large, la région sahélienne. L’opération Barkhane, sorte de prolongement de Serval donc, se trouve à l’heure actuelle toujours en cours.

Serval, affirmait le président François Hollande, le 15 janvier 2013, avait trois objectifs : mettre fin à « l’agression terroriste », « sécuriser Bamako » et « permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale ».
Si les deux premiers objectifs ont été clairement atteints, on est bien loin du compte en ce qui concerne le troisième, même cinq ans après !

Bien au contraire, en janvier 2013, l’armée française a interdit à l’armée malienne de prendre position dans certaines localités du nord du Mali pour permettre à ses protégés du MNLA (Mouvement national de Libération de l’Azawad) de s’installer dans la région de Kidal. Elle a également empêché l’armée tchadienne de désarmer les rebelles Touaregs.

Malgré les efforts en cours par le gouvernement du Mali et ceux des États du Sahel dans le cadre de la mise en place de la force G5 Sahel de quelque 5000 éléments, il ressort lors d’une récente audition parlementaire du chef d’état-major des armées françaises qu’il faut nécessairement encore 10 à 15 ans à Barkhane pour régler les problèmes sécuritaires au Mali. En effet, pour tenter de lutter plus efficacement contre les groupes djihadistes, cinq États de la région (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad) ont mis sur pied la force du G5 Sahel, qui devrait compter 5 000 soldats d’ici à la mi-2018, et qui bénéficie sur le terrain de l’appui des forces armées françaises.
Par Sidi Dao

Histoires 14-18 : Charlot soldat

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Publié le 29/03/2018

© Chaplin Office/« Shoulder Arms » de Charles Chaplin Motion Picture : Roy export SAS All Rights Reserved/MK2/US Government Archives

© Chaplin Office/« Shoulder Arms » de Charles Chaplin Motion Picture : Roy export SAS All Rights Reserved/MK2/US Government Archives

Faire un film sur la guerre, pendant la guerre, et humoristique de surcroît il fallait oser.
Seul le grand Charlie Chaplin pouvait relever le défi. Cela donne en 1918, « Shoulder arms », traduit en français par « Charlot soldat » ou la vie quotidienne d’un bleu au front qui commet des actes héroïques.

Depuis la création de son personnage de vagabond maladroit à chapeau melon en 1914, Charlie Chaplin est très populaire et prolifique. Il s’est fait construire ses propres studios en 17 et tourne plusieurs films que les poilus apprécient particulièrement. Blaise Cendrars dit avoir « rit aux larmes, rit comme quatre » en voyant « Charlot au Music Hall » en permission. A l’entrée en guerre des Etats-Unis, Hollywood est mis à contribution pour accompagner la propagande gouvernementale. Charlie Chaplin a déjà participé à une grande tournée pour vendre des Liberty Bonds, des emprunts d’Etat. Il veut faire plus et réaliser un film sur le conflit. Son entourage est très dubitatif….

L’acteur et réalisateur pense que la frontière entre comédie et tragédie est mince. Et qu’il pourra dénoncer l’horreur tout en faisant rire. Son héros, recrue maladroite dans un camp d’entraînement américain, est vite envoyé au front en France. Là, il se démène avec la faim, la boue, les tranchées inondées…Guidé par un héroïsme bravache, il capture 13 Allemands à lui tout seul. Puis carrément le Kaiser avec l’aide d’une jeune Française. L’onirisme et une certaine poésie le disputent au clownesque lorsque, déguisé en arbre, Charlot espionne les lignes ennemies.

L’équilibre est subtil et l’image très belle. Charlie Chaplin qui voulait à l’origine dans le scénario capturer tous les dirigeants européens, les renvoyant dos à dos, amoindrit un peu son propos pacifiste…plus raccord avec la propagande interventionniste américaine. Le film s’achève tout de même sur le carton « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Il rencontre un franc succès auprès des anciens combattants, français et américains. Dominique Bragat écrit dans le Crapouillot en 1919… » Charlie Chaplin, parce que dans son humour il y a une profondeur d’humanité qu’atteint seul le génie (…) nous a donné le premier film vrai sur la guerre sans y avoir été. »

 

Toute la collection des 500 vidéos Histoires 14-18

De Saint-Cyr à Trèbes en passant par l'Irak, qui était Arnaud Beltrame, mort en héros dans l'Aude ?

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publié le 28/03/2018

L'officier de gendarmerie, qui s'est sacrifié le 23 mars pour sauver une otage, a consacré une grande partie de sa vie à protéger la France, sur son territoire et à l'étranger.

Le portrait d\'Arnaud Beltrame, au ministère de l\'Intérieur, à Paris, le 28 mars 2018.

Le portrait d'Arnaud Beltrame, au ministère de l'Intérieur, à Paris, le 28 mars 2018. (BERTRAND GUAY / AFP)

Le mot "héros" est accolé pour toujours à son nom. L'officier de gendarmerie Arnaud Beltrame, assassiné après s'être substitué à une otage du jihadiste de l'Aude, reçoit un hommage national, mercredi 28 mars. La France salue l'ultime sacrifice de ce gendarme, qui a toute sa vie mis son énergie au service de la nation.

Pour ses proches, l'acte de bravoure du lieutenant-colonel Beltrame, fait colonel à titre posthume, était une évidence. L'homme de 44 ans avait la patrie chevillée au corps et avait consacré sa vie à la protéger. Arnaud disait "souvent 'ma patrie, c'est avant ma famille', ce que j'acceptais", a témoigné sur RTL sa mère, Nicolle. "Tu t'es comporté dans tes derniers instants comme tu t'es comporté durant toute ta vie : en patriote, en homme de bien, en homme de cœur", a écrit son frère Damien, sur Facebook.

L'un des "derniers chevaliers"

Né le 18 avril 1973, à Etampes (Essonne), l'officier a gravi un à un les échelons de la gendarmerie, après s'être engagé comme officier de réserve, à 21 ans. En 2001, il sort major de l'Ecole militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan. Cette année-là, c'est lui qui porte le drapeau des Saint-Cyriens sur les Champs-Elysées pour le défilé du 14-Juillet. Ses supérieurs avaient décelé en lui un militaire "qui se bat jusqu'au bout et n'abandonne jamais", selon l'Elysée. Et ses camarades de la promo "Campagne d'Italie" se souviennent encore de ce "leader", qui considérait faire partie des "derniers chevaliers", raconte l'un d'eux aux Inrocks.

Arnaud Beltrame est aussi sorti major de l'Ecole des officiers de la gendarmerie (EOGN) de Melun, en 2002. L'année suivante, il est retenu avec six autres gendarmes sur 80 candidats, pour intégrer le GSIGN (devenu le GIGN). Puis, il rejoint l'Escadron parachutiste d'intervention de la gendarmerie nationale (EPIGN), une unité d'élite avec laquelle il a effectué des missions sensibles en Irak.

Le 7 septembre 2005, par exemple, Arnaud Beltrame et ses hommes reçoivent l'ordre de porter secours à une Française, militante pacifiste. Elle souhaite jouer le rôle de bouclier humain sur plusieurs sites de Bagdad, pour empêcher les bombardements américains. Mais l'humanitaire française se retrouve terrée dans un hôtel de Bagdad, "otage idéale" pour les groupes terroristes, raconte L'Obs. Les détails de l'opération restent secrets, mais selon la Direction générale de la gendarmerie nationale, Arnaud Beltrame conduit alors "au péril de sa vie une mission complexe de récupération d'un ressortissant français menacé par un groupe terroriste". La réussite de cette mission lui vaut d'être décoré "de la Croix de la valeur militaire avec citation à l'ordre de la brigade", rapporte l'hebdomadaire.

Devenu par la suite commandant de compagnie au sein de la Garde Républicaine, affecté pendant quatre ans à la sécurité de l'Elysée, il est devenu commandant de la compagnie d'Avranches (Manche) jusqu'en 2014, puis conseiller auprès du secrétaire général du ministère de l'Écologie, avant de devenir numéro 3 du groupement de l'Aude, il y a un an.

Le geste "d'un chrétien"

"Pour lui, être gendarme, ça veut dire protéger", confirme encore sa veuve, Marielle, à l'hebdomadaire chrétien La Vie. "C'est le geste d'un gendarme et le geste d'un chrétien, on ne peut pas séparer l'un de l'autre", assure celle qui a partagé sa vie, et qui est vétérinaire de la réserve africaine de Sigean. Le couple, marié civilement en 2016, préparait son mariage religieux, prévu le 9 juin, en Bretagne, où Arnaud Beltrame avait ses racines. "Seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice, qui fait aujourd'hui l'admiration de tous", estime aussi le père Jean-Baptiste, chanoine de l'abbaye de Lagrasse (Aude), qui accompagnait le couple dans sa préparation au mariage et a donné l'extrême-onction au gendarme, samedi, à l'hôpital de Carcassonne. "Il savait que sa vie (...) était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort", écrit le prêtre sur le site du diocèse, évoquant l'"authentique conversion" du gendarme, à près de 33 ans.

L'officier était aussi initié de la Grande Loge de France depuis 2008. Et si La Croix affirme qu'il avait "depuis quelques années pris ses distances" avec la franc-maçonnerie, Philippe Charuel, grand-maître de la Grande Loge de France, assure au contraire qu'il "était très assidu et remontait régulièrement du sud de la France aux 'tenues'". "Notre frère Arnaud Beltrame participait encore à une tenue maçonnique un mois seulement avant sa mort. Et il était actif au sein de la Fraternelle de la gendarmerie", assure encore Philippe Charuel à L'Express. Les deux communautés sont émues par la mort d'Arnaud Beltrame.

Un "courage exemplaire"

La France entière aussi est émue, tant par sa mort que par le geste héroïque qui y a conduit. A Trèbes, vendredi 23 mars, le Super U est bouclé par les gendarmes et le GIGN. Les enfants sont confinés dans leur école. La citadelle de Carcassonne est évacuée. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame se porte volontaire pour prendre la place d'une otage. Dans la salle des coffres du supermarché, le gendarme engage une négociation avec Radouane Lakdim, qui exige la libération de Salah Abdeslam.

Le gendarme a laissé son téléphone portable en ligne. A 14h16, trois coups de feu retentissent dans le magasin, le GIGN lance l'assaut et abat Lakdim. Deux gendarmes sont blessés. Dans le magasin, on retrouve des munitions, un couteau de chasse, un pistolet et trois engins explosifs que Lakdim a menacé "de faire péter". Arnaud Beltrame, lui, présente des lésions par balles et une plaie gravissime à la trachée et au larynx par arme blanche. Il est entre la vie et la mort. Transporté à l'hôpital, il succombe à ses blessures le lendemain.

La famille Beltrame avait déjà été endeuillée cette année. Disparu depuis plusieurs mois en mer, Jean-François Beltrame, 72 ans, le père d'Arnaud, avait été inhumé le 16 mars. Selon Midi-Libre, il avait laissé une note déclarant qu'il "ne reviendrait plus". Son bateau avait été retrouvé au bout d'un mois, son corps avait été repêché longtemps après par un chalutier, au Grau-du-Roi (Gard), en février.

Depuis sa mort, Arnaud Beltrame symbolise le "sens du devoir", la "bravoure", le "courage" et "l'héroïsme" et plusieurs municipalités comme Pau ou Alès (Gard) ont déjà décidé de donner son nom à une rue ou un lieu public. Mercredi, Arnaud Beltrame doit être décoré à titre posthume des médailles de la sécurité intérieure, de la gendarmerie nationale et de celle pour acte de courage et dévouement. Il est également cité à l'ordre de la Nation pour son "courage exemplaire" et sa "totale abnégation". Il sera aussi élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur. Ses obsèques auront lieu jeudi en la cathédrale de Carcassonne, avant l'inhumation à Ferrals-les-Corbières (Aude) où il résidait avec son épouse.

Dernière escale à Ajaccio du patrouilleur de haute mer « Commandant l’Herminier »

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Rédigé par Marie MAURIZI le Mardi 27 Mars 2018

La ville marraine du bâtiment « commandant l’Herminier » a reçu les membres d’équipage du patrouilleur récemmentdans le salon Napoléonien de la mairie d’Ajaccio, en présence d’anciens combattants, des associations et de Jacques Vergellati directeur de l'ONAC de la Corse-du-Sud et du Capitaine de corvette Mathias Canonne. Une dernière escale dans la ville impériale saluée par Laurent Marcangeli son maire, avant que le navire ne soit désarmé le 3 juillet prochain à Brest. Auparavant une gerbe a été déposée devant le monument aux morts à la mémoire du Commandant l’Herminier.

Photo Cita d'Aiacciu

Photo Cita d'Aiacciu

Ajaccio à un quai qui porte le nom de l’Herminier, pour se rappeler le commandant Jean L'Herminier l'un des grands artisans de la libération de la Corse et valeureux commandant du Casabianca, ce sous-marin, dit « de grande patrouille » entré en service en 1936.
Promu commandant du sous-marin Casabianca en 1942, Jean L'Herminier,qui a refusé en 1943, malgré la grave thrombose dont il était atteint, de débarquer avant la libération de la Corse, doit alors subir l'amputation des deux jambes.

À Alger, le Casabianca est affecté aux Services spéciaux de la Défense nationale. Il est placé en appui de la mission secrète Pearl Harbour, chargée de coordonner les premiers réseaux de résistance en Corse en vue d'un débarquement de troupes françaises. Il assure le soutien logistique permanent de ses quatre premiers agents (Toussaint et Pierre Griffi, Laurent Preziosi et Roger de Saule), notamment le ravitaillement des maquis en armes, puis du commandant Paulin Colonna d'Istria, chargé de la coordination militaire de la résistance pour le débarquement des forces spéciales.

Le 13 septembre 1943, le Casabianca débarque les premiers soldats français, 109 hommes du bataillon de choc, à Ajaccio, première ville libérée de France métropolitaine. Il assura aussi la liaison entre la France occupée et l'état-major de la France combattante basé à Alger. La libération de la Corse s'achève le 4 octobre 1943 par la libération de Bastia.

L’Aviso Commandant l’Herminier navigue depuis plus de 35 ans dans toutes les mers du globe. Ce patrouilleur de quatre-vingts mètres de long, composante de la Force d'Action Navale, il est spécialisé dans la lutte anti-sous-marine côtière. Sa polyvalence lui permet de remplir des missions de défense des approches maritimes, de surveillance et d'escorte en haute mer ainsi que de présence outre-mer.

Attaque dans l'Aude : "Ce qu’a fait le lieutenant-colonel Beltrame, donner sa vie, c'est incomparable et très éprouvant"

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dimanche 25 mars 2018

Jacques Escande a été entre 2003 et 2011 commandant du centre des opérations de la gendarmerie du groupement de l'Aude, avant de prendre la tête du centre opérationnel de Haute-Garonne. Il s'exprime sur l'acte héroïque du lieutenant-colonel Beltrame,mort lors des attaques terroristes de Trèbes.

 De nombreux messages, fleurs ou bouquets ont été déposés devant la caserne de gendarmerie de Carcassonne

De nombreux messages, fleurs ou bouquets ont été déposés devant la caserne de gendarmerie de Carcassonne © Maxppp Guillaume Horcajuelo

Jusqu'à la fin de l'année dernière, Jacques Escande, 59 ans, était capitaine et commandait le centre des opérations de la gendarmerie du groupement de la Haute-Garonne (qu'il avait rejoint en 2011 en provenance de l'Aude). Celui qui est originaire de l'Aude y est retourné vivre depuis le début de sa retraite. Il s'exprime sur l'acte héroïque du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, mort lors des attaques terroristes de Trèbes.

Jacques Escande : Ce qui s'est passé, et notamment le geste du lieutenant-colonel, ça fait quelque chose au cœur. Personnellement, au bout de 40 ans de service, on a souvent été en danger sur des opérations, au quotidien mais un acte comme ce qu’a fait cet officier supérieur à Trèbes, c’est quelque chose qui ne s’est jamais vu.

Donner sa vie en échange de celles d'otage, même chez les forces de l'ordre, c’est quelque chose qui ne s’est jamais vu.

C’est un acte très fort, un acte héroïque, qui n’est pas habituel même en gendarmerie, bien que l’essence même des gendarmes soit de protéger les biens et les personnes. Mais donner sa vie et remplacer des otages c’est autre chose, incomparable. Etre gendarme ce n’est pas une opportunité, c’est une vocation, un engagement de tous les jours, de chaque instant. C’est un don de soi, une volonté de servir son pays et de protéger les personnes. On voit souvent des interventions à risques, avec cette menace permanente qui plane autour de nous. Mais là, choisir délibérément, ce qu’a fait cet officier supérieur, le lieutenant-colonel c’est un acte qui, je pense, a été pour lui un choix ultime face à la situation qui se présentait devant lui.

France Bleu Occitanie : Comment vit-on ce drame dans les casernes de gendarmes ?

Pour avoir échangé avec des anciens collègues et des collègues qui sont toujours en activité c’est toujours délicat après un tel événement. Ce qui est sûr c’est que toute la gendarmerie est touchée, marquée par cet acte héroïque. Que ce soit les gendarmes adjoints, volontaires, les sous-officiers, les officiers, les corps du service technique, administratif ainsi que les personnels de la gendarmerie. D'ailleurs je salue l'action de l’antenne du GIGN et de tous les gendarmes engagés sur cette prise d'otages. Nous sommes blessés, meurtris, en colère mais nous sommes fiers de ce qu’a fait ce frère d’arme, cet homme qui a rendu hommage à la gendarmerie par cette action héroïque. C’est dramatique qu’on en soit arrivé là, à cette situation, à cet homme tué, sans parler évidemment des autres victimes. Les gendarmes sont touchés, au même titre que nos camarades policiers, pompiers, militaires ainsi que le monde des anciens-combattants. Une femme, un homme en uniforme, on en a malheureusement l’habitude maintenant, mais ce sont des cibles face à ces actions terroristes.

L'attentat de Trèbes intervient 6 ans presque jour pour jour après la mort de Merah à Toulouse.

J’ai forcément fait le lien avec l’affaire Merah, que j’avais suivi de près il y a six ans. 22 mars 2012, 23 mars 2018, presque jour pour jour, la région a subi deux attaques terroristes mortelles, à Toulouse et Montauban en 2012, à Trèbes et Carcassonne en 2018. On retrouve ce même scénario, comme l’affaire de Dammartin-en-Goële. Depuis l'affaire Mohammed Merah en 2012, des dizaines de membres des forces de l'ordre ont été blessés et tués. Des affaires de terrorisme qui visent des cibles.

22 mars 2012, 23 mars 2018, six ans presque jour pour jour après les attaques de Mohammed Merah, j'y ai forcément pensé.

Le fait que l’intéressé ait surveillé un moment la caserne de parachutiste de Carcassonne où il avait entreprit l’idée de prendre pour cible les militaires, comme nous l’avons vécu à Montauban et à Toulouse. Une journée qui commence normalement et qui devient terrible en l’occurrence ici pour tout un département, l’Aude, pour cette petite commune de Trèbes qui ne s’attendait pas à subir une telle tuerie. On retrouve là aussi, les valeurs de la République. Cet officier de gendarmerie est mort pour la France, il a donné sa vie pour son pays, pour des hommes et des femmes, il a fait le sacrifice ultime pour un homme en uniforme. C’est un désastre. C’est éprouvant.

Les militaires autorisés à se présenter aux élections municipales? La "Grande Muette" de moins en moins muette

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https://www.huffingtonpost.fr/
Par Romain Herreros 20/03/2018

La loi de programmation militaire qui arrive ce mardi au Parlement autorise les militaires à exercer un mandat politique.

POLITIQUE - Si la Loi de Programmation militaire est surtout commentée à l'aune des milliards d'euros dépensés au service des "ambitions stratégiques" de la France, celle-ci couvre également le champ de la vie quotidienne des soldats. Et le texte porté par Florence Parly qui arrive ce mardi 20 mars à l'Assemblée nationale marque une petite révolution en la matière.

Dans le chapitre consacré aux "droits politiques des militaires", l'article numéro 18 du projet de loi autorise les soldats à figurer sur des listes électorales lors des élections municipales dans les communes de moins de 3.500 habitants, lesquelles représentent "92% des communes et 33% de la population française".

Comme le note RFI, un amendement a été adopté pour augmenter cette limite au seuil de 9.000 habitants. Dans le détail, le projet de loi "tire les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel ayant jugé non conforme à la Constitution l'incompatibilité générale entre le statut de militaire en service et l'exercice d'un mandat municipal".

Jusque-là, et conformément à l'article L4121-3 du Code de la défense, les militaires qui voulaient se présenter à des élections municipales devaient se placer en statut de "détachement", renonçant à cette occasion à leur solde. Ce qui avait tendance à démotiver les concernés, la rémunération des conseillers municipaux dans les petites communes étant soit inexistante, soit dérisoire.

"Le militaire a disparu de l'espace public"

Pour comprendre comment le militaire, qui est un citoyen comme les autres, s'est vu priver de son droit à s'investir dans la vie publique, il faut remonter aux débuts de la IIIe République. "Entre 1871 et 1873, il y avait des militaires, exclusivement des officiers, à l'Assemblée nationale", rappelle Jean-Charles Jauffret, professeur d'histoire militaire à l'Institut d'Études Politiques d'Aix-en-Provence. Mais en 1873, en raison de la défiance des républicains envers l'armée, les officiers et les conscrits ont été privés de droit de vote.

C'est de cette époque que vient le surnom la "Grande muette", même si certains officiers prenaient encore part aux affaires du pays, à l'image du général Ernest Courtot de Cissey. À partir de cette date, le militaire "a progressivement disparu de l'espace public", note le colonel Michel Goya.

"La neutralisation est née d'une méfiance politique liée à la possibilité d'un coup d'État militaire. Avec le temps, la stérilisation politique des militaires s'est accentuée, notamment sous la Ve République. La centralisation de la chose militaire autour du chef de l'État, le putsch des généraux en 1961 puis la professionnalisation des militaires ont accentué la séparation entre le domaine public et son armée", poursuit l'ex-officier.

De fait, les militaires constituent la dernière catégorie de Français à avoir obtenu le droit de vote, en 1945, un an après les femmes. "Ironiquement, le général de Gaulle était chef de l'État en 1944 et ce, sans jamais avoir voté de sa vie", remarque Michel Goya.

Outre cette défiance entre civils et militaires, et le nécessaire "devoir de réserve", s'ajoute un principe "d'impartialité" auquel sont astreints les soldats, explique André Rakoto, directeur du service départemental de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre à Paris. "Ils ne peuvent exprimer publiquement leurs idées politiques, parce que leur mission est de garantir la sécurité de tous les Français. C'est essentiel", note-t-il.

L'armée de moins en moins muette

L'article 18 de la Loi de Programmation offre donc aux militaires la possibilité d'un retour (aussi limité soit-il) aux affaires publiques. Ce qui est une bonne chose pour Jean-Charles Jauffret. "Les militaires font intégralement partie de la vie de la cité, il n'y a aucune raison qu'ils soient exclus de la vie citoyenne", estime l'historien, expliquant que les soldats "confinés des années dans leur rôle d'exécutants" ont vocation à l'avenir à devenir "des fonctionnaires en uniforme" avec exactement les mêmes droits.

Si le colonel Michel Goya juge que cette évolution législative est une "bonne nouvelle", il émet néanmoins quelques réserves, considérant que la "vie nomade" des militaires s'accommode peu de l'enracinement qui précède un engagement politique local. "Un officier reste deux-trois ans en garnison maximum... Difficile dans ces conditions de s'engager localement", note-t-il.

Cité par RFI, le général Delochre dresse un constat similaire, dans la mesure où, selon la LPM, le militaire élu devra quand même donner la priorité à ses missions. "C'est difficilement compatible avec la vie opérationnelle. Quand on arrive dans un petit village, il faut du temps pour se faire admettre".

Pour autant, et en dépit des difficultés liées au statut, s'observe progressivement un retour des militaires dans le débat public. Lors des dernières élections législatives, plusieurs officiers se sont portés candidats, à l'image du colonel Luc Laîné dans le Var ou du général Bernard Soubelet dans les Hauts-de-Seine.

Par ailleurs, les représentants du monde militaire s'expriment de plus en plus librement. Illustration récemment avec Servir, le livre du général de Villiers, ex-chef d'État major des armées, dans lequel il revient sur sa démission fracassante du mois de juillet.

Général de Villiers : « Il y a des jeunes Français qui se lèvent en disant : aujourd’hui je tuerai des Gaulois »

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19 mars 2018
 

Répondant à l’invitation de l’association des membres de la Légion d’Honneur 44, le général Pierre de Villiers était à Nantes jeudi 15 mars pour présenter son livre Servir. C’est devant un amphithéâtre comble que l’ancien chef d’état-major des armées – il avait démissionné avec fracas de son poste le 19 juillet 2017 suite à un différend avec le président Macron sur le budget des Armées – a répondu aux questions de l’auditoire avant de dédicacer son livre qui rencontre un succès sans précédent.

L’ancien CEMA – qui reçoit aujourd’hui « cinq invitations par jour » à des conférences et en fait trois par semaines – a tenu à rappeler de prime abord les raisons de sa présence à Nantes : il a répondu favorablement à l’invitation de l’association des membres de la Légion d’Honneur 44 – qui a été la première à « dégainer» – car c’était pour lui, ardent supporter du FC Nantes depuis des années, « le choix du cœur ».

« Le lien armée – nation n’a jamais été aussi bon »

Questionné sur l’impression qu’il retirait de ses rencontres avec les Français et leur opinion de l’armée depuis sa démission, Pierre de Villiers a répondu que « les forces armées sont de plus en plus populaires avec 85% de satisfaction des français. En 1975, j’étais régulièrement insulté, aujourd’hui je ressens une très grande popularité. Le lien armée – nation n’a jamais été aussi bon ». A cela il voit deux raisons : « les Français veulent être protégés et le climat est suffisamment dangereux dans le monde et leur pays pour qu’ils pensent que cette protection leur est due » Et, après les attentats que la France a connu, « la stabilité de l’institution de l’armée fait plaisir aux français ».

Ce qui a, dit-il, un impact sur les recrutements : « nous recrutons 25.000 jeunes par an, qui ont des motivations plus profondes qu’il y a quelques années. Ils veulent un supplément d’âme, du courage, des valeurs, s’investir pour la France, la paix, la fraternité, se donner pour une grande cause ». Quant à son livre, il fait partie des vingt meilleures ventes de l’année ? « L’objectif de mon livre est de montrer que nous [les militaires] avons une vraie pensée stratégique, une vision du long temps, capable d’être responsable au-delà du temps court ».

« Je ne regrette rien »

Il est ensuite interrogé sur sa capacité à faire valoir ses points de vue auprès des hommes politiques. « Le pouvoir politique s’investit de plus en plus dans les sujets qu’il traite, et pourtant il faut beaucoup d’investissements pour comprendre les enjeux. J’ai toujours essayé, en tant que chef d’état major des armées, de cultiver la confiance. Ni mollesse tiède, ni autoritarisme, pour que l’adhésion l’emporte sur la contrainte ».

Mais la fin a été difficile, en raison d’une « divergence de fond avec Macron sur les arbitrages budgétaires ». La saillie de Macron le 13 juillet, lorsqu’il recadre son chef d’état-major d’un cinglant « je suis votre chef », n’a rien arrangé. « Le lien de confiance était suffisamment altéré, je n’étais plus en mesure d’exécuter ma mission, j’ai démissionné. Je ne regrette rien ».

« Certains pays réarment de 5% par an. Nous ne sommes pas près de les rattraper ».

Interrogé sur les deux menaces globales que peuvent constituer le djihadisme international et le retour aux États – puissances (Chine, Inde, Qatar, Russie, Turquie…), il a posé « deux tournants stratégiques majeurs » : la chute du Mur et les attentats des deux tours de New York en 2001. « l’Histoire est une succession d’événements et non de ruptures brutales. L’énergie libérée suite à la chute du Mur a conduit au retour des Empires, le djihadisme est la suite de l’attentat des deux tours de New-York et même des années 1980 où se sont constituées ces cellules terroristes ».

Quand il était chef d’état-major, il recevait le matin à 8 heures un rapport sur les attaques terroristes dans le monde : « il y en avait 3 à 5 par jour, avec des véhicules piégés, des mines, des engins explosifs, des tireurs, des embuscades. C’est une idéologie nihiliste. On tue, on viole, on égorge, on décapite, tous les jours à quelques heures de vol de Paris. C’est une menace distincte mais pas totalement disjointe du retour des Empires », analyse-t-il. « Certains pays réarment de 5% par an depuis dix ans. Nous ne sommes pas près de les rattraper », même si la tendance nourrit nos ventes d’armes à l’export.

Le cœur du problème est lié à un problème de vision stratégique, explique-t-il : « en Syrie, sur 20 km de côté, vous avez des soldats russes, syriens, iraniens, kurdes, turcs, américains qui ont tous pour objectif de combattre Al Quaïda ou l’État Islamique. Mais tous ont leurs stratégies sur 30 ou 50 ans. En France, la vision de long terme c’est le quinquennat. C’est un vrai sujet de préoccupation ».

Il liste d’autres zones de tension, la Mer de Chine, la « tenaille sunnite-chiite » au Proche et Moyen Orient, la situation « très tendue » en Europe de l’Est, le Maghreb, où « nous sommes revenus des printemps arabes ». Ces tensions entraînent « des phénomènes de grandes migrations incontrôlées liées à la pauvreté, à la guerre, aux désordres climatiques, bref, le dérèglement du monde est assez profond ».

« Je n’ai pas voulu être l’homme de la défaite »

D’où son « intransigeance sur la corrélation entre l’état du monde, son instabilité, et la décroissance [du budget des Armées] quasi-régulière depuis trente ans ». Pour le général, la France va au-devant d’une débâcle : « depuis trois siècles, les grandes défaites sont dues à une crise économique et sociale, qui engendrent des difficultés de réarmer et une myopie politique, ainsi qu’une lâcheté des militaires qui se disent je fais mon job. Je n’ai pas voulu être l’homme de la défaite ».

Au milieu de cette « drôle de paix et drôle de guerre, j’ai estimé en mon âme et conscience que la vraie loyauté, c’est dire la vérité ». Ce qu’il fait d’ailleurs sur la question suivante, liée au caractère réalisable ou non de la défense européenne. « La France doit être un catalyseur. Nous connaissons le prix de la guerre, nous en payons le prix dans notre chair ». Il plaide pour « une Europe interétatique à géométrie variable, pas technocratique, pas une petite Europe. Il faut une Europe où les citoyens se reconnaissent ». Bruxelles n’a pour l’heure « pas la capacité à organiser une quelconque capacité opérationnelle », tranche-t-il.

Certes, la France fait partie de coalitions, au Sahel, au Proche-Orient. « Mais on ne pourra pas tout faire. On a gagné beaucoup de guerres et on a perdu beaucoup de paix ». Et le Brexit menace les efforts entrepris, auxquels il explique avoir consacré beaucoup d’énergie : « l’Angleterre, l’Allemagne et la France ce sont 60% du budget défense de l’UE. Je crois que Macron a bien compris ce rôle de catalyseur mais il faudrait avancer plus vite que ça, mais pas des projets pour des dépêches AFP ou plus chers que si on le faisait tout seul, comme l’A400M », cingle-t-il. Le monde, lui, n’attend pas. D’autant que « nous ne sommes pas si nombreux que ça dans les pays d’Europe à accepter de nous battre ».

« Vital » de renouveler la dissuasion nucléaire, en investissant dès maintenant

Interrogé sur les deux composantes aéroportée et maritime de la dissuasion nucléaire, il fait avec « le secret d’État le mieux gardé de la République » dans lequel il n’a « pas d’intérêt catégoriel », n’étant ni marin, ni aviateur. « Il faut les deux composantes, l’une plus voyante, l’autre plus confidentielle. Entre 2020 et 2035 il faut renouveler le porteur, le vecteur et la charge », ce qui obligera à porter les dépenses de 3,9 milliards d’euros par an (2017) à 5.5 ou 6 milliards d’euros par an (2025), à valeur constante, selon un rapport du Sénat de juin 2017.

Sinon « en 2022 il faudra choisir entre le renouvellement de la dissuasion ou remonter l’armement conventionnel », explique Pierre de Villiers. Un choix qui n’est pas utile puisque « le modèle français est le seul bon, il est capable de résoudre la quadrature du cercle entre terrorisme et État -puissance sur terre, air, mer, cyber etc. ». Bref, faire les investissements nécessaires pour renouveler la dissuasion nucléaire, dès maintenant est vital : « nous n’avons pas d’autres choix. C’est une des raisons qui place notre pays au rôle qu’il a dans le monde ». Or, prendre 850 millions d’euros aux Armées comme l’a fait Macron en 2017 ne va pas dans le bon sens…

« Service national : nous ne sommes pas les pompiers de la République »

Interrogé sur le service national ensuite, le Général de Villiers explique la différence entre « la vision stratégique, haut et loin, pas celle du politique qui est dans le temps court et l’émotion ». Pour lui, avant de parler du service national, il faut s’interroger sur « qu’est-ce qu’est la France, le creuset national, les ambitions, comme a toujours fait la France quand elle était grande. La fin doit rester la fin, le service national, cela relève des moyens, pas de la stratégie », assène-t-il.

« Il faut en urgence restaurer cette cohésion nationale qui va nous jouer des tours sinon plus. Les gens qui vont chez l’État Islamique cherchent un supplément d’âme, un sens à leur vie, chose que les institutions françaises ne leur donnent plus ». Problème, avant de pouvoir faire un service national, il faut « des infrastructures, en internat, un budget – qui paiera et comment – et surtout un encadrement pour 800.000 jeunes ». Et qui ne devra pas échouer là où tous les autres, de l’Éducation nationale et d’ailleurs, n’ont pas réussi.

Certes, « l’armée est un modèle intégrateur. Peut être que nos valeurs gagneraient à inspirer l’État. Le courage, l’obéissance, la non-discrimination, le travail 24h/24, l’effort, la punition, la récompense, le respect du drapeau, l’honneur de servir… Mais nous ne sommes pas les pompiers de la République. Nous sommes à 30% au-dessus de nos capacités, est-ce que cela va tenir ? », s’interroge l’ancien CEMA.

Cyber-menaces : on est dans le bon train, mais il faut continuer à investir

Interrogé enfin sur les cyber-menaces, le général a adressé un satisfecit à l’existant : « nous sommes dans le bon wagon, avec la capacité industrielle, les ingénieurs, la DGA, le renseignement. La machine est bien huilée, les résultats sont exceptionnels, vous pouvez me faire confiance. J’étais à Matignon en 2009 pour convaincre Fillon et Sarkozy à prendre ce train ».

Mais, « on ne paie pas un hacker comme un deuxième classe ? Si la fonction publique ne le comprend pas, ce sera la défaite. Il faut de la technologie, c’est cher et ça évolue très vite. S’il n’y a pas de moyens ça ne sert à rien de continuer cette guerre, ce n’est pas la comédie humaine et l’approche balzacienne qu’on rencontre parfois sur les moquettes parisiennes », achève-t-il au milieu des applaudissements de la salle.

Consignes de discrétion pour les militaires : « nous avons changé d’époque. L’ennemi est dans la population ».

Il n’y aura, faute de temps, qu’une seule question du public. Elle porte sur les consignes de profil bas imposées aux militaires sur le sol français – ils n’ont pas le droit de s’afficher en tenue ou même avec un sac militaire en ville. Depuis novembre 2015, il est aussi conseillé aux militaires – par exemple aux marins – d’éviter de faire ressortir l’aspect militaire de leur groupe lors des trajets, d’être réservés et discrets. Ces consignes ne sont-elles « pas le signe d’une abdication totale face un danger qu’on ne combat pas vraiment ? Pourquoi ne pas armer ces militaires plutôt que de les humilier à se cacher? », interroge une auditrice ?

Réponse du général de Villiers : « quand nous nous faisons attaquer en tenue, c’est une cible, que vous le vouliez ou non. La responsabilité du chef, c’est d’éviter des morts inutiles. C’est une mesure de prudence et de sagesse ». S’il faut « rayonner cette fierté » militaire, « nous avons changé d’époque », explique le général. « Il y a des jeunes français qui se lèvent en disant aujourd’hui je tuerai des Gaulois. C’est une situation de guerre, il faut que nos soldats le comprennent. En France nous n’avons pas que des amis. La population est notre amie mais il y a des ennemis dans la population ».

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo :Breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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